Transistor

30 mai 2014
Testé par sur
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4

Ondes de choc

Transistor est un excellent jeu principalement soutenu par une direction artistique au top malgré sa petite équipe. Contrairement à bon nombre de productions du genre, le gameplay n'est pas en reste et vous assurera cinq à six heures appréciables. La narration erratique laissera un certain de joueurs potentiels insensibles aux charmes de Red, les autres tomberont en amour sans problème.

Développé en moins de deux ans par sept personnes, Bastion fût l'une des grosses surprises de l'écurie Xbox Live Arcade. Deux ans plus tard et affranchi de tout éditeur, Supergiant Games sort Transistor. En apparence, même équipe, même perspective, même narration. En profondeur, Transistor est différent. En substance, Transistor est un chef d’œuvre.

L'histoire

Cloudbank est une cité industrieuse partagée entre utopie sociale et progrès débridé. Ses citoyens votent pour son expansion ou sa réduction en un clic de terminal. Sa mutation permanente n'est pas du goût de l'administrateur de la ville dont l'esprit est plutôt psychorigide. Avec l'aide d'une cabale appelée Camerata, il met au point le Transistor. Cette épée mi-magique, mi-démiurgique peut figer la ville et absorber les âmes des citoyens pour les réformer en fonctions informatiques. Chanteuse de grande renommée, Red devient à son insu l'une de leurs cibles. Échappant de peu à la mort grâce un mystérieux protecteur, la demoiselle perd sa voix et fait l'acquisition du mystérieux Transistor. Manier l'épée confère à Red d'étranges capacités et lui permet de communiquer avec l'âme de son protecteur décédé. Ce dernier, comme dans Bastion (c'est bien sûr le même acteur) sert de narrateur à l'histoire et fait office de confident à notre héroïne confinée au mutisme. Ce couple devra traquer les membres de la Camerata et lutter dans chaque quartier de Cloudbank contre le processus, une armée de robots d'albâtre tentant d'effacer la ville. Plutôt bien ficelée, l'histoire de Transistor emploie une introduction in media res et laisse le joueur relier les points. Comme vous pouvez l'imaginer, l'ensemble est très polarisant.

Dire que Transistor est joli est un euphémisme.

Le principe

À première vue, Supergiant Games ne sort pas des sentiers battus. Comme Bastion, Transistor est un action-RPG 2D en vue isométrique. Les similitudes s'arrêtent là car, contrairement au Kid, Red peut arrêter le temps pour activer un mode de préparation tactique appelé Turn (). A la manière du V.A.T.S de Fallout New Vegas ou du système de Vagrant Story, ce mode permet de planifier une succession d'actions avant de la déchaîner sur les ennemis. Le Turn () affiche les dégâts subis par les ennemis et permet donc de créer des combinaisons plus mortelles les unes que les autres. Bien sûr, il est toujours possible de se battre en temps réel mais le timing est serré. De plus, les robots du Processus deviennent rapidement très vicieux : bouclier, régénération ou invisibilité sont au programme. Le Turn () prend de précieuses secondes à se recharger. Toutefois pas de panique, vous disposez de quelques atouts supplémentaires. En montant de niveau, Red débloque des fonctions pour son épée chérie. Les fonctions constituent vos attaques ; elles possèdent chacune un pouvoir différent (coup d'épée, téléportation, bombe) mais il n'est possible d'en équiper que quatre en même temps. Pour varier les plaisirs, chaque fonction peut aussi être équipée comme amélioration sur une autre, voire en tant que bonus passif (résistance accrue, Turn () plus long). Dans le premier cas, greffer la fonction bombe sur une attaque au corps à corps accompagne chaque coup d'épée d'une explosion, causant des dégâts de zone. La multitudes des variations rendent le système de combat absolument jouissif. Comme dans Bastion, des limiteurs sont présents pour augmenter la difficulté en l'échange d'un gain conséquent d'expérience. Comme un moteur Diesel, le système de combat de Transistor est long à appréhender mais procure très un plaisir de jeu rarement égalé.

Les fonctions peuvent être utilisées de multiples façons.

Pour qui ?

Implicitement, les premiers visés par Transistor sont les amateurs de Bastion. Si le système de combat diffère, la touche Supergiant Games reste sensiblement la même. Donc si vous avez aimé leur premier jeu, foncez. Pour les autres joueurs, Transistor est une aventure qui, pardonnez-nous l'expression, tue la gueule. Le mélange esthétique futurisme/sécession viennoise arrache la rétine, la musique est divine et le système de combat ne vous prend pas pour un idiot. Toutefois, ne laissons pas notre enthousiasme phagocyter notre conscience professionnelle (quoique), Transistor possède quelques défauts. Le genre de défauts qui font tâche et peuvent gâcher l'expérience. La sélection des fonctions est un véritable contre-exemple d'ergonomie et il est impossible de vérifier en cours de jeu quelles fonctions sont équipées. Pour cela, direction les bornes de checkpoint. Malgré la présence d'un new game +, le jeu est très court (quatre à cinq heures) et ce qui nous fait du 5€ de l'heure. Plus important, la narration éparse ne sera probablement pas du goût de tout le monde. Sans atteindre le foutage de gueule d'un Dark Souls II, Transistor cultive le mystère et le double langage. Résultat, la fin de l'aventure peut laisser de marbre.

Maîtriser le Turn () est essentiel pour contrôler le champ de bataille.

L'anecdote

Au risque de se répéter, la bande originale de Transistor est une tuerie. Mais comme monsieur plus, les développeurs ont décidé d'en rajouter encore un petit peu. En effet, Red ne peut plus chanter mais elle peut encore fredonner. Un bouton permet d'ailleurs à tout instant de fredonner une chanson. Encore mieux, la mélodie varie en concordance avec la piste audio du moment. Une bande originale dans la bande originale en quelque sorte.
Les Plus
  • La forme, parfaite
  • Le système de combat dense et bien pensé
Les Moins
  • Une interface perfectible
  • Linéaire et un chouïa court
  • Un parti-pris narratif polarisant