Persona 4 Golden éblouit la Vita

28 févr. 2013
Testé par sur
Disponible sur
4
  • Éditeur Atlus
  • Développeur Atlus
  • Sortie initiale 22 février 2013
  • Genre Rôle

Pas de doute, Persona 4 Golden mérite bien son nom. Plutôt que de balancer un portage sans fioritures, Atlus a vraiment mis les petits plats dans les grands. Plus beau, plus long, avec un gameplay encore plus raffiné que la version d'origine, Persona 4 s'établit facilement comme le meilleur jeu de la Vita. Les vétérans trouveront beaucoup de nouvelles subtilités avec un nouveau seuil de difficulté bienvenu, tandis que les nouveaux venus se satisferont d'avoir l'un des meilleurs RPG de ces dernières années adapté au format portable. A moins d'être totalement allergique au thème manga, ruez-vous dessus, vous ne le regretterez pas.

Généreux soutien de la PSP, Atlus n'a jamais hésité à nous offrir remake sur remake de sa très célèbre série Persona. Tout le monde attendait une version améliorée du quatrième épisode, considéré par beaucoup comme le meilleur. C'est aujourd'hui chose faite en créant son petit évènement sur Vita. Déjà consacré sur les consoles de salon, Persona 4 Golden arrivera-t-il à devenir un incontournable du RPG format poche ?

Les plus acharnés pour s'affairer à entretenir un potager ou cuisiner.

Cépage de qualité

Megami Tensei, Persona, voilà toute une série de termes abscons qui nécessitent un petit éclaircissement pour les non-initiés. Il y a de cela plus d'une vingtaine d'années, Atlus, développeur japonais, a racheté les droits d'une licence appartenant à Namco nommée Megami Tensei. Histoire de bien se différencier de son prédécesseur, il ajouta un "Shin" ("véritable" devant le titre). Le nom "véritable réincarnation de la déesse" s'établit lentement au Japon comme une institution de RPG cultes, alliant un système de créatures à la Pokémon avec une iconographie mythologico-religieuse teintée d'apocalypse. Problème : la série restait une niche pour joueurs purs et durs, se caractérisant par une difficulté rebutante et un ton pas vraiment guilleret. Pour attirer le grand public, Atlus créa un spin-off intitulé "Persona". C'était toujours du RPG au tour par tour, mais plus simple d'accès : le joueur incarne une bande de lycéens japonais luttant contre des démons en invoquant la puissance de leur esprit, les fameuses personas, symbolisées par des aspects mythologiques. Plus accessible, le spin-off attira de nouvelles foules tout en conservant la ménagerie créée par Atlus. De même, à part pour les puristes, l'esprit des scénarios reste assez proche de la branche principale, remplaçant l'aspect religieux par du jargon jungien (les personas sont le reflet positif des ombres, l'inconscient néfaste de l'humanité). Après un premier épisode médiocre et un second (trop) sous-estimé, c'est le troisième opus sur une PlayStation 2 en fin de vie qui captive le Japon comme l'occident. En 2008, dernière grande sortie sur le monolithe noir, le quatrième épisode casse la baraque. Quatre ans plus tard, Atlus décide de rentabiliser son bébé en offrant à la famélique ludothèque de la Vita une version améliorée de Persona 4, sobrement sous-titrée : Golden.

Vous passerez beaucoup de temps dans la Velvet Room pour optimiser vos charmantes personas.

Scooby-doo au Japon

Cadre bien connu des otakus en rut : le lycée est par essence le lieu typique de l'imaginaire urbain japonais du XXIème. Pas de bol, ce coup-ci, c'est à la campagne que notre protagoniste se retrouve expédié, la faute à ces salauds de patrons qui ont délocalisé ses parents à l'étranger. Durant une année scolaire, le protagoniste (nommé selon vos désirs les plus fous, mon choix c'est porté sur Marcel) loge donc chez son oncle flic et son adorable nièce dans la petite ville bucolique d'Inaba. Vu que la campagne c'est un peu ennuyeux, Marcel-kun décide de se prêter aux rumeurs les plus débiles du coin. L'une de vos charmantes camarades vous parle de la midnight channel : Regarder la télévision à minuit par un jour de pluie permettrait de voir son âme sœur. Étonnamment, la rumeur s'avère vraie. Mieux encore, Raoul (et plus tard ses camarades) peut traverser l'écran de sa télévision pour accéder à un monde étrange et passablement hostile. En effet, le monde de la TV, nappé dans un brouillard permanent, est peuplé de créatures agressives dénommées "shadows". Teddie, le seul habitant sympathique de ce petit monde cathodique, vous informe d'ailleurs que la météo dans le monde réel influe sur son monde. En gros, lorsque le brouillard s'installe dans la réalité, il se dissipe dans la TV et les shadows deviennent folles. Ce qui signifie l'arrêt de mort de n'importe quel humain coincé derrière l'écran. Heureusement, du fait de sa surpuissance seule, Raoul développe une persona pour combattre les shadows. Ses amis, eux, devront affronter leur propre shadow pour obtenir le même pouvoir. Dans le même temps, une série de meurtres inexplicables accablent la paisible petite ville. Votre petite bande d'ados attardés arrive bien vite à comprendre que quelqu'un « pousse » ses victimes dans la télévision et attend que le brouillard fasse la sale besogne à sa place. C'est tout naturellement à vous qu'il incombe de sauver ces gens et de trouver le coupable.

Persona 4 n'oublie pas ses prédécesseurs à travers de nombreux clins d'oeil.

Bibliothèque verte, voire jaune

Persona 4 emprunte une structure chronologique très proche de celle introduite par son prédécesseur. Comme expliqué auparavant, votre protagoniste réside à Inaba pendant une année scolaire japonaise complète (avril à mars). Le jeu se déroule au jour le jour se découpant autour de vos activités : l'école, les activités péri-scolaires, les vacances, etc. Grosso modo, à plusieurs reprises, le meurtrier va tenter de tuer quelqu'un en le balançant dans une télévision, vous laissant donc un nombre de jours limités pour sauver cette personne. Le brouillard s'installe après plusieurs jours de pluie non-stop, amenant avec lui un game-over fatidique. Pas d'inquiétude toutefois, vous disposez d'un temps souvent assez large pour bien faire (un petit mois). Pour mener votre enquête et sauver des gens, le gameplay se découpe en deux parties distinctes : la réalité et le monde de la TV. Le premier constitue votre quotidien et se découpe en périodes de la journée (généralement, école – fin d'après-midi – soirée). Il vous permet de discuter avec les habitants d'Inaba pour établir des liens sociaux, acheter de l'équipement, faire des quêtes annexes ou encore travailler pour gonfler votre porte-monnaie et vos statistiques. Le monde de la télévision n'est accessible que l'après-midi et vous mange tout le reste de la journée. Chaque personne enlevée réside dans un donjon calqué sur son imaginaire, peuplé de shadows, de coffres et divisé en étages. La structure est identique au Tartarus de Persona 3, mais reste au final bien moins écœurante que la tour aux 300 étages. Bien qu'il y ait une date limite vous pouvez gérer les donjons comme vous le souhaitez : sauver la personne en deux jours ou sur la durée, attendre le dernier jour de pluie, etc. Un système très agréable qui vous laisse toute latitude.

De nouveaux évènements ont fait leur apparition comme une sortie en altitude ou un voyage à la mer.

Les copains d'abord

Chaque persona s'inscrit sous le signe d'une arcane de tarot. Ces arcanes s'incarnent sous forme de liens sociaux dans la réalité. Plus vous passez de temps avec tel ou tel personnage sur vos plages horaires, plus la force de l'arcane augmente. Un lien social de niveau 1 offre un très léger bonus d'expérience à votre persona d'arcane identique, tandis que le niveau 10, lui confère d'emblée 5 niveaux d'expérience supplémentaire, débloquant du même coup de nouvelles capacités sans forcer. Il est donc impératif de passer du temps avec vos compagnons, votre famille et les divers habitants d'Inaba pour renforcer votre puissance. Sous forme de sim-dating, les social links offrent des petites histoires sympathiques pour chaque personnage important. L'écriture est bonne et les moments guimauves sont finalement assez rares. De temps à autre, vous avez des choix à faire pour booster le facteur de progression des S-links. Les compagnons d'arme sont à monter en priorité car ils obtiennent de nouveaux talents en combat (soigner un état, prendre un coup mortel) et de nouvelles compétences. Certains S-links vous demanderont toutefois un niveau minimum dans une statistique sociale (compréhension, expression, courage). Augmenter ces dernières prend du temps et se fait en lisant des livres, effectuant des jobs ingrats ou en répondant à certains QCM. Comme vous l'avez compris, l'élément le plus important de Persona 4 est la gestion de votre planning. De ce coté, Golden se trouve encore plus généreux en vous laissant maintenant vous balader la nuit et en ajoutant le mois entier de Janvier jouable. Les vétérans apprécieront.

Le lycée tend à être déserté les jours de pluie : c'est l’occasion d'explorer les donjons.

Le bahut des tordus

Après avoir énormément parlé du jeu en lui-même, passons à la spécificité de la version Golden. A la base conçue pour PlayStation 2, le jeu a bénéficié d'un lifting conséquent : les textures sont beaucoup plus fines tandis que les dessins ont bénéficié du traitement haute-définition. Cerise sur le gâteau : tout est fluide, les chargements sont brefs et en 60hz s'il vous plaît. Un nouveau personnage du nom de Marie a fait son apparition, elle vous permet comme dans Persona 3 : FES d'utiliser des skill cards. Ces cartes vous permettent d'implanter une compétence X à l'une de vos personas. Oui, c'est un peu monstrueux mais vu que trouver LA bonne carte relève du hasard, le constat reste à tempérer. Marie, donc, est une jeune fille mystérieuse ayant perdu la mémoire... bla, bla, bla. Peu intéressante, elle apporte un nouveau donjon pour masochiste et un épilogue (un peu naze). Au niveau de l'équilibrage où beaucoup de choses ont été changées pour les boss notamment : certaines de leurs faiblesses et de leurs attaques ont changé par rapport à la version d'origine. C'est un bon point pour les vétérans sceptiques. Ajoutez à tout cela un nouveau S-link, plein de costumes supplémentaires, la possibilité d'utiliser un scooter. Bref, au niveau du contenu Golden se renouvelle plutôt bien. Bien sur, le fan-service est lui aussi de la partie, accentuant bien l'appeau à nerd déjà bien présent dans la version d'origine. Les fonctionnalités Vita sont de l'ordre du néant ludique absolu et ne valent pas le coup d'être mentionnées. Niveau présentation, tout est toujours de très haute volée avec une très chouette musique signée Shoji Meguro et un doublage anglais toujours aussi énergique et juste. Finalement, le seul véritable reproche que vous puissiez adresser à Persona 4 est... son scénario. Non pas les personnages, pas l'ambiance, pas l'humour, non, juste le fait que l'aspect enquête est ridicule et que l'identité et la justification de l'assassin soient assez risibles. Dans les interviews, les développeurs ont d'ailleurs avoué avoir changé son identité en cours de route. Bref, nous sommes loin de la profondeur d'Innocent Sin ou de l'aspect mélancolique de Persona 3.
Les Plus
  • Un gameplay aux petits oignons
  • Des améliorations conséquentes
  • Une durée de vie astronomique
  • C'est beau, fluide et ergonomique
  • Des personnages attachants
  • Une présentation graphique et sonore au top
Les Moins
  • Un scénario un peu toc
  • Des fonctionnalités Vita bidons
  • Allergiques aux japoniaiseries s'abstenir