Alice : Retour au Pays de la Folie souffre d'amnésie partielle

26 août 2011
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Au premier abord, Alice est une jeune fille charmeuse dotée d'un charme mystérieux. Son histoire est envoûtante et nous projette dans les abîmes de sa psyché traumatisée. Le pays des merveilles n'a d'ailleurs jamais aussi bien porté son nom, la patte graphique apportée par Spicy Horse est unique et stupéfiante. Puis vient le temps des regrets, le gameplay semble tourné vers le passé et n'offre aucune surprise ou de réel plaisir. Bien embêtant pour un jeu vidéo. Si pour vous l'histoire et l'enrobage priment sur le reste, n'hésitez pas à retourner au pays de la folie. Hélas, si vous cherchez juste un bon jeu de plate-forme/aventure, vous feriez mieux de passer votre chemin.

Ancien briscard d'iD Software, American McGee est surtout reconnu pour American McGee's Alice, jeu de plate-forme à l'esthétique unique sorti une dizaine d'années auparavant. Près de dix ans plus tard, voilà que le game designer armé d'une nouvelle équipe chinoise nous sort une suite. Hélas, si le temps s'est arrêté au pays des merveilles, il n'en est pas de même chez nous. Et œuvre immémoriale ou pas, ce nouvel Alice pourrait bien être has-been.

L'hystérie constitue l'ultime moyen de défense d'Alice.

Le retour de la vengeance

American McGee's Alice était à l'origine un jeu d'action/plateforme sorti sur PC en 2001. Sa grande force résidait dans son esthétique unique et son traitement scénaristique de l'œuvre absurde de Lewis Carrol. La jeune fille britannique passait du statut de jeune bourgeoise oisive à celui d'interné psychiatrique. En effet, suite à la mort de toute sa famille dans un incendie accidentel, cette dernière est entrée dans un état catatonique et fut abandonnée dans un sanatorium. Le jeu originel s'apparentait donc à une simple relecture du mythe Carrolien avec à la clé une direction artistique sombre et malsaine représentant la psyché fragmentée de la jeune héroïne. Le chat du Chessire devenait un chat sphinx tatoué, l'épée vorpale un couteau de boucher ensanglanté et tout le bestiaire du pays des merveilles subissait un traitement similaire. La suite reprend quelques années après la fin du premier épisode (gracieusement offert via un code de téléchargement) : Alice est sortie de l'asile psychiatrique et tente maintenant de reprendre une vie ordinaire. Hélas, l'avocat de sa famille l'a dépossédée de ses biens et elle se retrouve à la charge d'un médecin adepte du refoulement mémoriel. Mais au moment où elle commence à oublier son passé traumatisant, Alice se retrouve transportée au pays des merveilles ou plutôt, de ce qui l'en reste. Notre héroïne devra donc découvrir pourquoi ce dernier est en passe d'être détruit en recouvrant la mémoire.

La tenue d'Alice changera au fil des niveaux parcourus.

Il était une fois

A la vue du niveau de maîtrise artistique atteint par le premier Alice, American McGee et l'équipe de Spicy Horse avait fort à faire pour subvenir à nos attentes. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le niveau a été encore relevé. Les scènes cinématiques sous forme de gravures d'ouvrages pour enfants font mouche, tandis que le design des régions du pays des merveilles est absolument bluffant. Entre la navigation dans un bateau en bouteille et la visite d'une usine à thé, les environnements continuent d'émerveiller. Dommage que l'ambition de la vision ne soit pas suivie par une exécution irréprochable. En effet, malgré l'utilisation de l'Unreal Engine 3, qui a de beaux restes en général, Alice peine à séduire graphiquement et tend même à repousser : des textures qui bavent, des gros blocs hideux, des erreurs grossières de collisions, etc. C'est d'autant plus dommage que le travail en amont réalisé sur le jeu semble plus poussé que dans la grande majorité des cas. Le scénario, à mille lieux de la suite paresseuse comme dans le film de Tim Burton, se permet d'alterner jeux de piste et faux semblants. En guise de transition entre les chapitres, vous aurez accès à de brefs passages dans le monde réel et poisseux d'un Londres tout droit sorti de Dickens. Sans vouloir en dire trop, le quatrième chapitre du jeu parvient même à faire exploser les carcans de l'histoire et à amener le joueur à se questionner lui-même...

Du caractère, le pays des merveilles n'en manque pas.

Spirit of '90

Arrivé à ce niveau de la lecture, vous commencez à vous demander pourquoi je n'ai pas parlé du jeu lui-même : les sensations ressenties, le gameplay, etc. C'est très simple : derrière une présentation exemplaire, Alice déçoit. Le cœur du jeu semble sorti des temps anciens, il n'y a eu aucune évolution de gameplay depuis American McGee's Alice, sorti une décennie auparavant. Vous passerez donc le plus clair de votre temps à sauter sur trois plate-formes fongiformes, puis à affronter cinq monstres identiques, répétez advitam eternam. Bien sûr, vous pouvez collecter des dents pour améliorer vos armes, entrer dans des zones bonus pour augmenter votre vie. De même, pour les collectionneurs compulsifs, les souvenirs d'Alice sont disséminés aux quatre coins du pays des merveilles sous formes d'enregistrements audio. Mais l'ensemble a un goût de réchauffé terriblement médiocre et monotone. Heureusement que quelques séquences cinématiques viennent troubler cette routine, sinon le jeu serait tout simplement ronflant. American McGee a consacré tellement de temps sur le scénario et le design du jeu qu'il semble en avoir oublié les dix années de jeux vidéo qui se sont écoulées entre temps.
Les Plus
  • Une direction artistique parfaitement maîtrisée
  • Une histoire qui dépote
  • L'ambiance sonore
  • Le jeu original en bonus
Les Moins
  • Un gameplay poussif et âgé
  • Le moteur graphique mal exploité