The Witcher 2 vous ensorcellera

10 juin 2011
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The Witcher 2 tient toutes ses promesses. En nous offrant une véritable liberté d'action soutenue par une difficulté corsée, le bébé de CDProjekt se paie le luxe d'être le meilleur de sa catégorie cette année. Grâce à un univers subtil et des graphismes superbes, il enterre aisément tous les autres prétendants au trône. Bien sûr, de petits défauts agaçants se font ressentir, comme une difficulté en dents de scie et une interface boîteuse. Mais si vous arrivez à les dépasser, la meilleure expérience rôlistique de l'année s'offrira à vous.

Sorti de nulle part après une gestation laborieuse, The Witcher fit son petit effet au sein de la communauté PC à l'automne 2008. Intelligentes, bien écrites et intransigeantes, les aventures du « sorceleur » albino Geralt de Rivia tranchent avec les jeux de rôles aseptisés et trop propres sur eux auxquels nous étions habitués. Trois ans plus tard, le tueur de monstres polonais revient plus costaud, plus ingénieux et plus lifté que jamais. De la poudre aux yeux ? Non, simplement la meilleure expérience de l'année en matière de jeu de rôle.

Arrivé au niveau 8, vous pourrez vous spécialiser en alchimie, en magie ou dans l'escrime.

Witching Hour

Qu'est ce qu'un witcher ? Un chasseur de monstres modifié génétiquement pour être encore meilleur dans son boulot. C'est à travers le récit du Polonais Andrzej Sapkowski que de nombreux amateurs ont pu découvrir les tribulations de Geralt de Rivia, parfait petit sorceleur. Au travers de diverses nouvelles, Sapkowski s'est évertué à dépeindre un univers médiéval-fantastique certes sombre mais surtout propre au pastiche et à la parodie. Tirant à boulet rouge sur les contes traditionnels slaves et sur la Fantasy en général, l'écrivain s'amuse à placer Geralt au cœur d'intrigues abracadabrantesques dans lesquelles ce dernier se retrouve forcer à participer. Principe au cœur des romans et de la série de jeux vidéo, la moralité est absente, si ce n'est en teintes de gris et le prix de la neutralité est souvent trop cher payé. L'univers de The Witcher 2 s'axe sur l'emploi d'une teinte réaliste : les races non-humaines font l'objet d'une ségrégation accentuée, les gens sont moches, bornés et vulgaires et la magie mal vue par le commun des mortels. D'ailleurs, certains elfes ont virés cosaques, s'auto-proclamant « Scoia'tel », contrôlant ainsi diverses forêts et mettant en place des attaques terroristes contre les humains. Acclamés quand un monstre traîne dans les parages, le reste du temps les sorceleurs sont haïs pour leur froideur inhumaine et leur particularité physique (des pupilles ambrées rétractables). Bon an, mal an, les sorceleurs font leur travail à l'aide de leurs sortilèges appelés « signes », de leur maîtrise de l'alchimie et surtout de leurs deux épées : une en acier pour les hommes et une en argent pour les monstres.

Bon nombre de bestioles chercheront à vous faire la peau.

Présomption d'innocence

Ce deuxième volet reprend directement l'accroche laissée par le cliffhanger du premier épisode : une tentative de meurtre sur la personne du Roi Foltest, entravée par Geralt. Hélas, l'assassin présumé était un sorceleur, chose normalement impossible puisque ces derniers font serment de neutralité politique. Content d'avoir réchappé à la mort, le bon Foltest décide de garder Geralt à ses cotés comme porte-bonheur, au grand dam de l'intéressé qui coulerait bien des jours paisibles avec la magicienne Triss. Oui mais voilà, le jeu commence avec Geralt, battu et torturé, croupissant dans une cellule. Que diable allait-il faire dans cette galère ? À vous de le découvrir en racontant les évènements de la folle journée ayant conduit à cette situation. Les flashbacks décrivant la chute de Geralt sont donc l'occasion de prendre en main le jeu à travers un prologue particulièrement ronflant et scripté. Passée la baffe graphique, Geralt se contente d'escorter Foltest dans sa petite guerre personnelle contre son « ex » afin de récupérer ses enfants, bâtards de surcroît. Donc ça s'étripe de tout bord. C'est certes épique mais terriblement dirigiste. Heureusement, une fois l'attaque terminée et ses terribles conséquences encaissées, le jeu révèle sous nos yeux ébahis son véritable potentiel. Après nous avoir laissé mijoter pendant plus d'une heure, les petits coquins de CDKprojekt nous laisse le champ libre pour tenter de nous faire la belle. Et une fois à l'air libre, l'aventure commence. Un vague objectif pour toute indication : trouver le tueur de têtes couronnées pour ne pas perdre la notre.

De petits dessins animés font office de cinématiques.

Le choix des armes

Floatsam constitue votre première base d'activité : sorte de kashmir local, cette ville pourrie se trouve à la frontière de quatre nations prêtes à tout pour la récupérer. Encore mieux, cette dernière est assaillie par les Scoiat'el et autres créatures en tout genre. Une véritable aubaine pour le sorceleur que vous êtes. Fortement inspirés par Demon's Souls, les développeurs ont opté pour un système de combat résolument intransigeant. Vous disposez de deux types d'attaque : faible et forte. Chacune est adaptée à l'ennemi qui vous fait face. Mais cliquer comme un fou sur votre adversaire vous enverra ad patres. Autant être clair tout de suite, si vous êtes touché plus de quatre fois, vous boufferez les pissenlits par la racine. Pour ne pas souffrir, vous possédez une barre de fatigue qui peut être employée soit pour parer, soit pour lancer des signes et bien entendu l'esquive reste toujours possible. Les signes sont peu nombreux mais extrêmement utiles : Aard projette, Igni enflamme, Yrden pose un piège, Quen protège et Axii convertit un ennemi à votre cause. Apprenez à les chérir, ils vous seront simplement indispensables. En plus de ces différentes techniques en aval, vous pouvez vous préparer en amont en buvant des potions et en posant des pièges. Ces deux types d'objets peuvent être créés via un système de crafting intégré et polyvalent. Dommage que l'interface soit aussi horrible et vieillotte : bienvenue dans les années 90 où vous devez cliquer sur tous les objets un à un! Toutefois, les meilleures recettes seront difficiles à trouver. Toutes ces options ne seront pas de trop pour les rixes impitoyables : les ennemis attaquent en groupe et n'attendent pas gentiment de se faire trucider un par un. Vous allez en baver, vous allez hurler et vous allez arrêter de jouer... avant de recommencer cinq minutes plus tard. Après le premier chapitre, c'est le phénomène inverse qui se produit. Mis à part les boss, Geralt est surpuissant et indestructible : la faute à un équipement de trop bonne facture. Dommage pour un jeu dont les combats constituent le nerf de la guerre.

Les panneaux d'affichage sont l'occasion de remplir son carnet de quêtes à ras-bord.

Le choix tout court

Tuer est une activité saine et vivifiante mais elle ne constitue bien sûr qu'une partie du charme de The Witcher 2. La beauté du jeu est bien sûr le premier élément qui saute aux yeux : c'est simple, le jeu est à tomber par terre. Les paysages coupent le souffle, les villes s'animent et même ses habitants paraissent plus vrais que nature. Bien sûr, une bécane de compétition est requise pour espérer faire tourner tout ce beau monde à un framerate décent. Mais The Witcher 2, ce n'est pas seulement une vitrine technique, c'est aussi un vrai jeu de rôle. Le rôle en question a déjà été abordé : chasseur de monstres mutant tentant de survivre dans un monde impitoyable. Les choix sont nombreux et offrent un véritable impact sur la narration. A l'instar du premier épisode, vos décisions affecteront l'aventure quelques heures après avoir fait un choix et de manière durable. Avant d'occire un noble ou de rejeter les faveurs d'un riche marchand, il faudra donc réfléchir à deux fois. La moralité est totalement absente puisqu'aucun choix ne sera véritablement salutaire, ni manichéen. Sauver la veuve et l'orphelin se terminera souvent par une tentative de meurtre sur votre personne. Les quêtes elles-même sont peaufinées à l'extrême et offrent toutes des choix dans la manière de les aborder. Même le simple zigouillage de monstres vous demandera un effort : s'informer sur ladite créature sera vital, sinon vous ne connaitrez ni ses faiblesses, ni son habitat. Bref, c'est divin. Et comme toutes les bonnes choses, The Witcher 2 a une fin. Mais cette dernière arrive un peu tôt. Une trentaine d'heures en accomplissant un maximum de quêtes secondaires. Toutefois, l'aventure ne demande qu'à être retentée, rien que pour expérimenter à nouveau le meilleur jeu de rôle de cette année.
Les Plus
  • Enfin des choix qui comptent !
  • Une moralité en tons de gris
  • L'univers : un pastiche sombre et irrévérencieux
  • Environnements variés et vivants
  • La polyvalence des capacités de Geralt
  • Beau à tomber par terre
  • Les quêtes bien foutues
Les Moins
  • Un chouïa court
  • La difficulté schizophrénique
  • L'interface et ses soucis d'ergonomie