Test | Gambonanza
04 mai 2026

1v1 échiquier sans règles

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Gambonanza

Les échecs, Blukulélé les a pris et en a fait des confettis. Derrière ce chaos, un développeur indé français, Paul Giovannini, qui nous présente Gambonanza sur PC et mobile et transforme le jeu de plateau le plus sérieux du monde en un roguelike déjanté. Oubliez le roi, c'est chaque pièce adverse qu'il faut éliminer, armé de plus de 150 "Gambits" capables de tordre les règles dans tous les sens, sur un plateau truffé de cases piégées. Deckbuilder dans l'âme, échecs dans les os, on a voulu savoir si la greffe prenait vraiment.

Le principe

Gambonanza, c'est un roguelike au tour par tour qui prend les échecs comme matière première et les passe au mixeur. Concrètement, vous vous retrouvez face à un plateau de 5x5, et l'objectif est simple à énoncer, moins à accomplir : capturer absolument toutes les pièces adverses. Pas seulement le roi, tout le monde y passe. Chaque run débute modestement : une roue vous donne aléatoirement trois pièces pour constituer votre armée de départ, avant de se transformer progressivement en quelque chose de bien plus chaotique. Le moteur de cette folie, ce sont les Gambits : des modificateurs achetés en boutique entre les affrontements, qui viennent tordre les règles une à une. Un fou qui se déplace comme une tour, un pion qui rapporte de l'or à chaque capture, une reine qui se clone à chaque prise... les combinaisons deviennent vite vertigineuses, et construire une synergie qui "clique" procure une vraie satisfaction.


Une run complète se découpe en cinq phases, chacune composée de cinq parties. Entre chaque affrontement, une boutique vous accueille pour dépenser l'or accumulé en nouvelles pièces, Gambits supplémentaires, augmentation du nombre de pièces sur l'échiquier, ou en participation à l'un des trois mini-jeux disponibles : une roue pour des pièces, un gashapon pour des Gambits, ou un pachinko pour des cases pièges à placer sur l'échiquier. De plus, vous avez une réserve, un élément stratégique à part entière : elle vous permet de stocker des pièces hors plateau et de les déployer au moment le plus opportun, comme une carte cachée dans la manche.


Attention cependant à ne pas traîner. Si vous passez trop de tours sans capturer, des cases de l'échiquier commencent à s'effondrer dans le vide, vous forçant à rester agressif. À la fin de chaque phase, un boss se dresse face à vous avec une capacité spéciale annoncée à l'avance : bloquer votre réserve, masquer la composition de son armée, infliger des états spéciaux à certaines pièces... Le tout combiné à une pièce immortelle tant qu'elle a des alliées, ce qui transforme chaque confrontation finale en véritable casse-tête sous pression.
Un échiquier qui part en vrille, et c'est tant mieux

L'emballage

Cet échiquier est totalement normal.

Gambonanza ne cherche pas à en mettre plein la vue, et c'est clairement assumé. Le jeu adopte une esthétique pixel art rétro avec un filtre CRT optionnel qui renforce l'impression de déterrer une cartouche oubliée au fond d'une salle d'arcade des années 90. Les pièces sont lisibles, les effets visuels lors des captures restent discrets, et l'ensemble dégage une cohérence certaine malgré sa simplicité. On est loin des fioritures d'une grosse production, mais tout ce qui doit être visible l'est clairement ; ce qui, pour un jeu où chaque case compte, n'est pas un détail anodin. Les menus et l'interface de la boutique prolongent bien cette ambiance fête foraine kitsch et colorée, sans jamais tomber dans l'excès.


Côté sonore, les musiques accompagnent l'action sans chercher à voler la vedette : des compositions entraînantes qui savent se faire discrètes quand la tension monte sur l'échiquier. Le sound design est dans le même esprit : fonctionnel et satisfaisant, avec des petits effets qui rendent chaque capture agréable sans surcharger l'oreille. Gambonanza n'est pas un jeu qui marquera les esprits par ses visuels, mais son emballage fait exactement ce qu'on lui demande : poser une ambiance cohérente au service d'un gameplay agréable.
Un style agréable et équilibré

Pour qui ?

Combat contre le grand maître.

La grande question qui vient naturellement à l'esprit : faut-il être un joueur d'échecs confirmé pour apprécier Gambonanza ? La réponse est non, et c'est une vraie bonne nouvelle. L'IA adverse fait des erreurs volontairement, c'est du balancing assumé, ce qui laisse suffisamment de marge pour expérimenter sans se faire écraser dès les premières parties. On apprend en jouant, et les règles de base des échecs se suffisent amplement pour s'en sortir. Ce jeu est donc parfaitement jouable et appréciable, même si vous n'avez jamais joué à un roguelike ou aux échecs.


La comparaison avec Balatro s'impose d'elle-même : deux jeux rétro qui prennent un jeu de société classique, le désossent et le reconstruisent en roguelike. Mais là où Balatro pousse à accumuler des scores toujours plus délirants dans une course aux gros chiffres addictive et quasi hypnotique, Gambonanza mise sur une progression plus douce et une réflexion plus posée. Ici, pas question de multiplier les points par mille : c'est votre lecture du plateau qui fait la différence, coup après coup. Les amateurs de Slay the Spire ou de Monster Train, habitués à construire des synergies progressives, devraient se sentir comme à la maison. Et pour les joueurs d'échecs qui redoutent un jeu trop permissif, rassurez-vous : si l'IA pardonne les erreurs grossières, construire une stratégie vraiment efficace demande quand même de la réflexion, juste sans la pression d'un vrai adversaire humain.
Un jeu qui tend la main aux débutants sans lâcher les vétérans

L'anecdote

Les dernières traces de la catastrophe.

Autant être honnête : je suis mauvais aux échecs, mauvais aux roguelikes, et Gambonanza n'a pas vraiment arrangé le tableau. Mon record personnel plafonne à la phase 3, ce qui, au vu de ce que le jeu peut offrir, ressemble davantage à un ticket de consolation qu'à un exploit. Pourtant, il y a eu ce moment. Une partie où mes Gambits se sont alignés pour m'offrir une réserve remplie de reines fantômes : des reines qui ne coûtent rien à la vente et qui disparaissent à la fin du tour. Le temps de quelques coups, j'avais l'impression de dominer l'échiquier... jusqu'à ce que le plateau s'effondre sous les pieds de ma seule pièce non fantôme et marque la fin de mon run. C'était absurde, chaotique, et terriblement amusant. Ce genre de moment n'a aucune valeur stratégique sur le long terme, mais il résume bien ce que Gambonanza cherche à provoquer : cette étincelle de « attends, ça marche vraiment ? » qui donne immédiatement envie de relancer une partie pour retrouver la même sensation.
Même les moins bons ont leur moment de gloire
Les Plus
  • Prise en main facile
  • Progression douce en début de jeu qui devient peu à peu plus intense et intéressante
  • Gambits facilement déblocables en jouant normalement ce qui assure une réalimentation des possibilités constante
  • Rejouabilité quasi infinie
  • Ambiance graphique et sonore agréable
Les Moins
  • IA prévisible au fil du temps, ce qui rend le début de jeu trop facile
  • Sensation de stagnation vers le milieu de run due aux économies nécessaires à faire pour la progression
  • Des Gambit parfois un peu trop répétitifs ou situationnels
Résultat

Gambonanza est une belle surprise. Le pari était risqué : marier les échecs, le roguelike et l'esthétique arcade rétro sans que l'ensemble ne parte dans tous les sens. Blukulélé s'en sort avec les honneurs. La prise en main est accessible à tous, et la progression, douce au départ, se densifie naturellement jusqu'à des confrontations de boss qui demandent une vraie réflexion tactique. Les Gambits s'accumulent, les synergies émergent, et la rejouabilité est quasi infinie tant les combinaisons possibles sont nombreuses. Si vous cherchez un roguelike malin, original et facile à prendre en main, que vous soyez joueur d'échecs ou non, Gambonanza mérite clairement votre attention.

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