Si un cœur attrape un cœur
- Éditeur Maximum Games
- Développeur Polychroma Games
- Sortie initiale 25 juin 2024
- Genre Aventure
Le propre du récit initiatique n'est-il pas de faire vivre aux joueurs une sorte de "nostalgie incompréhensible", alliant le familier par de l'étrangeté ? Tout du moins, c'est bien ce questionnement qui est au cœur d'Until Then. Entre ses promesses de renouer avec l'adolescence et l'ambition démesurée de sa narration, la production du développeur Polychroma Games parvient-elle à tirer son épingle du jeu dans une industrie teintée par le fantasme, mais aussi le regret du passé ?
L'histoire

De la même manière, au fur et à mesure que les séquences de jeu se succèdent, Until Then révèle une narration plus étoffée, plus ambitieuse qu'initialement promise : en effet, derrière l'apparente tranquillité du quotidien de Mark Borja se cache le traumatisme d'une catastrophe à échelle mondiale : sous le nom de "Décret", c'est à ces adolescents (et par extension au joueur) de tenter de faire sens d'une vie désormais ébranlée par la tragédie. De l'apparente "fin du monde", Until Then cherche à montrer la quête vers un renouveau possible, celui d'une reconstruction.
Le principe
Quelques mini-jeux ici et là afin de pimenter le récit.

De la même manière, dans l'optique de rendre interactif cet univers, plusieurs mini-jeux animent la contemplation de ces différents moments de tout et de rien : peu complexes, peu palpitants aussi (surtout si l'on considère individuellement ces micro-jeux, qui ne sont guère plus développés que ceux de la licence WarioWare), néanmoins ce n'est autre qu'une stratégie ludique afin de "prendre contact" avec cet environnement social. Tel en est d'ailleurs, au fond, le grand précepte d'Until Then, celui que d'humaniser le cadre du jeu, les personnages. On y raconte, on y joue surtout une histoire familière, chaleureuse, empreinte d'espoir.
L'approche scénaristique
Une trame faussement cousue de fil blanc, plus sombre et complexe qu'il n'y paraît.

Ainsi, sans trop en divulgâcher, le joueur sera amené à faire (puis refaire) certaines intrigues en boucle, afin de parvenir à une conclusion que le jeu estime satisfaisante. Un changement drastique dans le ton de la narration, qui contrebalance l'entièreté des thèmes abordés puis développés par Until Then : d'observation au préalable à répétition par la suite, le jeu gagne certes en originalité, mais perd considérablement dans la force évocatrice de ses thèmes. De fait, il y a une forme de contradiction déplaisante dans cette seconde moitié : on ne peut nier l'ambition certaine qui a animé l'équipe de Polychroma Games, mais elle s'articule au détriment de la "chaleur humaine" qui faisait alors le charme, le point fort aussi de cette production.
Pour qui ?
Quelques légers choix qui ne viennent aucunement impacter le déroulement du récit.
Toujours au sujet de cette longueur, ce sentiment de ne jamais en voir le bout n'est pas aidé non plus par un système de progression archaïque empêchant de sauvegarder au milieu d'un chapitre. Au fil du temps, les séquences de jeu deviennent de plus en plus longues, s'approchant des trente minutes, ce qui est plutôt interminable sans pouvoir mettre en pause la narration temporairement : s'arrêter au milieu d'une intrigue contraint à la reprendre depuis le début. Une décision incompréhensible, forçant la répétition dans un titre déjà bien trop tourné vers celle-ci.

Qui plus est, il est également étonnant de constater qu'Until Then n'offre que très peu d'options d'accessibilité au joueur : ainsi, il est impossible d'augmenter la taille du texte (en dehors des conversations téléphoniques, mais c'est très ciblé), d'en changer la couleur pour le rendre plus visible ou de réduire la cadence de certains mini-jeux rythmiques. Des options classiques pour le genre en somme. Autant dire que pour un titre porté vers la bienveillance envers autrui, Until Then semble en manquer cruellement pour son public.
L'anecdote
Une direction prise par la narration qui ne sera pas au goût de tout le monde.
- Une introspection réussie dans la société philippine
- Un récit initiatique touchant : aussi juste que sincère
- Une pléthore de thèmes universels, abordés avec subtilité et dignité
- Une direction artistique d'une haute volée
- Une mise en scène au service de la narration : simple mais efficace
- Une seconde moitié de jeu maladroite dans l'écriture : ambitieuse certes, mais au détriment de la justesse du début de l'intrigue
- Un dernier tiers lent dans la progression, peu nécessaire
- Un système de sauvegarde archaïque, souvent frustrant
- Pauvre en options d'accessibilité
Difficile de ne pas ressentir un peu d'amertume lors de la dernière séquence narrative d'Until Then. Difficile, par conséquent, de ne pas être plutôt déçu par les promesses non tenues de ce récit initiatique. Pour autant, difficile surtout de ne pas avoir une sympathie certaine pour tout ce que le jeu a accompli, mais aussi tenté d'entreprendre. Gageons que le prochain titre de Polychroma Games soit un peu plus rigoureux dans l'écriture. En attendant ce jour, il reste de cette première ébauche une belle sincérité parsemée d'errances et de maladresses, le propre de l'adolescence.