Test | Replaced
09 mai 2026

Humain après tout

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Replaced

Quand la mélancolie de Blade Runner rencontre la rigueur de Flashback, vous obtenez Replaced. Mais derrière son pixel-art 2.5D à en baver, y a-t-il une âme qui fait vivre l'IA de Sad Cat Studio ?

L'histoire

Une dystopie, une vraie ! Replaced se déroule dans les années 1980, mais après que la guerre froide a engendré une pluie de bombes sur les États-Unis... Les survivants se sont alors regroupés dans des centres urbains pour concentrer toute leur attention sur la science, tandis qu'à l'extérieur, de l'autre côté du mur, des sociétés autonomes se sont développées... Vous incarnez Marsh, un scientifique de la ville, qui travaille sur une IA : R.E.A.C.H. Mais à la suite d'un incident, cette IA se transfère dans votre esprit. La voilà dotée d'un corps, en cohabitation avec Marsh qui s'efface presque totalement. Cette brèche de sécurité déclenche l'arrivée des forces de l'ordre, qui ne sont clairement pas là pour faire dans la dentelle.


À la manière d'un réplicant traqué dans Blade Runner, vous n'avez d'autre choix de fuir et vous défendre avec des enchaînements de coups que seule une IA peut avoir assimilés. De l'autre côté du mur, vous découvrez un environnement inconnu jusque là. Des groupes survivent, se battent, troquent des batteries et des composants électroniques, avec pour tous un point commun : la haine de ceux des villes. Bienvenue dans votre nouveau quotidien.
Mais cette machine dans ma tête...

Le principe

Les effets de lumière donnent le ton.

À la manière d'un Inside, ou encore du récent Lunark ou même de son ancêtre Flashback, Replaced vous propose une unique vue de côté. Traité en 2.5D, il autorise une certaine profondeur de champ, jouant sur les plans, les objets traversant l'écran au premier plan et les animations au loin. Replaced cumule plusieurs genres dans cette contrainte assez forte : jeu de plateforme, jeu de réflexion et jeu de combat. Le tout combiné donne des séquences aux rythmes différents et alternés, mais génère aussi quelques frustrations.


Si les combats sont satisfaisants par la dynamique de combos, leur mécanique relativement limitée marque une certaine redondance : des ennemis catégorisés sous forme de classes, nécessitant telle parade ou telle attaque pour être vaincus, généralement présentés par grappes... De même pour les séquences de plateforme qui, lorsqu'elles ne sont pas dédiées à éviter des tirs venant de snipers en arrière-plan en se cachant à l'aide du décor, impliquent une maîtrise quasi pixel-perfect de R.E.A.C.H. Le titre n'est pas sévère et les nombreuses morts ne sont qu'un retard dans votre progression, mais sauter dix fois la même plateforme pour attraper de justesse la prise de quelques pixels a de quoi questionner sur l'envie de voir notre héros sortir de ce pétrin.
Machine sourde et tempête

L'ambiance

Le labo foutraque de Yo-Yo : une pépite !

Replaced ne vous montre jamais le visage des personnages, mais malgré les quelques pixels qui les composent vous parvenez à vous les figurer fortement. Car le titre est un condensé de coups de génie visuels. Chaque personnage a son style, sa démarche, son phrasé même, chaque élément de décor est bien à sa place, comme présent depuis des années dans cet univers crasseux. La technologie est extrêmement présente, mais avec une esthétique rétrofuturiste où Apple n'aurait jamais existé, comme on peut la voir dans Alien : Isolation ou même l'excellent Observer. Le studio Sad Cat ne cache pas ses inspirations : les thrillers et films de SF des années 1980-1990 figurent en haut de la liste, mais aussi quelques titres phares comme Batman : Arkham Knight pour le système de combats en effet axé sur l'impact et la contre-attaque. Un véritable petit bouillon de culture !
Leitmotiv, nuits secrètes

Pour qui ?

Petite vibe OutRun version Cyberpunk.

Drôle d'animal, ce Replaced. Sous ses airs de blockbuster techno-séduisant, le titre cache une exigence presque brutale. Entre ses dialogues un poil bavards et ses sauts au pixel près, il assume un héritage die and retry qui pourra faire décrocher les moins patients. Ses phases de combat apportent une touche jouissive, mais sans atteindre la perfection d'un Mother Russia Bleed. Replaced regorge de bonnes idées, de détails exceptionnels, comme cette jeune fille qui répare des jeux d'arcade auxquels vous pouvez (et devez) jouer.


Cette approche presque élitiste a de quoi interpeller, d'autant que l'histoire repose essentiellement sur la confiance, l'entre-aide, le vivre ensemble. Pourtant, à vous de vous débrouiller pour avancer, et pas qu'à moitié. Les sauts au pixel près sont très nombreux et sérieusement agaçants par moments. De rares occasions de changer le gameplay apparaissent mais de manière inaboutie : quand vous délivrez un peuple prisonnier d'une sombre cave, celui-ci vous propose de vous filer un coup de main. Vous acceptez, bien sûr, pensant embarquer une troupe de défenseurs ! Mais au premier ennemi rencontré, ils restent inactifs. Un oubli ?
Tatoue mon âme à mon dégoût

L'anecdote

Ce boss a chatouillé mes limites.

Vous voyez le boss sur l'image là ? Il rappelle Bane, dans Batman. Mais surtout, il fait un sale coup : une fois que vous l'avez terrassé, après une courte cinématique il... revit. Et c'est reparti pour un tour. Lorsque ça s'est produit, j'ai cru à un bug de la matrice, ou même un déjà-vu : attendez, je viens pas de le buter ? Il se trouve que ce type a deux cœurs, et donc deux vies. Ah ! Certes, cette découverte fait ensuite avancer l'histoire, mais inévitablement vous mordrez la poussière plusieurs fois avant d'en venir à bout. J'ai chronométré : 24 minutes pour moi. Est-ce que vous avez envie de passer 24 minutes sur un boss ? Si la réponse est oui, Replaced vous accueillera à bras ouverts.
Et j'ai failli tout plaquer
Les Plus
  • L'effet 2.5D est fabuleux
  • Les innombrables détails visuels
  • Certaines quêtes secondaires très poignantes
  • Le mode plein écran sur Steam Deck envoie du lourd
Les Moins
  • Des personnages un poil bavards
  • La difficulté peut être un frein
  • La redondance des séquences
Résultat

Brutal, adulte, partageant un univers cyberpunk et globalement violent ancré dans les années 1980, Replaced présente bien. Visuellement impeccable, riche en situations, progressif dans son apprentissage des capacités... Mais avec un paradoxal sentiment de redondance, peut-être dû à sa mécanique horizontale qui l'enferme dans des situations où la seule variété réside dans l'augmentation de la difficulté.

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