Test | Resident Evil Requiem
22 mars 2026

Entrée, plat, viscères

Testé par sur
Aussi disponible sur
Resident Evil 9
  • Éditeur Capcom
  • Développeur Capcom
  • Sortie initiale 27 févr. 2026
  • Genres Action, Aventure, Horreur

Accrochez-vous à vos holsters, Requiem annonce la fin d'un cycle par un condensé intense d'œuvres complètes. Scindé entre Grace (la petite nouvelle) et Leon (le vétéran) avec chacun ses propres styles et mécaniques de jeu, ce neuvième opus numéroté vous envoie dans les dents tout ce que la saga a accumulé depuis 1996. Manoir hanté, labo secret, méchants qui se transforment, innocents pas si innocents, machines à écrire.. Alors, est-ce que Requiem ne puiserait pas dans le vieux pour faire du... neuf ?

L'histoire

Grace, jeune analyste au FBI et rongée par les angoisses, est exceptionnellement envoyée sur le terrain enquêter sur un étrange cas de mort présentant des anomalies. Le truc, c'est qu'il a été retrouvé dans un hôtel abandonné, celui-là même où la mère de Grace a été assassinée sous ses yeux. Pour les bases d'un management non-toxique au FBI, on repassera. Sur place, Grace rencontre le directeur d'un établissement sanitaire ayant quelque peu abusé de la chirurgie reconstructrice sur lui-même : Victor Gideon. Un charismatique personnage, à mi-chemin entre le Joker de Heath Ledger et Nicolas Cage dans Longlegs. Il est fortement recommandé de l'écouter en anglais tant le doublage est parfait. Bref, évidemment tout cela était un piège pour attirer Grace, et il se trouve que Leon est sur la piste de Gideon depuis un moment : atteint d'un mal qui le pourrit, Leon cherche à tout prix à trouver un antidote qui le sauvera lui et sa collègue Sherry, rescapée d'Umbrella.



C'est qu'il est bien nourri ce beau bébé.

Ces éléments posés, nous suivons donc tour à tour Grace et Leon qui vont se croiser sans réellement collaborer avant la toute fin du jeu. D'abord dans l'établissement de soins de Gideon, devenu zone infestée en quelques instants, puis dans les ruines de Racoon City, dévastée mais toujours aussi peuplée de morts-vivants, avec un crochet par le commissariat de Resident Evil 2 Remake et l'orphelinat adjacent, avant de descendre dans les profondeur de la ville découvrir un laboratoire évidemment ultra-secret d'Umbrella...
Retour ultime à Racoon City

Le principe

Dis bonjour à la dame !

Resident Evil Requiem pioche sans vergogne dans les épisodes précédents. À croire que les designers chez Capcom se sont fait un marathon Resident Evil et ont noté sur des post-it tout ce qui leur plaisait. La série ayant toujours oscillé entre survival horror et action-horror au fil des années, ce 9e épisode décide de faire les deux. Résultat, lorsque vous jouez Grace, c'est en vue à la première personne, façon Resident Evil VII et Village, avec une orientation survie marquée par l'usage de rubans encreurs (du premier opus) et des munitions à économiser. Grace ne sait pas courir, se cache volontiers si besoin et la fuite est bien souvent votre meilleur atout. Le sanatarium dans lequel elle évolue rappelle d'ailleurs par moments très fortement l'asile de The Evil Within, jeu réalisé par le créateur de la série Resident Evil après son départ de Capcom.



Prends ça, tête de bûche pourrie !

Lors des chapitres avec Leon, vous retrouvez la vue au-dessus de l'épaule qui a révolutionné le genre avec Resident Evil 4, tout en ajoutant une action plus musclée, penchant vers l'épisode 5 mais sans aller jusqu'au yolo du mal-aimé 6 (qui provoquera par son rejet le tournant bienvenu du 7). D'ailleurs, Leon bénéficie de sauvegardes automatiques, ce qui est déconcertant après plusieurs heures à choisir son moment de sauvegarde avec Grace. Leon n'a pas de coffre mais trouve régulièrement des terminaux pour améliorer ses armes, contre des crédits glanés en dézinguant des zombies. Mécanique qui n'est pas sans rappeler le mode Mercenaires des épisodes précédents, mais difficile également de ne pas voir un glissement vers la mécanique de Devil May Cry, qui était censé être le Resident Evil 4 avant de devenir un projet à part. Leon a des finish moves percutants, variant selon l'environnement. Vous trouverez plaisir à finir les zombies à la hache, contre un mur, avec une tronçonneuse... tout en vous demandant quelle routine il suit pour avoir un tel cardio.
Le Prince de sang-mêlé

L'ambiance

Entre tradition et modernité.

Ce Requiem propose un bestiaire lui aussi déjà largement présent dans la saga, mais ici légèrement plus abouti par certains aspects. Comme dans Resident Evil 2 Remake, certains zombies reviennent à la vie lorsque vous repassez par là un peu plus tard. Comme dans Village, un gros bébé au cri affreux vous poursuit dans des couloirs trop petits pour lui. Comme dans Resident Evil 3, un terrible méchant se transforme en Nemesis : visuellement impressionnant mais tout faible quand on lui éclate les boutons. Et comme dans tout Resident Evil qui se respecte, vous explorez les incontournables : des bâtiments de style classique, avec des boiseries, des meubles anciens, une architecture alambiquée qui ferait péter les plombs à n'importe quel promoteur immobilier... et il suffit d'un ascenseur secret pour atterrir dans un labo high-tech où vous vous demandez comment ils font pour acheminer des Snickers à la cafète. De nombreuses séquences épiques parsèment le jeu : prenons par exemple la course-poursuite à moto sur une autoroute abandonnée, que l'on penserait tirée d'un Mission Impossible. Ou encore les combats contre ces soldats-zombies, le doigt décharné accroché à la gâchette de leur fusil, qui vous balancent des salves de balles : ces ennemis forcent à changer de stratégie pour abandonner le corps-à-corps. À l'inverse de ces fous de la tronçonneuse, dignes héritiers du Dr Salvador que vous pouvez contrer avec votre propre tronçonneuse... Épique on vous dit !


L'arrière-boutique de votre boucherie de quartier.

Maintenant que vous êtes convaincu que Capcom a créé une pièce-montée avec ses meilleurs ingrédients, ne risque-t-on pas une indigestion ? Il est vrai que le système de soin n'a aucun sens dans ce Requiem : Leon peut, pendant qu'il vise et tire, se soigner de blessures de balles d'une pression de bouton. Le système d'herbes instauré dans le premier opus avait une logique oubliée de soin de morsures de zombies. De même, lorsque Grace tente de s'enfuir de l'hosto, elle se heurte à de classiques énigmes à base de symboles jusqu'à une ultime où les boutons sont en braille : au lieu de tenter ce qu'elle peut, elle a besoin d'aller chercher la petite fille aveugle prisonnière dans la cave et traverser le bâtiment évidemment infesté de zombies, et ce sans pouvoir la poser... Une séquence qui sent un peu trop la tension provoquée. Passons d'ailleurs sur le cadavre qu'elle réanime avec des organes artificiels pour le tuer tout de suite après afin de lui prendre son bracelet. Ne pouvait-elle pas le prendre avant ? Visiblement, non... Enfin, avec deux personnages, il est surprenant que Capcom n'ait pas repris la mécanique initiée dans Resident Evil Zero, permettant aux deux protagonistes de collaborer en se contrôlant alternativement. Pour un DLC, peut-être ?
Deux salles, deux ambiances

Pour qui ?

La logique à la Capcom : faire revivre un ennemi pour le tuer.

Vous débarquez dans la saga ? Vous allez adorer. Peut-être serez vous déconcerté pas ces presque deux jeux en un (Grace / Leon), aux mécaniques diamétralement opposées. Comme si Capcom n'avait pas su choisir. Mais la réalité c'est que Capcom a voulu mettre le paquet et vous proposer la meilleure expérience qui soit : c'est pas entrée ou dessert, c'est les deux, avec apéro, fromage, café gourmand et même digestif. Mais sans se gaver : quelques bouchées et la cuisine envoie déjà la suite...



Avouez, vous vous attendez à voir des chiens enragés traverser les vitres, non ?

Avec son melting-pot de moments déjà-vus mais réinterprétés, Requiem semble avancer au pas de course. C'est même plus qu'une impression lorsque vous traversez à nouveau le célèbre commissariat de Raccoon City, qui abrite Resident Evil 2. Traverser : c'est le mot. Pas le temps de souffler qu'en deux temps trois mouvements vous évacuez les lieux. Dommage ! Idem dans le labo secret sous Raccoon City, pourtant infesté d'ennemis bien connus, ces lickers aveugles mais à l'ouïe surdéveloppée : l'endroit est vite nettoyé, puisqu'à ce moment-là vous débordez de ressources et de munitions. Tout cela donne envie de se relancer dans un New Game + avec un niveau de difficulté supérieur.
30 ans rattrapés en 10 heures

L'anecdote

Ça va trancher chérie.

Je dois vous l'avouer, Resident Evil 4 est mon jeu préféré, ever. Je l'ai fait sur tous les supports dispos, dans toutes les éditions, et quand je tourne en rond dans ma bibliothèque Steam ou entre deux tests pour Gamatomic, je me relance une partie. Plutôt du Remake en ce moment. Alors imaginez l'état de ma chaise quand j'ai appris que Leon serait l'un des protagonistes de Requiem. Une chaise neuve plus tard et le titre lancé sur Steam Deck, je peux maintenant vous le dire : j'ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé le début de la partie. Je n'arrêtais pas de... mourir. Des zombies pas si zombies, des mouvements plus nerveux, globalement un Leon plus actif : il m'a fallu un moment pour le prendre en main.



Bon, là j'ai raté mais en vrai ils meurent assez facilement... Trop, même.

Mais une fois les premiers coups de tronçonneuse donnés, ça y est, la magie de Requiem a fait mouche. Me voilà totalement happé par le titre, malgré la lenteur agaçante de Grace et son bégaiement à toutes les sauces – hérité de sa mère, je ne dirai rien dessus. Résultat, j'ai terminé le jeu en 10 heures seulement en mode classique (sauvegardes au ruban). Alors : non. J'ai en réalité mis 18 heures, selon les stats Steam : 8 heures de morts, de tentatives, d'essais infructueux. Dire que le jeu se termine en deux aventures de 5 heures, comme on peut le lire, c'est mentir. De toutes façons tout le monde sait que vous y jouerez facile une centaine d'heures avec tous les modes de difficulté dispos.
Leon jte kiffe bb
Les Plus
  • Un hommage monstrueux à la saga
  • Une variété de genres, de lieux et de bestiaire
  • Deux salles, deux ambiances : combo gagnant
  • Le flingue Requiem : quel bonheur
  • Victor Gideon : un Oscar en VO !
Les Moins
  • Les gémissements de Grace (devenus un mème)
  • Le mélange d'herbes a disparu
  • Des boss qui manquent de mordant
  • Pas de mode photo ?!
Résultat

Ce chant du cygne clôt en beauté 30 ans d'évolution de Resident Evil, allant et venant entre la survie et l'action. Requiem ne choisit pas et assure la surenchère d'un menu ultra complet, puisant allègrement dans le lore de la licence. Il faut composer entre le côté pile qui regorge d'ennemis, de lieux, de systèmes qui ont fait leurs preuves ; et le côté face qui donne un petit goût de trop peu, pour les habitués de la cuisine Capcom. Contre tout attente, pas d'indigestion ni d'appétit insatisfait : il y a clairement à boire et à manger pour tout le monde.

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