Entrée, plat, viscères
Accrochez-vous à vos holsters, Requiem annonce la fin d'un cycle par un condensé intense d'œuvres complètes. Scindé entre Grace (la petite nouvelle) et Leon (le vétéran) avec chacun ses propres styles et mécaniques de jeu, ce neuvième opus numéroté vous envoie dans les dents tout ce que la saga a accumulé depuis 1996. Manoir hanté, labo secret, méchants qui se transforment, innocents pas si innocents, machines à écrire.. Alors, est-ce que Requiem ne puiserait pas dans le vieux pour faire du... neuf ?
L'histoire

C'est qu'il est bien nourri ce beau bébé.
Ces éléments posés, nous suivons donc tour à tour Grace et Leon qui vont se croiser sans réellement collaborer avant la toute fin du jeu. D'abord dans l'établissement de soins de Gideon, devenu zone infestée en quelques instants, puis dans les ruines de Racoon City, dévastée mais toujours aussi peuplée de morts-vivants, avec un crochet par le commissariat de Resident Evil 2 Remake et l'orphelinat adjacent, avant de descendre dans les profondeur de la ville découvrir un laboratoire évidemment ultra-secret d'Umbrella...
Le principe
Dis bonjour à la dame !

Prends ça, tête de bûche pourrie !
Lors des chapitres avec Leon, vous retrouvez la vue au-dessus de l'épaule qui a révolutionné le genre avec Resident Evil 4, tout en ajoutant une action plus musclée, penchant vers l'épisode 5 mais sans aller jusqu'au yolo du mal-aimé 6 (qui provoquera par son rejet le tournant bienvenu du 7). D'ailleurs, Leon bénéficie de sauvegardes automatiques, ce qui est déconcertant après plusieurs heures à choisir son moment de sauvegarde avec Grace. Leon n'a pas de coffre mais trouve régulièrement des terminaux pour améliorer ses armes, contre des crédits glanés en dézinguant des zombies. Mécanique qui n'est pas sans rappeler le mode Mercenaires des épisodes précédents, mais difficile également de ne pas voir un glissement vers la mécanique de Devil May Cry, qui était censé être le Resident Evil 4 avant de devenir un projet à part. Leon a des finish moves percutants, variant selon l'environnement. Vous trouverez plaisir à finir les zombies à la hache, contre un mur, avec une tronçonneuse... tout en vous demandant quelle routine il suit pour avoir un tel cardio.
L'ambiance
Entre tradition et modernité.
L'arrière-boutique de votre boucherie de quartier.Maintenant que vous êtes convaincu que Capcom a créé une pièce-montée avec ses meilleurs ingrédients, ne risque-t-on pas une indigestion ? Il est vrai que le système de soin n'a aucun sens dans ce Requiem : Leon peut, pendant qu'il vise et tire, se soigner de blessures de balles d'une pression de bouton. Le système d'herbes instauré dans le premier opus avait une logique oubliée de soin de morsures de zombies. De même, lorsque Grace tente de s'enfuir de l'hosto, elle se heurte à de classiques énigmes à base de symboles jusqu'à une ultime où les boutons sont en braille : au lieu de tenter ce qu'elle peut, elle a besoin d'aller chercher la petite fille aveugle prisonnière dans la cave et traverser le bâtiment évidemment infesté de zombies, et ce sans pouvoir la poser... Une séquence qui sent un peu trop la tension provoquée. Passons d'ailleurs sur le cadavre qu'elle réanime avec des organes artificiels pour le tuer tout de suite après afin de lui prendre son bracelet. Ne pouvait-elle pas le prendre avant ? Visiblement, non... Enfin, avec deux personnages, il est surprenant que Capcom n'ait pas repris la mécanique initiée dans Resident Evil Zero, permettant aux deux protagonistes de collaborer en se contrôlant alternativement. Pour un DLC, peut-être ?
Pour qui ?
La logique à la Capcom : faire revivre un ennemi pour le tuer.

Avouez, vous vous attendez à voir des chiens enragés traverser les vitres, non ?
Avec son melting-pot de moments déjà-vus mais réinterprétés, Requiem semble avancer au pas de course. C'est même plus qu'une impression lorsque vous traversez à nouveau le célèbre commissariat de Raccoon City, qui abrite Resident Evil 2. Traverser : c'est le mot. Pas le temps de souffler qu'en deux temps trois mouvements vous évacuez les lieux. Dommage ! Idem dans le labo secret sous Raccoon City, pourtant infesté d'ennemis bien connus, ces lickers aveugles mais à l'ouïe surdéveloppée : l'endroit est vite nettoyé, puisqu'à ce moment-là vous débordez de ressources et de munitions. Tout cela donne envie de se relancer dans un New Game + avec un niveau de difficulté supérieur.
L'anecdote
Ça va trancher chérie.

Bon, là j'ai raté mais en vrai ils meurent assez facilement... Trop, même.
Mais une fois les premiers coups de tronçonneuse donnés, ça y est, la magie de Requiem a fait mouche. Me voilà totalement happé par le titre, malgré la lenteur agaçante de Grace et son bégaiement à toutes les sauces – hérité de sa mère, je ne dirai rien dessus. Résultat, j'ai terminé le jeu en 10 heures seulement en mode classique (sauvegardes au ruban). Alors : non. J'ai en réalité mis 18 heures, selon les stats Steam : 8 heures de morts, de tentatives, d'essais infructueux. Dire que le jeu se termine en deux aventures de 5 heures, comme on peut le lire, c'est mentir. De toutes façons tout le monde sait que vous y jouerez facile une centaine d'heures avec tous les modes de difficulté dispos.
- Un hommage monstrueux à la saga
- Une variété de genres, de lieux et de bestiaire
- Deux salles, deux ambiances : combo gagnant
- Le flingue Requiem : quel bonheur
- Victor Gideon : un Oscar en VO !
- Les gémissements de Grace (devenus un mème)
- Le mélange d'herbes a disparu
- Des boss qui manquent de mordant
- Pas de mode photo ?!
Ce chant du cygne clôt en beauté 30 ans d'évolution de Resident Evil, allant et venant entre la survie et l'action. Requiem ne choisit pas et assure la surenchère d'un menu ultra complet, puisant allègrement dans le lore de la licence. Il faut composer entre le côté pile qui regorge d'ennemis, de lieux, de systèmes qui ont fait leurs preuves ; et le côté face qui donne un petit goût de trop peu, pour les habitués de la cuisine Capcom. Contre tout attente, pas d'indigestion ni d'appétit insatisfait : il y a clairement à boire et à manger pour tout le monde.