Metal Gear Solid 4, le baroud d'honneur

23 août 2008
Testé par sur
Disponible sur
3
  • Éditeur Konami
  • Développeur Konami
  • Sortie initiale 12 juin 2008
  • Genres Action, Aventure

Metal Gear Solid 4 se veut une conclusion, c'est donc tout naturel que Hideo Kojima lève le voile sur les grandes interrogations laissées dans les épisodes précédents. Bref, si vous êtes fan, l'achat se révèle indispensable. D'ailleurs, les deux derniers actes du jeu illustrent parfaitement le concept japonais de "fan service" : une foule de clins d'œil comme les retour de personnages disparus, la visite de lieux emblématiques de la série ou encore un combat final dantesque. Mais ces private jokes ne vous parleront que si vous êtes venu à bout des épisodes précédents, sinon point de salut. Et là, le cœur de Metal Gear se dévoile, plus proche de l'expérience cinématographique que du véritable jeu par moment, comme dans le cas d'une série de livres, impossible de prendre le fil du récit en cours. Malgré son accessibilité restreinte, Metal Gear Solid 4 se révèle donc un produit de très haute volée : réalisation impeccable, gameplay au petit oignons. Le tout avec une grosse tache au milieu tout de même : une intelligence artificielle aux ras des pâquerettes.

Voilà près de vingt années que la saga Metal Gear infiltre nos consoles, génération après génération. Après avoir fait les beaux jours de ses ainées, c'est la PlayStation 3 qui accueille le nouvel épisode de la série. Mais hélas toutes les bonnes choses ont une fin et le bébé d'Hideo Kojima n'échappe pas à la règle. Ce dernier épisode supervisé par son créateur suscite donc beaucoup d'attente et d'anxiété de la part des fans mais aussi du joueur lambda qui cherche à garnir sa ludothèque. Metal Gear Solid 4 est-il donc le second souffle tant attendu ?

Rien que l'écran titre véhicule de l'émotion.

Ô vieillesse ennemie

Fatigué, diminué physiquement, pathétique : voilà autant de mots qui caractérisent le protagoniste de Metal Gear Solid 4. Le fringuant et viril Solid Snake, espion de l'impossible laisse sa place à un alter-ego ravagé par le temps, survivant uniquement grâce à sa volonté de fer, affublé du sobriquet "Old Snake". Pour notre héros grabataire, l'heure est aux règlements de compte, tout d'abord envers sa Némésis Liquid Ocelot symbiose infâme entre l'esprit de son frère mégalomane Liquid Snake et du triple agent Revolver Ocelot. Ce méchant rocambolesque semble unifier toutes les troupes de mercenaires pour réaliser un bien sombre dessein, mais lequel ? A vous de le découvrir, en allant enquêter sur les différents conflits ouverts à travers le globe : Moyen Orient, Amérique du Sud et Europe de l'Est. Mais tout ce spectacle pyrotechnique pourrait bien faire le jeu des Patriotes, ces mystérieux individus qui manipulent le monde en contrôlant l'économie de la guerre. Pour son apparition finale, Snake pourra compter sur tous les alliés côtoyés au cours des volets précédents. Bien sur, les éternels Otacon et Colonel Campbell sont au rendez-vous mais l'apparition de certains provoque la surprise. Comptez une fois de plus sur des rebondissements à la clé, des morceaux de bravoure impressionnants et bien sur des scènes d'action parfois proche du ridicule. Et au niveau même de son intrigue, le premier accroc de Metal Gear Solid 4 se dévoile. Tenter de synthétiser l'histoire des Metal Gear est hasardeux voire impossible, si vous n'êtes pas initié à la série vous devrez passer votre chemin en attendant d'avoir joué aux anciens épisodes, sous peine de ne rien comprendre aux nombreuses références implicites et explicites.

Avant chaque acte, vous assistez à un briefing des opérations.

Rencontre du 3e âge

L'écran titre annonce la couleur : sur l'excellente partition mélancolique d'Harry Gregson Williams, Snake procède à un rite suicidaire devant la tombe d'un ancien camarade, l'issue vous est bien évidemment cachée. Cette dernière aventure de Solid Snake est placée sous le signe de la fatalité, votre progression se fera plus pesante pour vous et votre protagoniste tandis que sa capacité physique et émotionnelle diminuera. La bonne nouvelle, c'est que cela reste presque uniquement du champ de la narration et vous ne terminez pas la partie dans une chaise roulante. C'est d'ailleurs tout le paradoxe de cette nouvelle prise en main : la flexibilité de Snake n'a jamais été aussi bonne. Tout d'abord la caméra, fléau de Snake Eater, suit ici bien gentiment le personnage de dos et peut être manipulée aisément pour plus de souplesse. L'équipe de Kojima a prit des notes notamment sur Gears of War pour l'emploi des armes, la position de tir vous offrant une vue à l'épaule et une possibilité de première personne bien plus maniable qu'auparavant. Quelques nouvelles pirouettes sont également disponibles comme la possibilité de ramper ou de faire le mort. Le fameux Close Battle Combat peut maintenant être utilisé avec autre chose qu'un pistolet moyennant finances et vous pouvez également effectuer une fouille corporelle d'un garde tenu en joue. Le camouflage lui aussi se modernise sous la forme de l'octo-camo. Restez immobile contre une surface et vous prenez automatiquement la texture de cette dernière. Pratique et intelligent, ce nouveau gadget s'avère au final indispensable pour progresser facilement derrière les lignes ennemies. Parmi les gadgets ultimes, le Solid Eye met à votre disposition de nombreuses modes de vision et le petit robot Mark II peut être envoyer en reconnaissance pour neutraliser des adversaires ou récupérer des objets.

Lauging Octopus est votre premier adversaire de taille. Méfiez-vous de son camouflage.

No place to Hide(o)

Sous ce jeu de mot un peu facile, se cache la nouvelle orientation de la série, à savoir devoir improviser des cachettes au beau milieu d'un combat entre des milices armées. Signe de ce changement, les célèbres caisses en carton laisse la place à un beau bidon de métal troué de toute part. Au delà de l'effet d'annonce, vous n'avez plus accès au fabuleux radar Soliton qui permettait de deviner facilement les rondes des gardes. De plus, si vous aidez suffisamment la faction rebelle d'une zone contre les mercenaires de Liquid, cette dernière ne vous attaquera plus à vue, vous pourrez même leur offrir des munitions si vous le souhaiter. Cet aspect reste tout de même très léger et peu efficace, l'infiltration reste avant une opération en solitaire. Dans cet univers sombre où la guerre est devenue une activité comme les autres, toutes les armes sont règlementées et disposent d'une identification propre. Résultat, pour vous servir des armes trouvés sur le champ de bataille, vous devrez les déverrouiller via Debrin, un marchand d'armes pouvant être contacté à tout moment. Ce mystérieux individu peut vous proposer toute une panoplie d'armes, d'accessoires ou de munitions à acheter en échange des crédits correspondant aux armes en trop trouvées durant le jeu. Le système s'avère flexible et efficace, permettant de personnaliser son style de jeu à l'envie. Terminer le jeu en évitant de tuer la moindre personne est toujours possible mais ardu. D'ailleurs, en parlant de fil à retordre, les boss ne vous feront pas de cadeaux. Les fameuses "Beauty & Beast", femmes splendides transformées en machines de guerre, possèdent chacune une émotion dominante et un style de combat très différents. Les affronter vous demande beaucoup de temps et de patience mais en vaut la chandelle tant le dénouent est à chaque fois étrange. Dommage que l'historique de ces personnages n'est pas été davantage travaillé. Comme les boss de Snake Eater, vous avez plus l'impression d'affronter une foire aux monstres qu'à de véritables personnages intéressants.

La fouille corporelle constitue l'un des nouveaux mouvements de Snake.

"C'était quoi ce bruit ?" (dernières paroles célèbres)

Si Metal Gear Solid 4 semble enfin avoir relever le pari de s'offrir un bain de jouvence, force est de constater que si les graphismes et l'ergonomie sont de très haute volée, de gros points noirs demeurent. Devant la panoplie de gadgets et possibilités qui vous sont offertes, vous restez consterné face à la stupidité de l'intelligence artificielle. C'est bien simple, elle ne semble pas avoir évoluée d'un pouce depuis le premier épisode sur PlayStation. Les techniques grotesques face au système d'alarme marche de plus belles, les soldats semblent sourds ou aveugles par moment, ne rompent jamais leur garde... Bref, c'est très décevant quand le mécanisme se résume à tromper leur attention. Après avoir tant vanté les mérites de la PlayStation 3 et du Bluray, vous vous attendez à un jeu sans chargement et ultra fluide ? C'est bien le cas, mais à une condition. La première fois que vous lancez le jeu, vous assistez à une installation de 20 minutes. Mais là où la chose devient insupportable c'est que à chaque acte du jeu (5 parties du jeu), le système supprime l'ancien acte et installe le nouveau. Une véritable gageure si vous possédez de nombreuses sauvegardes. Point final qui peut fâcher : la durée de vie. En retirant la durée des cinématiques, comptez une heure en moyenne pour finir chaque acte. Même si la série n'a jamais été encensée pour sa longueur, des actes plus longs auraient permis de profiter plus en profondeur de toutes les possibilités offertes. La durée des cinématiques et leur aspect baroque ou kitch selon le point de vue s'inscrit dans la continuité des épisodes précédents et demeure une spécificité typique de la série. Bref si vous n'aimez pas Metal Gear Solid, ce n'est pas Guns of The Patriots qui vous fera accrocher.
Les Plus
  • Une fin brillament orchestrée
  • Un gameplay aux petits oignons
  • Une réalisation et une mise en scène magistrales
  • L'émotion palpable
  • Les gadgets variés et intéressants
Les Moins
  • Une IA dans les fraises
  • Des chargements indignes de la PlayStation 3
  • Inacessible aux néophytes de la série