L'Île Noyée coule mais ne se rend pas

29 oct. 2007
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3

Avec cette nouvelle aventure, Benoit Sokal reste fidèle à ses principes et montre que son statut d'auteur n'est plus à prouver. Après Syberia et Paradise, White Birds s'attaque magistralement au milieu du polar tout en évitant de perdre ce qui faisait le charme de ses anciennes productions. L'île Noyée est une excellente surprise qui rappellera aux plus anciens des titres comme Maupiti Island ou Le Manoir de Mortevieille. Si vous n'êtes pas trop regardant sur la mauvaise qualité des doublages et ne bronchez pas à l'idée de faire quelques joggings virtuels, alors le monde désabusé et cynique de Jack Norm s'ouvre à vous. A vous de profiter des superbes paysages tropicaux de Sagorah sous la tourmente des éléments tout en vous enfonçant dans une affaire de plus en plus complexe. Au final, L'île Noyée est une valeur sure pour tout amateur d'enquête virtuelle.

En l'espace de quelques années, Benoit Sokal est devenu une véritable marque de fabrique dans le milieu du jeu vidéo. Avec des productions comme Syberia ou L'Amerzone, cet auteur a réussi à imposer son style dans le genre "aventure". Avec L'Île Noyée, White Birds s'attaque à un nouvel univers : le roman policier. Et encore une fois, le créateur de bulles fait mouche dans le monde impitoyable des pixels.

Le comparateur d'indices est votre meilleur allié sur cette île.

Paradis perdu

Walter Jones est un véritable self-made man comme en rêve l'Amérique. Issu des quartiers pauvres de New York, il met moins de vingt ans à devenir l'une des plus grandes fortunes des États-Unis. Tout droit sorti de Citizen Kane, cet homme d'affaires excentrique et solitaire a un projet complètement fou : ériger un gratte-ciel New-Yorkais sur une île perdue de l'océan indien. Bien des années plus tard, le projet est devenu réel. Le vieux renard invite alors ses petits enfants et ses anciens collaborateurs sur Sagorah, un atoll corallien surplombée par une étrange tour art-déco. La météo annonce de violentes tempêtes pour les jours à venir et le milliardaire reste très mystérieux vis à vis des raisons de cette petite réunion famille. Le drame survient en début de soirée, au belvédère de la tortue. Walter Jones est retrouvé mort après une longue chute de son fauteuil roulant dans des circonstances pour le moins suspectes. C'est ainsi que vous entrez dans la danse, dans la peau de Jack Norm, inspecteur de police roublard et désabusé. Le prologue de l'aventure consiste à déterminer si la mort du businessman était accidentelle. Bien vite, vous vous rendez à l'évidence que de nombreuses personnes n'aimait pas Mr. Jones et doivent plutôt se réjouir qu'il ait passé l'arme à gauche. Une victime, dix suspects et trois jours pour enquêter : à vous de démêler ce sac de nœuds mais attention, la tempête s'intensifie d'heure en heure. L'histoire est pleine de rebondissements, les différents suspects et l'identité de l'assassin surprend. Bref, l'intrigue tient ses promesses. Hélas, l'aventure n'est pas bien longue. Comptez une douzaine d'heures pour découvrir l'assassin.

Qui voulait la peau de Walter Jones ?

Mortevieille Island

A première vue, L'Île Noyée vous plonge dans une aventure des plus classiques surtout pour un point & click. Pourtant, ici la récolte d'indices ne sert pas à faire des combinaisons d'objets farfelus mais à faire avancer l'enquête. En effet, toute votre progression sur l'affaire Jones gravite autour de votre P.P.A ou Personal Police Assistant. Ce PDA très spécial répertorie tous les indices que vous récoltez pendant l'aventure mais également toutes les conversations avec les suspects. Cela s'avère très agréable lorsque vous perdez le fil de l'histoire. Au delà de son aspect inventaire de luxe, le P.P.A vous permet de comparer deux indices pour savoir si ces derniers concordent. Ainsi, des empreintes de pied laissées sur le lieu du crime peuvent être comparer aux photos des pieds des suspects pour déterminer leur présence sur les lieux. Toutes ces opérations n'ont qu'un seul et unique but qui constitue le cœur du jeu : résoudre les mandats. A chaque fois qu'une question cruciale de l'enquête est abordée comme la cause du décès, une pièce du puzzle apparaît dans le P.P.A et c'est une énigme supplémentaire ou "mandat" que vous devez résoudre. Ces derniers sont terminés lorsque vous mettez en relation tous les indices correspondants dans votre P.P.A : photos, témoignages ou preuves. Chose agréable, le jeu vous indique si vous disposez de tous les indices nécessaires pour terminer le mandat en cours. A certains moments de l'histoire, plusieurs mandats sont accessibles en même temps, vous laissant une réelle liberté d'action dans la manière de résoudre l'enquête.

Chaque suspect détient de nombreux secrets. A vous de les découvrir.

Benoit Sokal présente

Le gros de l'aventure en terme de mécanismes de jeu est très simple et ne se révolutionne pas le genre : vous observez le paysage, prenez des photos, ramassez des objet et interrogez les suspects. A noter que les dialogues sont très bien structurés puisque chaque question se base sur un indice que vous avez en votre possession, sur un témoignage ou un mandat. Mais le grand intérêt d'une production White Bird, c'est avant tout la touche Benoit Sokal, l'auteur de bande dessiné passé maître dans l'art du jeu vidéo. L'aspect graphique est donc tout simplement sublime. L'île de Sagorah, balayée par une tempête tropicale, laisse émaner une étrange impression de mélancolie alors que vous en explorez les profondeurs. Même le point central de l'île, cette étrange tour toute droite sortie d'un livre d'Art-déco, ne vous apaisera pas tant le silence qui règne dans ses immenses halls feutrés semble oppressant. L'ambiance musicale vient renforcer votre impression de confusion avec des petits airs assez tristes qui auraient mérité d'être mis en valeur. L'esthétique de L'Île Noyée comme celle de Syberia a été peaufinée à son paroxysme pour apporter le cachet unique spécifique aux productions Benoit Sokal. Même si l'aspect artistique du jeu est impeccable, le jeu n'est pas exempt de défauts. Le mauvais travail des doubleurs est flagrant et gâchera votre plaisir, surtout à la vue du travail effectué par l'équipe pour créer cet ambiance si particulière. L'autre gros point noir réside dans les allers-retours incessants qui ralentissent l'action sans apporter quoi que ce soit.
Les Plus
  • Une patte graphique unique
  • Une affaire pleine de rebondissements
  • Le principe du P.P.A
Les Moins
  • Un doublage qui laisse de marbre
  • Beaucoup d'allers-retours pour pas grand chose
  • Trop court