The Last Guardian

05 janv. 2017
Testé par sur
Disponible sur
4

Dernier chef d'oeuvre en date

Malgré les craintes qu'il pouvait susciter à cause de ses retards répétés, The Last Guardian est un jeu bien plus qu'à la hauteur. Il fait table rase de tout ce qui existe et prouve qu'il est possible de renouveler le jeu vidéo en arrêtant de prendre les joueurs par la main pour plutôt les laisser découvrir par eux-mêmes. Les animations sont magnifiques, la relation qui se tisse entre l'enfant et le trico est magistralement mise en scène, le level design est bien inspiré. Vous comprenez donc qu'il n'y a aucune raison de ne pas se procurer ce véritable coup de génie. Passer à côté serait se priver d'une évolution. Espérons que Fumito Ueda ouvre la voix à de nombreux développeurs.

Après Ico, Shadow of the Colossus et surtout sept longues années suivant sa première annonce, The Last Guardian, le dernier jeu de Fumito Ueda est enfin disponible sur PlayStation 4. Les arlésiennes font chaque fois l'objet de fantasmes les plus fous mais sont aussi pour le coup passées au microscope, à la recherche du moindre défaut. Alors, quid de The Last Guardian ?

L'histoire

Un jeune garçon se réveille dans une grotte, tout prêt d'un Trico, un animal à quatre pattes de coq, tout de plumes vêtu et avec une tête de chien. Cet animal est appelé dans la tribu du garçon un mangeur d'hommes. Le garçon remarque vite que le Trico est blessé en plus d'être enchaîné. Il enlève les pieux plantés dans le corps de la bête et nourrit cette dernière. Puis il entreprend de quitter cette grotte et la bête le suit. Le garçon se rend vite compte qu'il va avoir besoin de la bête s'il veut quitter ce qu'il appelle le Nid.

Fumito Ueda a choisi de faire simple pour son dernier jeu. The Last Guardian raconte surtout la complicité qui se crée tout au long de l'aventure entre le garçon et la bête, le tout en se passant de dialogues. Le jeu est très rarement ponctué d'une voix off, celle d'un vieil homme que l'on devine être celle de l'enfant. Fumito Ueda s'est permis de mettre de côté tout ce qui était superflu afin de se concentrer sur le nécessaire. Contrairement à la tendance actuelle, Fumito Ueda ne prend pas le joueur pour un imbécile. Puisqu'il sait mettre en images l'évolution de la relation entre le garçon (vous) et la bête, nul besoin de paroles et d'explications. The Last Guardian est un véritable exemple en terme de mise en images et de narration. Ainsi, il raconte davantage et bien mieux que d'autres productions se sentant obligées d'expliquer tout une dizaine de fois. C'est donc un vrai plaisir de suivre ce qu'il se passe entre les deux personnages.

On repart dès que Trico a fini son bain.

Le principe

The Last Guardian est un jeu d'aventure dans lequel vous contrôlez le garçon. Celui-ci est donc accompagné d'une bête, Trico, qui l'aide a progresser dans l'environnement. Il ne s'agit pas de niveaux puisque rien n'est délimité. Fumito Ueda a eu l'excellente idée d'enlever un maximum d'éléments qui rappellent que vous êtes dans un jeu. Aucune carte, aucun rappel des touches affiché en permanence, sauf lorsque vous êtes à proximité d'un objet avec lequel vous pouvez interagir. Pas de barre de vie, rien de tout ça. Rien n'est là pour vous distraire, vous pouvez vous concentrer sur l'essentiel, le garçon et la bête. Vous parcourez donc le Nid, une sorte de cratère immense dans lequel vous trouvez des constructions en ruines. Ces constructions sont toutefois gardées par des statues qui s'activent lorsque vous vous rapprochez trop d'elles. Le garçon ne peut pas grand chose contre elles, il a besoin de Trico qui s'en débarrasse d'un ou deux coups de pattes.

Le jeu alterne très habilement entre moment de plateforme et combats. Les phases de plateformes sont de loin les plus intéressantes. Tout d'abord en ce qui concerne le level design. Vous n'êtes pas dirigé dans une direction. Vous pouvez souvent parcourir une certaine distance pour vous rendre compte qu'elle ne menait nulle part. Il n'y a pas de murs invisibles, vous pouvez donc chuter à tout moment. D'autre part, les animations sont incroyables. Les mouvements de l'enfant lorsqu'il court, saute, descend ou monte les escaliers sont parfaits. Les attitudes de Trico sont également bluffantes. Un énorme travail a été fait pour rendre la bête crédible. Les scripts ne sont pas répétitifs du tout, vous ne voyez pas les mêmes animations sur la bête toutes les cinq minutes. Le jeu a réellement été travaillé, encore un signe que Fumito Ueda ne se moque pas des joueurs en se contentant pour ses personnages d'une poignée d'animations qui tournent en boucle.

Si les animations sont fluides et réalistes, la maniabilité du garçon et de la bête s'avèrent un peu plus chaotiques. Vous êtes parfois confronté au manque de précision lors des phases de plateformes. Néanmoins, sachant que vous contrôlez un enfant, il s'avère plutôt logique que ses mouvements, et par conséquent, ses sauts ne soient pas parfaits. Ces moments peuvent se révéler frustrant pour vous. Mais The Last Guardian est un jeu qui mérite que vous preniez votre temps pour y jouer. Vous devez déambuler dans ce monde créé par Fumito Ueda sans vous presser. Prenez le temps d'apprécier les détails de chaque partie du monde. Lorsque vous avancez dans le jeu, les liens se renforçant entre l'enfant et Trico, vous pouvez donner des ordres à la bête. Si la plupart du temps celle-ci vous écoute, il y a certains moment où elle ne comprend pas trop où vous voulez en venir. Comme pour les problèmes de précisions du garçon, le manque d'obéissance de la bête peut renforcer l'immersion dans le jeu, mais le hic c'est que vous avez quelques fois le droit à des allers-retours entre certains endroits. Encore une fois, ne soyez pas pressé. Il faut donner un ordre à la fois et pas dix fois le même. Si vous tentez de dresser un chien, vous ne répétez trente fois "assis" en 12 secondes puis huit fois "debout". Mais même en prenant votre temps, vous serez confronté à ces problèmes inhérents à la bête.

Les décors sont vertigineux !

Pour qui ?

En créant The Last Guardian, Fumito Ueda veut s'adresser à tout le monde. Il réapprend aux joueurs expérimentés à revoir leur vision des jeux. Là où tout le monde à l'habitude de voir des balises qui révèlent le chemin à prendre, Fumito Ueda a tout effacé. Il compte sur l'intelligence des joueurs. Tout le monde est capable de terminer et de profiter de The Last Guardian, il suffit de repenser sa façon de jouer. Si vous voyez une faille dans un mur, il est très probable que vous puissiez vous y glisser. Un escalier s'est écroulé, mais il a l'air possible de marcher sur la partie encore accrochée au mur ? Allez-y ! Le jeu est aussi fait pour les gens qui ne jouent pas aux jeux vidéo régulièrement. La maniabilité est épurée et très instinctive, beaucoup de choses sont possibles. Comme cité plus haut, le passage dans une faille dans un mur peut sembler logique à quelqu'un n'ayant aucune expérience de jeu. De plus, ces derniers comprendront avec The Last Guardian que les jeux vidéo ce n'est pas seulement des jeux violents.

Les animations sont vraiment parfaites.

L'anecdote

Là où les choses sont une fois encore bien pensées dans The Last Guardian, c'est que, en tant que testeur, on a besoin de faire des captures d'écrans. Et c'est peut-être le moment le plus pénible d'un test. Mais dans le jeu de Fumito Ueda, lorsque vous pressez sur la touche de la manette pour faire une capture, le jeu se met en pause. Pas de menu pause, juste en pause le temps que vous validiez où non votre capture d'écran. Là où d'autres jeux laissent tout défiler et où vous manquer des bouts de cinématiques, où alors vous vous prenez cinq tartes en combat et perdez l'avantage, The Last Guardian a l'intelligence de penser aux personnes désireuses de prendre des captures d'écran sans qu'ils manquent quoi que ce soit. Merci à Fumito Ueda pour cette considération certes anecdotique, mais qui permet de garder des petits souvenirs de ce voyage magnifique.
Les Plus
  • Les animations sont superbes
  • Vous pouvez y passer 5 heures sans vous en rendre compte
  • Les attitudes de la bête sont bluffantes de réalisme
  • Vous n'êtes pas pris pour un idiot
  • La bande-son est incroyable
  • Le level-design est inspiré et logique
  • Permet de repenser votre façon de jouer
Les Moins
  • Quelques problèmes de réactivité liés aux ordres donnés à la bête