Test | Catherine nous colle à la peau
06 févr. 2012

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Catherine
  • Éditeur Atlus
  • Développeur Atlus
  • Sortie initiale 9 févr. 2012
  • Genres Aventure, Réflexion

Spécialiste depuis plus de vingt ans du J-RPG de niche, Altus a choisi de tâter le terrain avant de sortir un nouvel épisode de la série Persona sur consoles de salon avec Catherine. Malgré une campagne publicitaire un peu putassière, le jeu se révèle loin d'être de la poudre aux yeux et se targue le luxe d'offrir un véritable bol d'air pur pour démarrer l'année.

Le démon de minuit

Vincent Brooks est l'archétype du parfait trentenaire : un job stable, quelques bons potes et une relation persistante. Mais la crise guette : Katherine envisage le mariage et plus si affinités. Pour notre protagoniste, les angoisses commencent et c'est en bon pilier de bar qu'il noie ses problèmes dans l'alcool dans son lieu de perdition favori : le Stray Sheep (oui, l'Engrish est de sortie). Mais la fin de nuit est brutale : à son réveil, c'est une jolie blonde qui est enlacée à son cou. Bien sûr, aucun souvenir de la soirée de biture mais la nouvelle venue, aussi appelée Catherine, entend bien continuer leur relation naissante. Bref, voilà Vincent dans un sacré guêpier, d'autant plus qu'il hésite à s'engager auprès de l'une ou de l'autre, ou même à s'engager tout court. Plutôt que de se vouer à n'importe quelle divinité sortie de l'univers dément d'Atlus, c'est à vous – le joueur – de choisir la marche à suivre et de prendre en main son destin. Après chaque niveau, le narrateur n'hésitera pas à vous faire passer au confessionnal afin de vous poser des questions très personnelles et plus ou moins pernicieuses sur votre vision de la fidélité et de l'amour. Comble du vice, avec internet, vous pourrez voir ce que les autres joueurs ont répondu. Vos réponses influeront sur le destin tragique de Vincent et vous offriront une conclusion parmi huit différentes. Évidement, Catherine n'est pas simplement un jeu de drague et vous propose une autre facette encore plus cruelle. A peine tombé dans les bras de Morphée, le héros sera livré à des cauchemars bien trop réels.

Jouer à saute-mouton

Au moins, vous avez toujours votre caleçon...

En effet, une vague de décès inexpliqués frappe les environs : des hommes infidèles sont retrouvés morts dans leur lit au réveil. Horrible coïncidence, vos rêves vous transportent dans un monde ascensionnel étrange où des dizaines de brebis vous attendent avec un objectif commun : grimper pour survivre. Poursuivis par des monstres tout droit sortis de l'inconscient du héros, vous devrez en effet trouver un moyen d'atteindre la sortie situé en haut d'une montagne de cubes. Pas la peine de se leurrer, Catherine est un puzzle game. Sorte de Q-bert acidulé, le but du jeu consiste simplement à créer des chemins en poussant ou en tirant des blocs. Avec ses petits cornes oniriques, Vincent possède un panel très réduit de gestes : pousser ou tirer un cube (en profondeur ou sur les côtés), grimper, descendre et donner un coup d'oreiller pour bouler d'autres participants. Les cubes possèdent une propriété salvatrice : tant qu'ils ont une arrête accrochée avec un autre cube, ils ne tomberont pas. Pour vous réveiller en douceur, il vous suffit donc simplement de créer des escaliers. Enfin "simplement", c'est vite dit ! La tour s'effondre, limitant votre temps d'action, et les cubes prendront très vite de nouveaux aspects pour vous pourrir la vie : cubes gelés, cubes explosifs, cubes ovidovores, etc. Et pour finir en beauté, les nuits cauchemardesques se termineront toujours par un boss avec à sa disposition une palette de coups foireux pour vous tuer. Heureusement, les tours regorgent d'objets bonus pour vous filer un petit coup de main, comme créer un cube, pouf, comme ça, et vous aurez le droit à un checkpoint après chaque niveau. Cela sera l'occasion de discuter avec les autres moutons qui vous enseigneront de nombreuses techniques pour mieux gérer votre ascension.

L'alcool adoucit les moeurs

Comme dans la vraie vie, les discussions de bar sont riches en révélations.

Parce que la vie, c'est aussi sortir de son pieu et aller se saouler la gueule ! Vincent passera le reste du jeu au Stray Sheep, à faire avance l'histoire bien sûr mais aussi à profiter des multiples divertissements offerts par le bar. Discuter avec les réguliers vous donnera pas mal d'informations sur leur train-train quotidien mais sera également décisif pour déterminer leur sort. En effet, beaucoup de clients se retrouveront dans vos rêves et pour les sauver vous devrez écouter tous leurs malheurs au bar. C'est peut-être le plus gros souci du jeu : chaque action faite dans le bar (mis à part jouer à la borne d'arcade Rapunzel) fait avancer l'horloge. Résultat, à moins que vous teniez un emploi du temps, vous louperez pas mal de monde. Pire encore, si vous boudez quelqu'un, il finira par ne plus venir. Pour le coup, Altus nous fait revenir cinq ans en arrière avec les liens sociaux hyper-verrouillés de Persona 3. Si jouer à "Allo Macha" ne vous intéresse pas, vous pourrez tenter la diabolique Rapunzel, qui est une version encore plus dure des séquences de cauchemars : 64 niveaux, pas de limite de temps mais un nombre de mouvements limités. Étonnamment, boire reste l'option la plus relaxante : chaque verre vous offre un bonus de vitesse pour les phases de cauchemars et des anecdotes fascinantes sur votre boisson. Pour gérer votre relation avec C/Katherine, votre téléphone portable constitue votre plus grand allié : libre à vous de répondre ou non à leurs messages plus ou moins aguicheurs mais gare aux conséquences.

Ils vécurent heureux et ...

Tous les moutons ne veulent pas vous tuer et certains vous offriront de précieux conseils !

Catherine constitue un coup d'essai pour Altus qui s'essaye (quatre ans après tout le monde...) à la nouvelle génération de console. Du côté graphique, le contrat est parfaitement rempli. Utilisant le très décrié GameBryo (Oblivion, Fallout New Vegas), les développeurs ont crée un univers super coloré et pêchu qui s'harmonise parfaitement avec les différents dessins animés venant entrecouper l'histoire. Niveau sonore, vous êtes gâté car c'est encore Shoji Meguro, le compositeur maison, qui est aux manettes. Tandis que le Stray Sheep offre des sonorités jazzy, les phases de cauchemar sont habitées par des remix hallucinés de grands compositeurs classiques. Vous vous habituerez très vite à entendre du Dvorak, du Chopin ou même du Mozart pendant vos pérégrinations nocturnes. Le doublage anglais est d'excellente facture et se compose essentiellement de la fine équipe des écuries Altus, Troy Baker en tête. Petit chagrin au niveau de l'histoire ou plutôt du retournement de situation final. Mal amené, celui-ci vient casser un peu le rythme jusqu'ici bien tenu de l'intrigue. De même, les "choix cornéliens" n'affectent finalement que les cinématiques de fin et n'a aucun impact sur le déroulement de l'histoire elle-même, se résumant à des dialogues internes de Vincent. Les fins, au nombre de huit, sont toutes d'excellente facture et très différentes en terme de ton. Une fois le jeu fini, le mode Babel propose encore plus de défis impossibles et vous permet même de jouer avec un ami ! Encore une fois, le contenu est au delà de nos espérances.
Les Plus
  • Des puzzles diaboliques
  • Une direction artistique pétillante et colorée
  • Huit fins vraiment différentes
  • Beaucoup, beaucoup de contenu
  • Une bande-son au top
Les Moins
  • Le twist final, pas forcément finaud
  • L'écoulement du temps dans le bar, frustrante
Résultat

Catherine est une expérience unique sur la génération PS3/Xbox 360. Restant hors des sentiers battus, Altus propose de dépoussiérer un genre considéré en perte de vitesse, le puzzle game, et le fait avec maestria. Plongé dans un univers baroque, le joueur se retrouve embarqué dans une aventure de longue haleine peuplée d'énigmes infernales, le tout servi par une ambiance à tomber par terre. Oubliez les publicités outrageuses, Catherine est finalement assez prude mais pas forcément sage pour autant et c'est tant mieux ! Alternant phases de puzzles stressantes et de contemplation alcoolisées, le jeu demeure un ovni dans l'univers très stéréotypé des titres AAA consoles. Achetez-le, vous ne le regrettez pas.

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