Heavy Rain fait parler la pluie

30 août 2010
Testé par sur
Disponible sur
3
  • Développeur Quantic Dream
  • Sortie initiale 24 février 2010
  • Genres Action, Aventure

Attention, jeu atypique ! Heavy Rain ne ressemble pas aux autres jeux. Ceux qui étaient alléchés uniquement par sa réalisation de haute volée risquent d'être déçus. Rythme lent, déplacements laborieux, temps de chargement nombreux et longuets, Heavy Rain prend son temps. Aujourd'hui, c'est un sacré parti pris. Ceux qui supporteront ces choix se régaleront avec cette enquête à tiroir qui réserve de belles surprises, appuyées par des Quick time Events parfaitement maîtrisés. Heavy Rain fait partie de ces jeux adultes où la nudité et le suicide sont clairement exposés, des thèmes rarement traités par les jeux. De quoi donner l'impression que Heavy Rain est plus qu'un simple jeu vidéo, ce qui est clairement son ambition. Sa mise en scène très bien maîtrisée vise les meilleures séries TV américaines, un objectif atteint en partie seulement à cause de gros problèmes de rythme.

Vous aimez les polars ? Ca tombe bien, Heavy Rain vous lance sur la piste d'un serial killer. Vous incarnez plusieurs personnages, à tour de rôle, chacun handicapé par une faiblesse précise : asthme, crises d'amnésie, paranoïa... Le tout dans une ambiance glauque : ruelles mal éclairées, terrain vague, hôtel miteux, usine désaffectée et bien sûr, sous une pluie incessante. Heavy Rain est pesant, noir, volontairement adulte, à mille lieues des univers virtuels classiques. Ici tout est crédible, réel, et la ville elle-même constitue un personnage à part entière. Heavy Rain vous plonge dans un monde parfaitement réaliste où chaque protagoniste que vous incarnez possède sa part de ténèbres...

L'insertion de vignettes en pleine action vient directement des séries TV américaines.

Ombres et lumière

Heavy Rain prend le joueur à contrepied en démarrant dans un cadre 100% normal... et ensoleillé. Tout va bien pour le premier personnage que vous incarnez, les préparatifs d'un anniversaire servent de prétexte pour découvrir l'interface. Comme dans les vieux survival horror, vous tournez votre personnage dans la direction et vous appuyez sur un bouton pour avancer ; pas très pratique ni très ergonomique, ce système rend les déplacements lourdingues. Pas de panique, c'est à peu près le seul défaut du jeu. Car pour le reste, Heavy Rain place la barre très haut. Dès que vous vous approchez d'un objet, vous devez reproduire un mouvement avec les sticks et les boutons d'action afin de coller avec le geste que vous voulez faire : ouvrir une porte, grimper un talus, enjamber un obstacle... Des Quick Time Events très bien pensés qui vous obligent à appuyer sur les boutons au bon moment et qui prennent une dimension exceptionnelle lors des poursuites et des bastons, hélas assez rares. Sauter par-dessus un étal qu'un fugitif a renversé pour vous retarder ou empoigner un objet dans une bagarre rend le système stressant et hyper réaliste, la mise en scène étant clairement à la hauteur.

A vous de réagir au quart de tour en appuyant sur les boutons qui s'affichent lors des affrontements !

Photo réaliste

Car ce qui frappe tout de suite dans Heavy Rain, c'est la réalisation somptueuse. Les visages (visibles en très gros plan pendant les longs temps de chargement) sont d'un réalisme impressionnant : grain de la peau, imperfections, coupures, yeux, tout est absolument renversant. Les textures ont fait l'objet d'un soin vraiment spécial ; certains décors ne sont peut-être pas aussi fouillés, les pièces étant souvent un peu vides, mais les personnages à eux seuls valent le détour. Un travail colossal a été abattu aussi sur les caméras, moins pour faciliter la lisibilité de l'action que pour mettre en valeur certains éléments. Heavy Rain lorgne très clairement vers le cinéma et se place d'emblée comme une série TV de haut vol. Non seulement par sa réalisation, mais par son intrigue.

Les lunettes permettent de voir des traces de sang, de pas et de suivre des odeurs.

Le prétexte

A la base, vous cherchez un tueur en série. En tout cas, c'est la motivation première des personnages que vous incarnez. Sauf que tout n'est pas si simple, comme vous allez le découvrir. Très vite, vous allez soupçonner un des personnages que vous incarnez d'être le tueur d'enfants, ce qui donne au jeu une profondeur inattendue. Puis vous allez comprendre que le jeu vous balade, au point de vous inciter peut-être à le recommencer une fois fini... Comme certains films à tiroirs, façon Usual Suspects, le dénouement donne un éclairage inattendu à l'ensemble de l'histoire. Après, Heavy Rain n'échappe pas à de nombreuses longueurs. L'essentiel du jeu tient à des dialogues et des phases d'exploration, où on se retrouve à bricoler ; par exemple en changeant la couche d'un bébé... Des scènes destinées à rapprocher le joueur des personnages et à rendre certains rebondissements particulièrement violents d'un point de vue émotionnel, mais des scènes qui peuvent lasser. L'équilibre entre les scènes stressantes (poursuites, bastons essentiellement) et le reste n'est pas maîtrisé ; notamment parce qu'il faut beaucoup trop d'heures pour que l'intrigue se mette en place. L'absence de fil rouge, de progression vers un dénouement font que les scènes se suivent sans vraiment motiver le joueur ou titiller sa curiosité. Si Heavy Rain lorgne vers les séries américaines, il n'arrive pas à se hisser à leur hauteur. il faut dire que côté séries, les américains (notamment J.J. Abrams avec Fringe par exemple) ont placé la barre très haut en terme d'intrigue, de rebondissements et de psychologie.
Les Plus
  • Des personnages hyper réalistes : bluffant !
  • Les Quick Time Events très bien intégrés au jeu
  • De sacrés rebondissements qui remettent tout le jeu en perspective...
  • On s'attache vraiment aux personnages qu'on incarne... d'où des rebondissements déchirants
Les Moins
  • Les déplacements laborieux, les chargements très nombreux
  • De gros problèmes de rythme