Samurai Shodown

24 mars 2020

Un coup d'épée dans l'eau

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2

Sorti en 1993, le premier Samurai Shodown (ou Samurai Spirits) rompait avec ses rivaux, les Street Fighter, Fatal Fury et autres Mortal Kombat portés sur l'attaque. Le reboot sorti en 2019 sur PC, PlayStation 4 et Xbox One, Samurai Shodown, rend hommage à son ancêtre : combats au sabre ou à l'épée, déplacements lents, coups qui font mal (très mal), et contre-attaques dévastatrices. Ce portage Switch reprend le même gameplay, mais avec des ratées techniques qui tranchent avec les autres supports.

L'histoire

Chronologiquement, Samurai Shodown prend place après les événements du jeu de 1993 dont il s'inspire ouvertement – un vrai retour aux sources pour une des franchises emblématiques de la Neo Geo. L'action se passe au Japon pendant l'ère Tenmei en 1787 avec des famines, des incendies et des attaques surnaturelles. L'esprit d'une jeune femme, Shizuka Gozen, ravage le Japon, jusqu'à ce que des héros venus du monde entier se réunissent pour ramener la paix. Enfin en s'affrontant d'abord mutuellement – non ce n'est pas très logique, mais c'est un jeu de baston, arrêtez de chercher la petite bête.

Une bonne parade déséquilibre votre adversaire.

Le principe

Si vous avez déjà joué à un Samurai Shodown, vous allez vite retrouver vos marques. Impossible de bourriner ici, de se précipiter sur l'ennemi, de sauter comme un cabri, de multiplier les coups ou d'enchaîner des combos. Les attaques sont rares, posées, et laissent le joueur sans garde en cas d'échec. L'esquive, en se plaçant juste hors de portée de l'ennemi, ou mieux le contre, en parant pile au bon moment, suivi d'une attaque, permettent d'enlever une grande partie de la barre de vie de son adversaire – un tiers, voire deux tiers quand on utilise à bon escient une barre de colère et une attaque spéciale. Ces ouvertures déclenchent de mini cinématiques spectaculaires et brutales, qui reprennent le style des estampes japonaises avec des traits à l'encre noire très appuyés. Ne comptez pas hélas sur le didacticiel simplet qui liste les coups, ni sur le mode Entraînement aux textes très durs à déchiffrer en mode portable. Même le Dojo est décevant : son mode survie est assez rébarbatif. Il faudra apprendre à la dure avec le mode Histoire, ou en ligne.

Les attaques spéciales les plus puissantes déclenchent de brèves cinématiques.

Le multi

Encore plus qu'en solo, la patience est une vertu en multi. L'observation et une excellente connaissance des différents personnages sont indispensables pour survivre. Il faut apprendre non seulement leurs coups spéciaux, mais surtout les distances d'attaque et les animations, hyper détaillées heureusement. Les feintes rappellent l'intensité des duels d'escrime : les joueurs se testent, avancent, attaquent, utilisent parfois un animal (loup ou faucon), ou une attaque à distance, avant qu'une erreur n'entraîne un déluge de coups souvent mortels. Perdre son épée (c'est possible, il faut alors la récupérer sur le champ de bataille) ou subir une mini pénalité en cas d'erreur (une animation qui montre votre personnage désarçonné, ce qui le rend extrêmement vulnérable), c'est accuser un désavantage très, très, difficile à rattraper. Les retournements de situation ne sont toutefois pas impossibles, surtout avec une bonne utilisation de la jauge de colère. Dommage qu'il soit impossible d'observer un adversaire en mode spectateur en ligne, les menus étant avares en options. Les joueurs sont aussi peu nombreux sur Switch, même le week-end, au point qu'on finit par multiplier les rematchs même contre un adversaire plus fort que soi. Restent les ghosts d'autres joueurs à affronter, des fantômes censés imiter le comportement de vrais joueurs.

Les combos sont possibles mais durs à placer.

Pour qui ?

Samurai Shodown s'adresse avant tout aux fans de la saga. Ils retrouveront un gameplay soigné, plus basé sur l'observation et la contre-attaque que sur le bourrinage – un style de jeu qui tranche avec la concurrence, même aujourd'hui. Reste que ce portage est difficile à recommander malgré tout. Les personnages sont trop pixellisés, alors que les décors eux sont nets – le contraste saute aux yeux dès la première partie, en mode portable comme en mode docké. La résolution est clairement trop faible, et les modélisations déjà limites en 2019 sur console de salon souffrent de cette pixellisation. Les temps de chargement sont également beaucoup trop nombreux dans les menus, et trop longs : plus de 30 secondes pour lancer un combat, même avec le jeu téléchargé sur une carte SD rapide. Pas de ralentissements en revanche, à part quelques-uns en multi qui sont peut-être dus au lag. Si vous aimez vraiment la série, ce ne sont pas les supports qui manquent pour y jouer dans de meilleures conditions.

La version Neo Geo Pocket a pris un coup de vieux

L'anecdote

Si vous avez précommandé le jeu, vous avez droit à un bonus : une conversion de Samurai Shodown 2 sur Neo Geo Pocket. C'est choupinet tout plein, avec un look SD aussi mimi que le chat de Shrek. Mais alors côté gameplay, quelle purge ! C'est bien pire que les jeux Game Boy, la faute à une maniabilité ultra rigide avec quasiment aucune animation (effet Game & Watch garanti). L'écart est flagrant entre les consoles 8 ou 16 bits qui elles sont toujours d'actualité, et la Neo Geo Pocket clairement larguée. Pourquoi ne pas avoir inclus la version Neo Geo de Samurai Shodown, d'ailleurs disponible sur l'eShop de la Switch ? Vous pouvez vous faire plaisir puisque les « ACA Neo Geo » vont du tout premier Samurai Shodown au V Special, pour 6,99 € pièce. Ou soyons fous : que cette version Switch intègre d'emblée tous les DLC, les combattants supplémentaires sortis sur PC, PlayStation 4 et Xbox One. Ce qui n'est hélas pas le cas...
Les Plus
  • Un rythme très différent des autres jeux de baston
  • Beaucoup de modes de jeu : Entraînement, Dojo, Versus, Online, Histoire...
Les Moins
  • Les temps de chargement
  • Les combattants hyper pixellisés
  • Les DLC non inclus, avec redirection vers l'eShop dans les menus
Résultat

Des temps de chargement innombrables et longuets, des personnages pixellisés, des combattants supplémentaires en DLC payants… est-ce que l'attente valait vraiment le coup ? Si vous n'aviez pas encore joué à Samurai Shodown, ce n'est pas cette conversion Switch qui va vous décider. Rabattez-vous sur les autres supports pour en profiter dans de bonnes conditions. Et si vous cherchez vraiment un jeu de baston sur Switch, Dragon Ball FighterZ (visuellement parfait même sur Switch, mais avec là encore des chargements longuets) ou Ultra Street Fighter II : The Final Challengers (irréprochable) sont de bien meilleures conversions.