Danganronpa : Another Episode

07 déc. 2015
Testé par sur
Disponible sur
2

Une bonne histoire mal racontée

Ce Danganronpa : Another Episode est un semi-échec pour les développeurs de Spike Chunsoft. Doté d’un rythme apathique et d’un gameplay à oublier, le titre repose entièrement sur son univers, son scénario et ses thèmes (développés ou sous-jacents). Et heureusement pour eux, ce trio est encore une fois une vraie réussite tendant vers le génie de par sa folie. À la fois prenant et dérangeant, les fans de la série ne peuvent que s’accrocher pour découvrir le fin mot de l’histoire. Mais en voulant dynamiser leur concept, ils ont perdu un ingrédient indispensable qui fait de ce Danganronpa : Another Episode un jeu moyen car trop déséquilibré. Ils ont perdu en cours de route leur capacité à raconter et magnifier une histoire. Et c’est extrêmement frustrant de lire, d’écouter ou de voir une excellente histoire mal racontée.

Après deux brillants épisodes, la série Danganronpa revient sur le devant de la scène. Avec encore une fois Spike Chunsoft à la réalisation et NIS en tant qu’éditeur. Mais finis les Visual Novel, les développeurs ont voulu amener de l’action dans le gameplay en proposant un TPS. Un essai louable en soi, mais comme souvent, il n’a pas été transformé.

L'histoire

Vous incarnez Komaru Naegi, une lycéenne classique qui se retrouve kidnappée et enfermée dans un appartement plutôt coquet. Pendant près d’un an et demi, elle n’a aucun contact avec l’extérieur hormis le frappement de porte lui signalant l’heure de ses repas. Un jour, alors qu’elle entend pour la première fois des bruits inhabituels, un nounours géant aux griffes acérées fait irruption dans sa cellule de luxe. Paniquée, elle fuit avant d’être secourue par Byakuya Togami membre d’une organisation appelée Future Fondation. Le jeune homme lui donne un pistolet porte-voix capable de détruire les Monokumas, les fameux ours en peluche robot qui semblent avoir pour but de décimer la population. Si cette entrée en matière peut sembler floue et légère, nous choisissons sciemment de ne rien dévoiler de plus sur le scénario de ce Danganronpa : Another Episode.

Revenons plutôt sur la narration du titre qui est, malheureusement, ratée et un réel point noir du jeu. En revanche, il faut que ce soit clair et net : l’univers du titre, sa direction artistique (visuelle et sonore), son scénario comme ses thèmes abordés sont des exemples et de nombreux studios sont incapables de sortir ne serait-ce que le dixième du génie (et du brin de folie) que possède ce Danganronpa : Another Episode. Car c’est la dichotomie improbable de ce jeu, d’avoir un scénario prenant et diablement bien pensé et une narration hachée, remplie de dialogues inutiles qui traînent en longueur et qui frustrent rapidement le joueur. Pourtant, les thèmes, qu’ils soient développés ou simplement effleurés, ne laissent clairement pas insensible et rajoutent à l’horreur de ce que vivent ou ont vécu les différents protagonistes de cette histoire. D’un point de vue esthétique si la forme est mignonne, la toile de fond se veut effroyable et dérangeante. Danganronpa : Another Episode est très "pop" et "kawaï" dans ses graphismes, ainsi les personnes tuées sont de simples silhouettes bleues et le sang est rose fluo. Ce qui n’enlève rien à l’horreur des situations, puisque les développeurs jouent avec pour mettre en scène des situations qui sont parfois malsaines ou insoutenables. Dans tous les cas, il est rare que leurs productions laissent les joueurs indifférents, il en va de même pour ce Danganronpa : Another Episode.

Le point faible des Monokumas est leur œil gauche, une seule balle suffit.

Le principe

Rentrons directement dans le lard et exposons les défauts majeurs de ce Danganronpa : Another Episode. Spike Chunsoft a voulu dynamiser sa série en effectuant un virage à 180° en proposant un jeu de tir à la troisième personne. Si l’idée est intéressante, elle est surtout très mal réalisée. Que ce soit dans ses codes fondamentaux ou dans sa réalisation intrinsèque. Car les développeurs n’ont pas réussi à transposer leur univers dans un autre genre que le Visual Novel, trop ancré dans leurs gênes. Ils n’ont pas pu raconter leur histoire autrement que dans des phases empruntées à leur genre de prédilection. Au final Danganronpa : Another Episode est un mix entre un mauvais TPS et un mauvais Visual Novel. Le rythme du jeu est haché et quasi inexistant lors des trois premiers chapitres. Car il faut pouvoir supporter de trop longues phases de dialogues qui n’apportent, trop souvent, rien au scénario ou à sa mise en place. Le joueur se retrouve de manière répétée devant des phases de jeu constituées de cinq minutes de conversation stérile avant de pouvoir jouer trois minutes pour renchaîner avec dix minutes de causerie. De quoi rapidement perdre patience.

Le pire est que la partie TPS ne sauve absolument pas les meubles. Vous vous retrouvez avec un jeu au level design catastrophique et à la réalisation douteuse. Danganronpa : Another Episode est une succession de couloirs où des ennemis sont dispersés çà et là et doté d’un gameplay d’une lourdeur affligeante. Que ce soit Komaru qui se déplace aussi rapidement qu’un unijambiste asthmatique ou le système de visée à la ramasse qui annihile toute chance de prendre du plaisir lors de ces phases de jeu. Pourtant Danganronpa : Another Episode se donne les moyens avec tous les poncifs actuels que sont l’évolution et la personnalisation des personnages et de leur équipement. L’héroïne principale dispose d’une arme "couteau suisse" avec des balles ayant de nombreuses fonctions (allumer les mécanismes électriques, faire danser les ennemis, les électrocuter…). Vous pouvez améliorer la jauge de vie, de coups spéciaux, débloquer une visée automatique, augmenter les dégâts etc. Une petite mention pour le personnage sympathique qu’est Genocide Jack, que vous pouvez interchanger à tout moment pour une durée limitée. Danganronpa : Another Episode se transforme alors en un Beat Them All confus avec une collégienne schizophrène courant dans tous les sens en agitant des ciseaux pour trucider du nounours. Mais, encore une fois, pas de quoi empêcher le navire de prendre l’eau, car nous n’avons pas encore abordé la caméra capricieuse qui vous empêche de suivre le peu d’action que propose le titre. Trop occupée sûrement à écumer afin d’éviter la noyade.

Toko Fukawa est une schizophrène qui se transforme en Genocide Jack, tueuse implacable de nounours.

Pour qui ?

Danganronpa : Another Episode se destine, bien évidemment, aux fans de la saga. À ceux qui se sont délectés de l’histoire et de l’univers proposé dans les deux volets précédent. La direction artistique, l’ambiance et la musique y sont toujours de haute volée. Et à la vue du scénario et des thèmes abordés dans ce Danganronpa : Another Episode nous les encourageons même si cela implique de devoir se coltiner des phases de gameplay datant d’un autre âge et pas mal de bla-bla inintéressant. Petite précision pour les curieux que ce test n’a pas effrayé, Danganronpa : Another Episode est entièrement en anglais et les scènes animées ne sont pas sous-titrées.

Si d’un point de vue esthétique tout est mignon, l’horreur est présente et volontairement accentuée.

L'anecdote

Le test de ce Danganronpa : Another Episode a bien failli arriver plus tôt et avec un point en moins sur sa note tant le début du titre est laborieux pour un non initié. Sur les conseils d’un ami j’ai joué à Danganronpa en urgence et enchaîné sur ce titre. Ayant totalement accroché à l’univers et au scénario, ma deuxième approche a été nettement moins pénible, curieux que j’étais de découvrir ce que nous avaient concocté les scénaristes de Spike Chunsoft. Je dois d’ailleurs admettre que Danganronpa 2 me fait de l’œil.
Les Plus
  • Un univers riche et complètement barré
  • Un scénario et des thèmes aboutis
  • L’ambiance visuelle et sonore au top
  • Le plaisir de revoir des visages familiers
Les Moins
  • Une narration complètement à la ramasse
  • Beaucoup trop de bla-bla pour rien
  • Une réalisation aux fraises qui en fait un mauvais TPS
  • Un level design simpliste
  • Mais bouge-toi ma pauvre Komaru !