OutRun 2, la vengeance d'une blonde

27 oct. 2004
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Disponible sur
3
  • Éditeur SEGA
  • Sortie initiale Octobre 2004
  • Genres Arcade, Simulation

Cela n'empêche pas OutRun 2 de s'élever d'une bonne tête au-dessus de la nasse en procurant plus que des sensations bassement physiques ; c'est l'un des rares jeux qui réveille quelques émotions oubliées, comme une première cigarette, un premier baiser ou encore une première cuite. Enfin surtout un premier baiser en fait. C'est bien sûr l'effet nostalgie qui joue à plein, grâce à ces bruitages rétro et au talent des développeurs qui nous feraient presque passer des monstres de polygones pour des sprites, à force de les faire ralentir quand la Ferrari bondit vers eux. Mais mine de rien, pour une fois qu'un jeu nous touche au lieu de bêtement nous divertir, ce serait une folie de faire la fine bouche.

Ca vous faisait rire en 1986 de piloter une Testarossa à fond les ballons et d'éjecter la blonde qui vous accompagnait à la moindre touchette avec un panneau ? Ca vous plaisait les tonneaux qui se terminaient dans l'herbe, avec la donzelle à genoux ? Vous en avez bien profité mais c'est à son tour de s'amuser : dans OutRun 2 les blondes contre-attaquent et font subir au beau mâle qui conduit toutes sortes de sévices : algèbre, précision et savoir vivre, quantité de disciplines dans lesquelles les hommes brillent rarement. Un petit conseil : révisez vos tables de multiplication avant d'aller plus loin.

1986, 2004

C'est fou de voir à quel point certains jeux peuvent vous donner un violent coup de vieux : vous n'avez pas trente ans, vous jouez à OutRun 2 et paf ! vous sentez déjà l'arthrite vous nouer les mains. Le premier OutRun était sorti dans les salles d'arcade en 1986 avant de faire les beaux jours de quelques consoles célèbres, la Master System, la Game Gear et surtout la Megadrive. Autant dire que ce remake ne nous rajeunit pas, surtout quand on voit l'abîme qui sépare les deux versions. Entre temps, les développeurs ont inventé la 3D mine de rien, les modélisations impressionnantes et les chromes rutilants. Ce n'est pas que OutRun 2 soit visuellement stupéfiant : un concurrent que nous ne citerons pas est passé par là récemment et a donné un petit coup de vieux au bébé de Sega. C'est simplement que l'âge lui sied bien ; ce noble étalon s'améliore doucement avec le temps, comme les bons vins.
 

Une noble ambition

Ce qui rend fou ceux qui ont joué au premier, c'est de retrouver les mêmes sensations à des années d'écart. Cela tient à quelques détails anodins qui flottent doucement au-dessus de la tête, une fois la console éteinte : une musique originale, un crissement de pneus délicieusement cheap, l'impression stroboscopique de voir arriver rapidement les autres véhicules puis de mettre une plombe à les doubler. Tout ça rappelle l'époque des sprites, quand les voitures de la circulation bondissaient vers la Ferrari par à-coup parce qu'il restait à inventer le zoom. N'allez pas croire que les petits doigts de chez Sega sont des billes en programmation, bien au contraire : ils ont réussi à retrouver toute la saveur du jeu original en ajoutant quantité d'effets et de modes de jeu inédits, une sacré performance vu le grand écart effectué. L'idée était sans doute de récupérer tous les fans grabataires du premier, en séduisant au passage les petits nouveaux biberonnés au Titeuf.
 

Gauche droite

Pour ce qui est des joueurs en culotte courtes, le pari n'est pas gagné. Il faut dire que OutRun 2 se termine en dix minutes chronos, le temps d'enchaîner les quatre étapes qui mènent à la ligne d'arrivée. Pas de panique, il existe des embranchements à chaque fin d'étape qui donnent un total de dix environnements distincts ; le but du jeu est de les découvrir tous, ce qui est sacrément compliqué parce que le jeu se corse méchamment pour les inconscients qui décideraient de toujours tourner à droite. Il existe aussi d'autres modes de jeu qui relancent l'intérêt, que ce soit les courses online ou les épreuves de patience, lorsqu'il faut supporter sa blonde. Mais globalement, OutRun 2 devrait surtout taper dans l'oeil des fans du premier en faisant remonter quantité d'émotions enfouies. Ceux-là resteront bloqués sur le mode original et sur ses sessions de jeu express, rien que pour le plaisir de se sentir à nouveau jeunes.
 

Chacun sa blonde

Par curiosité, et pour débloquer aussi toutes les Ferrari du jeu (Enzo Ferrari, Dino 246 GTS, 365 GTS/4 Daytona, Testarossa, 360 Spider, 288 GTO, F40 et F50), même les puristes finiront par essayer les petites nouveautés de cette édition 2004. La plus amusante reste la greffe d'objectifs à réaliser sur des tronçons précis pour faire plaisir à sa blonde, comme déraper le plus longtemps possible, rouler dans le bon couloir coloré, éviter tout accident pendant un laps de temps donné ou doubler un maximum de voitures. Plus le pilote chevronné réussit à satisfaire les fantasmes routiers de sa blonde compagne, plus il engrange des coeurs dont la moisson est affichée en fin d'étape. C'est drôle, c'est très bien fait mais c'est juste hyper dur quand il faut en plus batailler contre le chrono. Un autre mode permet de remplir 100 challenges débiles du même tonneau afin de débloquer des Ferrari ; c'est un bon entraînement qui permet d'apprendre à déraper, les virages en travers faisant tout le charme de OutRun 2.
 

Sega Rally, OutRun 2, même combat

A moins de tourner à gauche tout le temps comme un gros lâche qui veut enchaîner les sections faciles, vous devrez apprendre à placer la voiture en travers pour faire crisser les pneus et prendre les virages à la corde. Pour ça, il faut relâcher l'accélérateur, donner un grand coup de frein et réaccélérer doucement pour contrôler le dérapage. A l'analogique, cette méthode peu orthodoxe permet de doser savamment les dérapages pour bien se replacer ; toute la difficulté consiste à le faire au milieu de la circulation, en faisant glisser son bolide entre plusieurs dizaines de voitures qui se traînent misérablement à 120 km/h. Ces dérapages compensent une conduite sinon très arcade, comprendre sans fioritures, grâce à l'excellente gestion de l'analogique ; c'est aussi l'élément le plus moderne d'OutRun 2, celui qui surprendra le plus les vieux de la vieille. Il faut se réveiller, outre la 3D les développeurs ont appris à gérer l'analogique.
 

Pour nous, les vieux

Voilà le genre de cocktail détonnant qui poussera les nostalgiques dans leur canapé, le sourire aux lèvres, et qui leur fera préférer le petit bébé de Sega au gros poseur de chez Criterion. Pour les nouveaux venus, OutRun 2 manque peut-être de conversation ; la réalisation souffre d'une carence d'étincelles et de carambolages dantesques avec multiplicateurs de points, tandis que les 100 défis deviennent vite insurmontables (surtout quand il faut se livrer à des séances de calcul mental en roulant sur le bon chiffre, après avoir vu défiler des opérations mathématiques aussi complexes que 5x3-2+8).
Les Plus
  • L'effet nostalgie joue à fond : vous aviez quel âge en 86 ?
  • Un concept simple mais efficace : une Ferrari, une blonde, un chrono.
  • Les 100 défis, le online, la côté ballade touristique et les dérapages.
Les Moins
  • Un peu limité pour les nouveaux, des défis qui deviennent vite trop durs.