Tesla Effect

16 juin 2014
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4

Vieux jeu mais pas sénile

Tesla Effect fait partie de la longue liste des anciennes gloires des années 90 qui tentent de ressusciter par l'intermédiaire de Kickstarter. Mais contrairement à La Malédiction du Serpent ou Moebius, il réussit à dépasser le simple stade de commémoration nostalgique pour offrir un jeu complet, drôle et accessible sans perdre son âme. Comme son héros, Tesla Effect nie les seize années qui viennent de se dérouler et offre une expérience de jeu identique à celle de nos jeunes années. A l'heure des productions AAA vite oubliées, c'est un luxe rare.

Vieillir, une réalisation qui, pour beaucoup, apparaît sous forme d'épiphanie fugace se manifestant dans la chair et dans l'esprit : apparition d'un ventre à bière, vote FN, etc. Pour moi, ce déclic s'est produit lors de la rencontre avec des collègues "geek" (parce que "joueur" est has-been) qui n'avaient jamais entendu parler de Tex Murphy. Ouch. Heureusement, Tesla Effect est arrivé pour sensibiliser une nouvelle génération au pathétique détective privé.

L'histoire

Avant de se palucher sur Tesla Effect, faisons une petite récapitulation. Tex Murphy est le héros d'une série de jeux d'aventure créée par Access Software à la fin des années 80 qui a connu un grand succès public et critique pendant une petite dizaine d'années. Vivant dans une San Francisco rendue radioactive après une troisième guerre mondiale, Tex est un détective privé à la Raymond Chandler perdu dans un monde cyberpunk. L’anachronisme ambulant séduit les joueurs par un humour à froid, une malchance légendaire et des puzzles corsés. Access Software était également à l'avant-garde des fameux films interactifs, intégrant dès 1994 des acteurs digitalisés. Puis la mode des First Person Shooter est arrivé et les point & click sont devenus has-been (sauf en Germanie mais ils sont bizarres). Près de quatorze ans après le dernier épisode, une nouvelle aventure en partie financée par Kickstarter pointe le bout de son nez. Les anciens d'Access se sont réunis sous la forme de Big Finish Games et ont racheté les droits de Tex Murphy. Chris Jones, l'interprète/scénariste depuis le premier épisode est également de la partie. Si vous n'avez jamais joué aux anciens épisodes, pas de panique, Chris Jones a tout prévu. L'introduction est percutante pour tout le monde. Tex Murphy se réveille sur le pas de la porte de son bureau, salement amoché. Le détective porte des marques de coups et blessures et, pour couronner le tout, vient de perdre sept ans de sa vie. Il semble que durant ce [i]tempus fugit[/b], « Tex » ait acquis la réputation d'un tueur à gages avec le salaire qui va bien. Que s'est-il réellement passé au cours de ces sept ans ? Qu'est-il arrivé à Chelsee, votre douce et tendre, elle aussi disparue ? Comme d'habitude, conspirations en tout genre et trahisons sont au programme. Drôle et bien écrite, l'intrigue de Tesla Effect est une véritable plaisir pour l'amateur de jeu d'aventure. Elle est servie par un certain choix dans le déroulement puisque que l'histoire peut se terminer de cinq façons différentes.

L'humour débile est toujours de la partie.

Le principe

Le gameplay de Tesla Effect est exactement identique aux aventures précédents de Tex Murphy. La majorité du temps, vous arpentez en première personne Chandler Street ainsi que quelques lieux spécifiques de San Franscisco. Passé le choc des graphismes (niveau Unreal 1), Tesla Effect est du point & click pur jus. Vous ramassez des indices, combinez des objets et résolvez des énigmes. Si vous êtes un habitué du genre, le niveau a été légèrement revu à la baisse, mis à part une certaine tendance à la chasse au pixel et le bon vieux labyrinthe avec monstre à la clef. Si vous rencontrez de réelles difficultés, un système d'aide ainsi qu'un mode casual sont disponibles. La deuxième partie du jeu, celle qui a fait la renommée de Tex, c'est bien évidemment les dialogues entièrement en FMV. Les 15 giga de vidéo valent leur pesant de cacahuètes. La compression est excellente tandis que le jeu d'acteur et la mise en scène assument totalement cet aspect série B qui faisait le charme des épisodes précédents. Entre la voix narquoise de Tex, les personnages grotesques tout droit tiré d'un film de Fellini et les situations incongrues gonflées aux effets spéciaux cheapo-discounts, Tesla Effect trouve un juste équilibre qui produit une sensation douce dans le bas ventre. Le système de dialogue, héritier de la série, est assez avant-gardiste. Les options pour orienter la conversation ne correspondent pas aux paroles de Tex. Comme dans Mass Effect, enfin quinze ans avant.

Seize ans plus tard et toujours charmeur !

Pour qui ?

Loin d'être une simple commémoration nostalgique, Tesla Effect est autant adapté aux nouveaux venus qu'aux vétérans. La simple condition est d’apprécier les point & click puisque chercher des indices et résoudre des indices constitue la grande majorité de l'aventure.

L'anecdote

Une pléthore d'objets peut être inspecter pour lancer des flashbacks directement tirés des aventures précédentes de Tex Murphy. Vous pourrez donc (re)découvrir avec délectation les pires embrouilles auxquelles notre héros s'est retrouvé mêlé par le passé. C'est aussi l'occasion d'observer le sacré coup de vieux qu'a subi Chris Jones.
Les Plus
  • Tex Murphy : charme et humour communicatif
  • Des FMV pas trop cheap
  • Une intrigue dense avec cinq fins différentes
Les Moins
  • La 90's touch : chasse aux pixels et labyrinthes à la con
  • Une traduction française torchée