Def Jam Rapstar réveille le rappeur qui est en vous !

13 févr. 2011
Testé par sur
Disponible sur
3
  • Éditeur Konami
  • Sortie initiale 24 novembre 2010
  • Genre Musical

Représenter un genre musical en particulier n’est pas chose aisée. C’est prendre le risque de perdre une majeure partie du public. Konami a tenté le coup et si sur beaucoup de points l’équipe de 4mm Games a réussi, l’éditeur a au final fait des choix plus que contestables. Def Jam Rapstar va contenter les vrais passionnés de Rap ou, au pire, les simples amateurs ayant la féroce envie de découvrir l’ensemble de ce genre musical. Pour les néophytes, se sont des heures et des heures d’apprentissage. Parfois des chansons en elle même qu’ils entendront pour la première fois, d’autres des paroles et du flow de couplets spécifiques (sans compter les recherches pour boucher les blancs). Le gros point noir reste la censure des titres. A quoi bon acheter les droits de morceaux nécessitant un "Parental Advisory-Explicit Content " (Avertissement Parental) si c’est pour les censurer et retirer des phrases entières ? Mais en dépit de ce défaut majeur, Def Jam Rapstar est un bon jeu, à conseiller aux passionnés.

Réaliser un jeu de type karaoké ne contenant que des morceaux de Rap, une idée intéressante mais à double tranchant. Se spécialiser à outrance, c’est prendre le risque de laisser de côté une large partie du public. Le succès de DJ Hero n’était pas seulement dû aux divers remix de titres de Hip Hop, ces derniers côtoyant des tubes plus pop ou encore les morceaux électro passant en boucle dans les boîtes de nuit. Alors, certes, des amateurs de Rap, il en existe une flopée, mais le titre est peut être encore trop pointu et surtout entaché d’un défaut lourd de conséquence.

Mieux vous chantez et plus le multiplicateur de score augmente. Quelques scores de joueurs sont d'ailleurs impressionnants.

Le Rap Us est dans la place... mais pas le Rap français

Def Jam Rapstar est donc un karaoké composé exclusivement de morceaux de Rap issu du fameux label Def Jam. Les plus grands ayant signé au moins un album avec ce label, le jeu comporte une playlist assez impressionnante. Avec des artistes comme, 2Pac, Dr Dre, Snoop Dog, The Notorious B.I.G. , Methodman & Redman, Busta Rhymes, Wu Tang Clan, 50 cent, Public Ennemy, les Beastie Boys et bien d’autres… Cependant, les amateurs vont sûrement faire la fine bouche concernant certains morceaux choisis, qui ne sont pas les plus connus de nos rappeurs favoris. Car dans l’ensemble, Def Jam Rapstar s’adresse plus aux férus de Rap US qu’aux autres. Si le nombre de titres est impressionnant, la douzaine de chansons françaises et leur choix fait plutôt peine à voir. Alors oui, vous retrouvez NTM, La Fouine, Oxmo Puccino, Rohff, Sefyu ou encore Sexion d’Assaut mais c’est toujours pour un seul titre. Konami a signé avec le label Def Jam et forcément regrouper des titres d’artistes français est plus compliqué.

La présence de "Ma Benz" de NTM, fait plaisir. D'autres titres du groupe auraient été les bienvenus.

Simple amateur s’abstenir ?

A bien regarder la liste des chansons US, il est clair que différents courants ont été représentés. Les Beastie Boys et Outkast côtoient 50 Cent et LL Cool J. Côté français, si les développeurs ont essayé tant bien que mal de faire la même chose, ils n’ont pas réussi la même prouesse. Il manque plusieurs grands noms du Rap hexagonal, comme IAM, Booba ou Soprano. Manque cruellement aussi un Rap plus festif et convivial. Surtout quand on a l’ambition de devenir "Le jeu de Rap". Je pense en l’occurrence a des groupes comme les Svinkels, TTC, Triptik ou encore [b/]Le Klub des 7[/b]. Des groupes peut être méconnus (et pourtant à découvrir) mais au regard de certains artistes US présent, ils méritent eux aussi amplement leur place. Après tout qui peut se targuer de connaître Public Ennemy, Salt-N-Pepa ou A Tribe Called Quest ? Pour bien des raisons, que je vais aborder dans le prochain paragraphe, Def Jam Rapstar s’adresse aux très grands fans de Rap, ceux qui l’écoutent en boucle, qui le vivent et le transpirent.

Des infos sur les artistes sont distillées dans les menus, un bon moyen d'en apprendre d'avantage.

Pas facile à chanter !

Def Jam Rapstar est donc un jeu musical basé entièrement sur le karaoké. Les paroles apparaissent à l’écran et il faut chanter (ou poser) en rythme. Mais ici, pas question de fredonner. Si Singstar est permissif, Def Jam Rapstar ne l’est pas. Ainsi, il va falloir suivre le flow et avoir une diction exemplaire. Pas de yaourt ici (pour les deux du fonds qui ne suivent jamais rien, le yaourt est un anglais très approximatif utilisé par toute personne ne parlant pas parfaitement l’anglais... Oui, vous en faîtes certainement partie). Vous retrouvez d’ailleurs ici un des premiers défauts du jeu, il existe parfois un petit décalage entre le moment où vous chantez et la prise en compte de votre voix. La reconnaissance vocale n’est pas toujours au top mais dans l’ensemble elle reste correcte. Du coup, les titres anglophones s’en retrouvent beaucoup plus durs à réaliser. Il faut une parfaite connaissance des morceaux ou beaucoup d’entrainement pour y parvenir. Heureusement, 4mm Games a intégré un mode Entrainement dans lequel vous pouvez lancer la chanson de votre choix. Mieux, vous pouvez choisir à quel moment vous voulez commencer et arrêter.

Snoop Dogg est bien evidemment de la partie, un conseil : bossez bien votre argot américain.

J’ai clashé XXLoveMachine79XX, T’as Vu ?!

Def Jam Rapstar propose d’autres modes de jeu. Le classique mode Carrière qui vous permet de débloquer des titres et de faire de vous une star virtuelle du Rap. Un mode Freestyle où vous posez vos propres textes sur n’importe quel instru présent. Ce dernier est d’ailleurs vraiment bien pensé, surtout quand il est couplé au mode Multijoueurs. Vous pouvez bien sûr pousser la chansonnette avec vos amis devant votre télé ou chacun chez soi en ligne. Mais se filmer, sur un morceau ou en Freestyle et envoyer le tout sur le Live (ou le PSN) est un plus indéniable. D’autres joueurs peuvent vous proposer un duel, comparer leur réalisation, faire des commentaires. Ainsi des clashs peuvent être organisés avec un vote des autres internautes. Un coté social mis en avant et qui marche toujours. Konami a donc osé (tout comme d’autres avant lui), faire un titre musical spécialisé dans un genre. Projet audacieux et risqué. L’éditeur place l’entière réussite commerciale du jeu dans les mains des fans du genre. Malheureusement pour eux, l’éditeur ne respect pas la musique qu’il met en avant et encore moins son public.

Les 3 mots manquants sont "Niquer ta mère", non le jeu n'est pas "N'oubliez pas les paroles". C'est juste Konami qui n'en a pas.

La censure de la honte.

Konami a surement voulu surfer sur la vague. En tout cas, il faut en avoir pour mener une telle entreprise à son terme. Le Rap est un genre né de la rue, avec ses codes, ses clichés, ainsi que des meurs et paroles qui s’adressent à un public averti. Or l’éditeur nippon s’est fourvoyé, soit par pur cupidité, soit par peur des réactions à venir. Ainsi les paroles de chaque titre présent sont censurées. Des blancs viennent cacher les mots considérés choquant et le son est coupé. Certes aucune perte de point n’est à signaler dans ces moments (manquerait plus que ça !), mais des phrases entières manquent parfois à l’appel. Ça permet à Def Jam Rapstar de n’être déconseillé qu’au moins de 12 ans. Si ça ne dénature pas complètement le genre (encore que beaucoup pense l’inverse), et si Def Jam Rapstar reste un bon jeu, censurer cette musique, représentative d’une certaine culture et quand même irrespectueux et hautement ridicule. C’est comme réaliser un James Bond sans aucune arme, aucun gadget ou aucune femme sexy à l’écran. Ou encore comme de développer un GTA sans la possibilité de faire de mal à qui que ce soit ou de voler la moindre voiture. Le Rap est souvent vulgaire, parfois sexiste et choquant. Il a été créé par une génération voulant exprimer sa révolte. Konami a pris un risque qu’il n’a jamais voulu assumer jusqu’au bout. Il a voulu entrer dans la cour des grands mais il est resté accroché aux bras de maman quand la cloche a sonné.
Les Plus
  • La liste d’artiste impressionnante
  • Le système de jeu, qui demande au moins de chanter (fredonner ne sert à rien)
  • Le mode Freestyle
  • Le coté communautaire avec des battles grisant
Les Moins
  • La musique, que vous l’aimiez ou pas, c’est de l’art et ça ne se censure pas
  • La playlist française très limitée
  • Un jeu clairement pour les férus de Rap
  • Des cours de diction anglaise et d’argot américain sont à prévoir