Do Not Feed The Monkeys

15 juil. 2020

Travail / famine / vidéométrie

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Bien calé dans votre fauteuil, frigo plein, cafetière chaude : vous êtes en pleine forme pour passer le plus clair de votre temps à surveiller vos monkeys, autrement dit espionner des individus à leur insu via un club pirate de webcams dissimulées. Mais serez-vous capable de rester là à ne rien faire alors que de véritables drames se jouent sous vos yeux ? Est-ce qu'un petit coup de pouce à distance n'aiderait pas à sauver quelqu'un, ou au contraire en finir avec sa misérable vie ? Même si cela est très tentant, n'oubliez pas la première règle du club : Do Not Feed the Monkeys...

L'histoire

Sans emploi fixe, sans réel but dans la vie, vous vous laissez convaincre par une amie de rejoindre un mystérieux club, au logo de singe cyclope et aux règles strictes. Observez des "cages", à savoir divers lieux à travers des webcams piratées : la chambre d'un retraité à la moustache si particulière et fan de films de guerre ; une station-service qui voit passer un camion et son cycliste accroché au pare-choc ; une cuisine et son micro-ondes où s'enchaînent pizzas, plats surgelés et... hamsters... Notez vos observations et répondez à quelques questions du club concernant vos singes : quel est le nom de l'occupant ? Sa profession ? Et surtout, SURTOUT : ne nourrissez pas vos singes...

Mais comment réagit l'être humain face à l'interdit ? Il le brave, évidemment. Vous notez d'un coup de touche des mots surlignés en jaune dans les dialogues, les associez pour lancer des recherches en ligne et identifier des lieux, des gens, des adresses : le pouvoir vous gagne. Webcam n°8 : ce pauvre homme est coincé dans l'ascenseur d'un immeuble prévu pour démolition et tout le monde semble l'avoir oublié, sauf sa femme. L'appellerez-vous pour la prévenir ? Ou vous laisserez-vous convaincre par l'avocat du promoteur pour oublier ce que vous avez vu contre quelques dollars ? Webcam n°4 : un groupe d'écrivains est exploité par une autrice à succès pour pondre les pages au kilomètre de son futur best-seller. Et si vous identifiez ces pauvres scribes pour leur faire écrire un ouvrage à succès en votre nom et empocher les royalties à la place de la tortionnaire ?

Leeloo Dallas, multicast.

Le principe

Il est vite tentant de jouer avec vos petits singes. Mais en parallèle, s'engage une lutte pour votre propre survie. Parviendrez-vous à décoller les yeux de votre écran, alors qu'il se passe des choses intéressantes à peu près 24 h sur 24 ? Il faudra bien songer à vous nourrir. Pour cela, vous faites quelques jobs de quelques heures, afin de gagner les maigres dollars qui vous permettront de faire un saut à la supérette. Ou faute de mieux, vous faire livrer un peu de junk food : idéal pour regagner des forces, mais votre santé en pâtira. N'oubliez pas de dormir également, car une fois sur les rotules, vous risquez de vous écrouler de fatigue. Et ça, ça n'est pas bon pour le business. Mieux vaut dormir par tranches de deux heures et grignoter du poulet, pour être sûr de ne rien manquer d'important dans vos cages.

Vous jonglez d'un écran à l'autre, du frigo à votre lit, d'un boulot foireux à votre logeuse qui réclame son loyer, d'un singe à vos e-mails vous rappelant les règles du club. En effet, tous les cinq jours vous devez augmenter votre nombre de cages (en les achetant), vous menant dans une frénésie de travail / famine / vidéométrie, au bord de l'épuisement, croisant les informations glanées, économisant le moindre dollar, optimisant la moindre minute d'éveil, gravissant les échelons du club jusqu'au stade ultime. Fort heureusement, les personnages observés ont la fâcheuse tendance de rabâcher leurs pensées ou discussions, vous autorisant quelques ratés dans les scènes importantes. Mais pas non plus à l'infini, car leurs situations évoluent au fil du temps, comme le journal quotidien vous laisse le découvrir à travers ses articles.

Il se peut que vous ayez envoyé à cette ancienne alcoolique quelques bouteilles de whisky...

Pour qui ?

Le joueur voyeur que vous êtes s'y retrouvera parfaitement, même s'il vous faudra un peu d'adaptation. Une fois votre première session échouée (généralement par manque d'argent, donc de quoi vous nourrir ou vous soigner), vous rechargez un jour précédent. Maintenant, vous savez à quoi vous attendre, notamment du côté de vos singes. Les cages ont moins de secrets pour vous, certes, mais cela vous permet d'atteindre enfin le stade ultime de maître du club. Si la fin est clairement décevante, vous pourrez relancer une partie, qui chargera de nouvelles cages mixées avec des cages déjà connues. Certaines sont d'ailleurs plus actives que d'autres, vous permettant de vous concentrer sur les histoires qui méritent votre attention. Do Not Feed the Monkeys peut se jouer de manière très juste avec vos singes, mais également de manière vicelarde. Chaque cage a plusieurs issues, à vous de tracer votre voie, sur une échelle de bonté ou de malhonnêteté dont vous restez maître.

Vous pouvez dès à présent commander à distance des produits ménagers.

Le portage Switch

Sorti initialement sur PC, Do Not Feed the Monkeys ravira les joueurs Switch par ce portage bienvenu, mais en demi-teinte : le titre est clairement conçu pour être joué à la souris. Les zones d'interaction sont petites, ce qui rend le jeu au doigt parfois délicat. De plus la navigation entre les onglets de votre app de surveillance ou encore les espaces de votre chambre se font par les gâchettes, de même que la fermeture des fenêtres à l'écran est réalisée par la touche "B" (plus pratique que de viser la minuscule croix). Résultat, vous oscillez entre le tactile de l'écran pour pallier la souris et les touches du pad avec le risque de pester devant une zone cliquable ridicule, vous faisant rater un coup de fil ou la sonnette de votre porte. Le tout est assez inconfortable, même si avec le temps vous vous en accommoderez, faute de mieux. Et cela reste toujours mieux que de tout faire au pad.

Je suis innocent je le jure !

L'anecdote

Ma première partie m'a permis de constater que la consommation exclusive de fruits et de yaourt amène à une mort quasi certaine. Ne voulant rater aucune miette des caméras, me creusant la tête pour associer mes notes et trouver le nom de certains personnages, j'enchaînais les petits boulots de merde pour récolter quelques maigres dollars afin de payer mon loyer. C'est pourquoi, lorsque l'on a m'a livré par erreur un colis qui s'avérera être un kilo de cocaïne pure, j'ai sauté sur l'occasion. Non, je ne l'ai pas sniffée pour tenir le coup, je l'ai surtout vendue en ligne contre quelques milliers de dollars. À moi les pizzas, les cuisses de poulet, les extensions de webcam pour vision nocturne, et tiens, le voilà ton loyer vieille peau ! Profitant de l'allégresse que ce don du ciel enfariné a représenté, je n'ai pas tout de suite entendu les coups sourds à ma porte. Quand j'ai enfin ouvert, deux flics pointaient leur flingue sur moi. Mince. Game over. Live fast die young, mais c'était cool quand même.
Les Plus
  • Chaque histoire est bien fouillée et a de multiples issues
  • La gestion de survie au milieu de l'observation
  • Les situations loufoques
Les Moins
  • L'interface sur Switch qui mixe tactile et boutons
  • La fin très abrupte
  • Dispo en plein de langues sauf en français
Résultat

À la manière des titres de Peter Molyneux le bien et le mal prédominent dans Do Not Feed the Monkeys. Serez-vous capable de résister à influencer la vie de vos singes ? Résisterez-vous à l'extorsion, au chantage, à la dénonciation ? Rien ne vous oblige à être tout blanc ou tout noir, la zone grise reste avant tout votre territoire de confort, vous autorisant de tester vos limites tout en assurant votre survie. Malgré quelques difficultés d'interface liées à l'adaptation Switch, Do Not Feed the Monkeys est un jeu plaisant, plein de surprises, avec une rejouabilité qui fera l'affaire de quelques parties. À ne pas mettre entre toutes les mains, évidemment.