Interview | Serious Sam : Shatterverse
28 août 2026

Nic Duchesne passe aux aveux

Interview par

Il paraît qu'un seul Serious Sam ne suffit plus pour sauver l'humanité. Alors pourquoi s'arrêter à un univers quand on peut tous les exploser en même temps ? Avec Serious Sam : Shatterverse, Behaviour Interactive propulse le célèbre barbu dans un multivers où les hordes de Mental sont toujours aussi nombreuses, les armes toujours aussi déraisonnables et, visiblement, les points faibles des ennemis toujours aussi... bien placés. Nous avons donc attrapé Nic Duchesne, producteur du jeu, entre deux explosions pour parler de ce nouvel épisode, de ses ambitions, de ses coulisses et de la manière dont on développe aujourd'hui un FPS qui n'a manifestement aucune intention de se calmer.

Le pitch qui tient dans une explosion

Si vous deviez présenter Serious Sam : Shatterverse à quelqu'un qui n'a jamais joué à un épisode de la série, mais que vous n'aviez que le temps d'une explosion de Kamikaze, vous lui diriez quoi ?

Nic DuchesneShatterverse est un FPS roguelike accessible, conçu pour être apprécié entre amis ou en famille, mais qui peut également être joué intégralement en solo, comme une expérience Serious Sam classique. Il propose un chaos frénétique et bourré d'action, dans lequel vous devenez une armée à vous tout seul pour affronter les hordes de Mental à travers des mondes colorés et variés. C'est du chaos en petites bouchées.


Le nom « Shatterverse » ouvre énormément de possibilités. Quel a été le premier « Et si... » qui vous est venu à l'esprit en imaginant ce nouvel univers ? Celui qui vous a fait dire : « OK, ça, on ne pouvait pas le faire dans un Serious Sam classique. »

Nic DuchesneLe Shatterverse nous permet de puiser notre inspiration dans l'ensemble de la franchise et au-delà, ce qui nous donne la liberté d'explorer un peu tout ce que nous avions envie de faire. C'est particulièrement évident dans la conception des boss, qui mélangent des idées anciennes et nouvelles. Cela ouvre également de nombreuses possibilités pour de futurs contenus, et nous avons déjà plein d'idées si les joueurs souhaitent que nous continuions à faire vivre le jeu.

Le syndrome du « toujours plus »

Avec Serious Sam, on a parfois l'impression que la seule règle est : « S'il y a déjà beaucoup d'ennemis... mettons-en encore plus ! » Est-ce qu'il existe une idée tellement absurde proposée pendant le développement que toute l'équipe a éclaté de rire... avant de finalement l'intégrer au jeu ?

Nic DuchesneNous avons une Anomalie du Multivers qui fait rétrécir les ennemis tout en augmentant leur vitesse, les transformant ainsi en petits démons ultra-rapides. Vous pouvez également transporter les 18 armes en même temps, car nous n'avons pas peur de vous rendre surpuissant : vous aurez besoin de tous les avantages possibles. Le développement n'était soumis à aucune règle rigide : n'importe qui pouvait proposer une idée, aussi extravagante soit-elle, et si elle semblait amusante, nous en faisions un prototype dès le lendemain.

Un FPS qui assume d'être un FPS

Aujourd'hui, beaucoup de shooters cherchent à raconter de grandes histoires, à ralentir le rythme ou à emprunter des mécaniques RPG. Est-ce que développer un Serious Sam en 2026, c'est un peu résister à la mode en revendiquant un plaisir de jeu plus immédiat ? Ou pensez-vous que les joueurs ont justement envie de retrouver cette approche « old school » ?

Nic DuchesneBeaucoup de jeux modernes semblent ajouter de la complexité simplement pour paraître plus profonds. Nous voulions que Shatterverse sache exactement ce qu'il est : un prétexte pour profiter rapidement de quelques moments de plaisir complètement déjantés entre amis. Il est facile à prendre en main, tout en étant suffisamment profond pour récompenser la maîtrise. Mais même quelqu'un qui découvre complètement le jeu peut se lancer, commencer à tirer et faire tout exploser.

Le monstre qui n'aurait jamais dû exister

Dans une licence comme Serious Sam, les ennemis sont presque aussi célèbres que le héros. Y a-t-il une créature ou un boss qui vous a donné tellement de fil à retordre pendant le développement que vous avez fini par le détester autant que les joueurs vont l'adorer ?

Nic DuchesneLes Arachnoïdes et les Kamikazes sont le fléau de la franchise Serious Sam. Ils avaient à l'origine été conçus pour être des nuisances incessantes. Ils sont le reflet d'une époque où les jeux étaient souvent plus hostiles envers les joueurs et où les développeurs cherchaient directement à leur jouer des tours, une approche qui s'est estompée à mesure que les attentes concernant la difficulté et l'équité ont évolué. Nous voulions moderniser ces ennemis sans pour autant les édulcorer. Ils restent parmi les menaces les plus dangereuses auxquelles les joueurs peuvent être confrontés et doivent être éliminés rapidement.

Les coulisses de la folie

On imagine qu'un jeu Serious Sam ne se développe pas vraiment dans le calme et la sérénité... Quelle est l'anecdote de développement qui fait encore rire toute l'équipe chez Behaviour Interactive ? Celle qui vous fait dire : « Ça, ça ne pouvait arriver que sur un Serious Sam. »

Nic DuchesneLe développement de Shatterverse a été aussi chaotique et amusant que vous pouvez l'imaginer. Je me souviens encore du jour où un développeur m'a demandé s'il pouvait placer le point faible d'un ennemi... dans son cul. Une fois que j'ai arrêté de rire, j'ai répondu : « Pourquoi pas ? »

L'industrie change... Sam aussi ?

Entre les licenciements, les coûts de production qui explosent, les services par abonnement et des joueurs toujours plus exigeants, le développement d'un jeu vidéo n'a jamais semblé aussi complexe. Comment continue-t-on à faire un jeu aussi décomplexé que Serious Sam dans une industrie qui, elle, l'est de moins en moins ?

Nic DuchesneAvec tout ce qui se passe actuellement dans l'industrie, je pense que nous devons nous recentrer sur les jeux, les équipes qui les créent, ainsi que sur la passion et la créativité qui les animent. Nous avons eu la chance de développer Serious Sam : Shatterverse. Ce n'est ni un remake, ni un remaster, ni une suite conventionnelle, mais une occasion de rendre hommage à la série tout en l'emmenant dans une nouvelle direction audacieuse et en essayant de nouvelles choses.

Les influences qu'on ne soupçonne pas

On imagine facilement Doom, Quake, ou Duke Nukem parmi les influences de la série. Mais quelle est l'inspiration la plus improbable de Shatterverse ? Un film, une BD, une série, un livre... ou même une situation vécue qui a fini par influencer le jeu sans que personne ne s'en rende compte ?

Nic DuchesneL'équipe s'est largement inspirée des films d'action des années 1980 et 1990, au point de donner à chaque sprint de développement le nom de l'un d'entre eux. Nous voulions retrouver cette excitation très directe qu'ils procuraient : se jeter dans l'action et aller au bout de la mission. De mon côté, j'ai aussi souvent pensé à Conker's Bad Fur Day, un jeu qui serait difficile à produire aujourd'hui.

Entre deux vagues de Kamikazes...

Quand vous aviez besoin de souffler un peu pendant le développement... À quoi jouiez-vous ? Est-ce que vous restiez dans le FPS... ou est-ce qu'au contraire toute l'équipe se retrouvait sur un jeu où le seul danger consistait à arroser des tomates ?

Nic DuchesneC'est drôle que vous mentionniez les tomates : je suis toujours un grand fan de Stardew Valley après toutes ces années. Notre équipe est très diverse sur le plan créatif, donc nous avons joué à pratiquement tous les genres. En tant que développeurs de jeux vidéo, nous devons rester ouverts à tous les genres, car il y a toujours quelque chose à apprendre.

La question que Mental vous poserait

Imaginons que Mental débarque aujourd'hui dans votre bureau pour vous interviewer. Quelle serait sa première question... et surtout, quelle réponse pourriez-vous lui donner pour éviter qu'il ne détruise le multivers ?

Nic DuchesneJe pense que Mental et moi pourrions avoir une conversation approfondie sur ce qu'il faut pour diriger une armée de sbires complètement déchaînés et extrêmement diversifiée, à l'échelle de plusieurs univers. Cela dit, je doute que quoi que ce soit de ce que je pourrais lui dire puisse l'arrêter. Il est remarquablement monomaniaque lorsqu'il s'agit de conquérir le multivers.


Si Serious Sam lui-même jouait à Shatterverse pendant cinq minutes, quelle est LA phrase que vous rêveriez de l'entendre prononcer en reposant la manette ?

Nic Duchesne« Ça va laisser des traces. »
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Tribune libre