Dead Island, un échec sanglant

02 oct. 2011
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1
  • Éditeur Techland
  • Développeur Techland
  • Sortie initiale 9 septembre 2011
  • Genres Action, First Person Shooter

On l’attendait ce Dead Island, franchement. Et qu’est ce que nous avons eu ? Un jeu d’action plat, moche, ennuyeux, sans surprises et loin d’être agréable. Avec son mode multijoueur plus qu’anecdotique, sa multitude de défauts contre ces quelques points positifs, le titre en décevra plus d’un, c’est indéniable. Doté de graphismes datant de l’âge de pierre comparé aux prouesses possibles de nos jours, d’un gameplay trop inégal, des personnages sans fond, sans âme, sans intérêt et des sauvegardes à s’en arracher les cheveux, le dernier rejeton du studio polonais n’est certainement pas à acquérir de plein pot ! Dead Island n’est rien d’autres qu’un échec. Un échec sanglant.

Depuis plus d’un an, Dead Island avait su faire parler de lui par le biais de trailers savamment réalisés et mettant l’eau à la bouche. Voilà de quoi s'attendre à une expérience horrifique, prenante et stressante, le tout accompagné de zombies effrayants, d’environnements angoissants et soignés. Mais que nenni, les polonais de Techland nous offrent finalement une promenade dominicale rébarbative à souhait avec une ambiance pas pesante pour un sous et des graphismes plus que moyens.

N'espérez pas voir ce genre de scène poignante arriver aux personnages jouables dans Dead Island.

Un long fleuve tranquille

Sur le papier, Dead Island paraît réellement attirant. Avec son décor de carte postale et son hôtel cinq étoiles situé évidemment non loin d’une ville aux airs de bidonville, l’île de de Banoi est l’archétype même du paradis pour touristes pleins aux as. Une idylle qui va cependant vite tourner au vinaigre, la faute à une étrange infection transformant quiconque étant contaminé en une créature violente, primaire et assoiffée de sang. La définition classique pour qualifier un zombie en quelques sortes. Lorsque vous vous réveillez dans votre chambre d’hôtel (après avoir sélectionné votre personnage parmi les quatre proposés, tous dénués de charisme et bourrés de clichés) vous n’avez qu’une seule idée en tête : fuir. Quitter l’hôtel et rejoindre des rescapés. Dead Island se résume en deux mots : survivre et attendre. Le premier, logique dans cette situation, en allant chercher de la nourriture et des moyens de défenses aux quatre coins de l’île. Le second car c’est à peu près ce que vous allez faire pendant toutes ces heures de jeu. Vous attendez sans relâche que quelque chose veuille bien daigner se passer, en vain ! Qu’un événement ou une découverte étonnante vous arrive en pleine figure par exemple. Mais non, vous assistez à un déroulement plus que linéaire où surprises et péripéties sont bannies. Les missions principales se ressemblent toutes.

Unique petit rayon de soleil dans ce sombre et vaste couloir : les quêtes annexes. Très nombreuses et très variées, elles seules sont susceptibles de vous apporter du plaisir car, entre nous, les missions principales sont toujours les mêmes et n’ont pas vraiment d’intérêt hormis d’aller chercher quinze fois de suite de la nourriture ou de l’essence. Les objectifs secondaires sont donnés par les petits groupes de survivants en sécurité, ou bien sur le bas côté de la route. Les buts sont variés, en allant de la recherche d’une personne disparue, à la course spéciale consistant à ramener un collier/bijou ayant une valeur sentimentale, tout en passant par l’escorte de protagonistes en difficulté. Vous l’avez compris, le scénario est vraiment quelconque, banal et sans prise de risque. L’ennui est de mise rapidement pour ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Et ce ne sont pas les missions annexes qui vont retarder l’échéance. Décevant, vraiment.

Une arme faite sur le tas, mais qui n'en est pas moins redoutable !

Quelques bonnes idées...

Le gameplay de Dead Island se révèle être assez nuancé. En effet, certains points positifs le composent contre des négatifs plus nombreux. Au final, on pourrait dire que ça se joue sur du 25/75. Commençons par les critères mélioratifs. Dans ces derniers, on trouve des combats "réalistes" vis à vis de la situation cauchemardesque. Ici, vous n’êtes pas dans un Resident Evil avec des munitions de fusils à pompe cachées dans des vases. Non, là c'est du concret, du crédible. Vous faites sur le tas pour survivre, vous vous adaptez, prenez ce que vous trouvez et vous débrouillez avec. Votre arsenal compte donc majoritairement des armes de fortune telles que des tuyaux, des pagaies, des couteaux de plongée, des battes de baseball, des clefs anglaises, des vulgaires bâtons de bambou et bien d’autres encore. Bien entendu, elles ne durent pas éternellement. Effectivement, ces dernières deviennent de moins en moins efficaces jusqu’à ne plus pouvoir être utilisables. C’est donc là qu’interviennent les petits ateliers répartis un peu partout sur l’ensemble du territoire. Ceux ci vous permettent de retaper à neuf vos moyens de défenses, de les améliorer pour les rendre plus endurants, plus puissants et moins fatigants, en échange d’une certaine somme. Car oui, même si le monde est devenu sans dessus dessous, la monnaie est toujours d’actualité et il vous est utile de la ramasser sur des cadavres ou bien dans les valises. De plus, vous avez la possibilité de fabriquer vous même vos armes, à condition bien sûr de savoir comment faire. En effet, si vous désirez par exemple assembler un taser, il vous faut avant tout trouver le mode d’emploi, celui ci étant caché quelque part sur l’île. Ouvrez un œil et fouillez tout ce que vous pouvez car ils ne sont pas posés en plein milieu de la route à l’inverse des holocrons Jedi dans Star Wars 2 : Le Pouvoir de la Force ! Une fois obtenus, il vous faut enfin toute la liste des éléments demandés pour réaliser l’objet. Cela peut aller de la batterie de voiture, au simple bout de scotch, tout en passant par des clous rouillés et du fil de fer. Bref, ces aspects du gameplay sont franchement sympathiques et relèvent un peu le jeu. Néanmoins, ils ne font pas tout, et il est difficile de dissimuler les drastiques fautes de logiques présentes dans ce jeu.

Ne vous attendez pas à pouvoir esquiver, les personnages sont vraiment très lents.

...contre beaucoup de mauvaises

Outre ces bonnes idées, Dead Island souffre d'une jouabilité laborieuse et souvent lourde. Si l’organisation des touches n’est pas en faute, vous assistez à des erreurs de gameplay qui, au bout d’un moment, commencent sérieusement à échauffer. Par exemple, les sauts ne vous permettent que de décoller d’à peine 50 centimètres du sol. Franchir un petit muret de moins d’un mètre relève du parcours du combattant. En effet, il faut alors prendre de l’élan et courir comme un dératé pour pouvoir espérer le sauter. Normal. A cela s’ajoute le fait que le protagoniste que vous contrôlez peut attraper des objets se situant à trois mètres de lui, et pourtant, il n’arrive pas à les poser droit. Et quand il faut empiler deux ou trois caisses pour grimper sur un toit, il faut du temps pour y parvenir ! Ce sont des petits détails certes, mais qui, accumulés, agacent sérieusement. Autre exemple, les "supers" zombies. De temps en temps, il n’est pas rare que vous tombiez sur un zombie deux fois plus grand que vous et qui ne cesse d’agiter ses bras. Un coup de sa part vous enlève pas moins d’un quart de votre vie. Autrement dit, quand vous en affrontez un, attendez vous à y passer un certain temps car il vous faut esquiver, attaquer, esquiver, attaquer, etc., jusqu’à ce qu’il daigne enfin mordre la poussière ! D’autres sortes de zombies évolués sont également présentes, sauf que plus vous avancez, plus ils font mal. Certains peuvent même vous tuer en seul coup ! Des variétés d’ennemis qui au final, sont plus ennuyeuses qu’autre chose et qui ne servent à rien si ce n'est vous faire pester quand vous mourrez par leur faute. D’ailleurs, les petits gars de Techland ont eu l’excellente idée de monnayer vos résurrections. A chaque fois que vous décédez, une part considérable de votre argent vous est retirée. Déjà que les améliorations, les achats et les réparations ne sont pas données, on vous prélève en plus une taxe sur la vie ? De quoi rendre plus rares les petites folies que vous pourriez vous faire avec cette monnaie durement récoltée.

Un p'tit coup de crème hydratante ça n'a jamais tué personne, non ?

Un moteur graphique qui se fait vieux

Du côté des graphismes, le jeu est plus qu’à la ramasse. Les défauts de collisions sont légion, les mauvaises textures vous attendent à chaque mètre et même les panoramas ne sont pas réussis ! Inutile de dire que Dead Island fait piquer les yeux avec tous ces défauts visuels. Il est impossible de faire cinq mètres sans tomber nez à nez sur un mur ressemblant plus à du pin d’épice qu’à du bois ou bien sur une carcasse humaine tenant plus de spaghettis bolognaise qu’autre chose. De plus, il n’est pas rare que le jeu fasse des siennes et vous affiche à la place de votre clef anglaise toute rutilante, par exemple, quelque chose ayant plus l’air d’être une barre de fer arrondie parsemée ça et là d’écrous. Et cela peut durer plusieurs minutes ! Alors que certains jeux bénéficient d’une qualité d’image exemplaire et sont soignés, Dead Island est encore à l’âge de pierre et pullule de bugs en tout genre. D’autant plus que l’animation faciale a elle aussi été bâclée. Raides, sans vie et souvent désynchronisés, les visages ne sont franchement pas beaux à voir, que ce soit un mort vivant ou un rescapé. Enfin, parlons des cinématiques. Premièrement, ces dernières n’ont franchement pas d’intérêt. A quoi bon nous en servir si c’est uniquement pour un plan de quelques secondes à peine où l’on voit juste un zombie courir vers nous ? Et n’allez surtout pas penser que les graphismes se révèlent être améliorés pour l’occasion. Non, Techland continue dans sa superbe lancée pour ne pas faire de jaloux et propose des vidéos moches, négligées et sabrées. Et histoire de remuer une ultime fois le couteau dans la plaie, n’attendez pas être bluffé par le cycle jour-nuit puisqu'il est quasi-inexistant et fichtrement mal fait dans les rares occasions où on l’aperçoit !

Comme les autres, le rappeur raté possède une personnalité pauvre et pas du tout attachante. Quel dommage.

Des personnalités au ras des pâquerettes

Dead Island propose quatre protagonistes jouables. Deux femmes et deux hommes, chacun possédant des spécialités, tels qu’au combat au corps à corps ou dans les armes à feu, et des spécificités qui leur sont propre. Par exemple, si l’un d’entre eux se retrouve avec un handicap au niveau de la vie, il est supérieur par rapport à un autre au niveau de la force, etc. Malheureusement, aucun d’eux n’a de charisme ou de grandeur. Ils sont tous bourrés de clichés et ne savent rien dire d’autres à part "Yeah" ou "Mmh, ok". Sérieusement, entre le rappeur raté ou le lanceur de couteau avec un Q.I. de poule, c'est à se demander où les développeurs sont allés chercher ça. Si vous vous attendiez à contrôler un personnage haut en couleur, avec une vraie histoire, qui touche, qui marque, auquel vous pourriez vous identifier, c’est loupé ! Pourquoi ne pas avoir mis comme dans les bandes annonces savamment réalisées un père de famille venant de perdre sa femme, son enfant, ou alors les cherchant et se démenant comme un diable pour les sauver ? La profondeur aurait été augmentée du fait d’avoir des personnages prêts à tout pour survivre et sauver ses proches ! De plus, ces sentiments désagréables de vide, de creux, de passivité et d’absence d’âme auraient pu être effacés. Mais non, à la place Techland nous collent des pèquenauds sans aucunes attaches sur l’île, sans aucunes raisons de subsister, sans aucuns buts réels, tangibles et compréhensifs ! Quel cruel manque d’humanité et de passion ! Vous avez tout simplement l’impression de jouer avec des vaches à foin. Des vaches que l’on bourre de missions sans saveurs, sans renouvellement, et qui acquiescent mollement avant d’aller accomplir la tâche demandée. Quel gâchis !

Un potentiel loin, très loin d'être bien exploité.

Pléthore de défauts irritants

Si les points positifs de Dead Island se comptent sur les doigts d’une main, les négatifs eux sont très largement supérieurs en nombre. En plus de la campagne débridée, des protagonistes totalement inintéressants, des missions rébarbatives et de l’ennui qui vous saisit au bout de quelques heures à peine, d’autres sont présents. Comme par exemple le fait que le jeu ne fait absolument pas peur. Même pas un petit frisson de temps en temps, une accélération du rythme cardiaque à l’entente d’un hurlement strident, une hésitation de quelques secondes avant de se jeter dans une pièce obscure. Non, rien de tout cela n’est au menu. Dead Island est un jeu de zombie qui se la coule douce. Ces heures de jeu ne sont qu’une vaste balade de santé où on ne se pose pas de questions. L’ambiance n’est pas pesante, travaillée ou horrifique. Et c’est un immense manque pour un jeu de ce genre. Ensuite, les sauvegardes. Automatiques, elles se font au début et à la fin des missions. Bien sûr, il y a en également pendant les quêtes. Toutefois, celles ci ne servent qu’en cas de mort. Vous reprenez ainsi à la dernière "petite" sauvegarde. Oui, il y a petites et grandes sauvegardes. Les petites servent uniquement lors de la mort du joueur, les grandes sont là pour reprendre la partie après avoir quitté le jeu. Le seul problème, c’est que ces deux types de conservation des données ne sont pas différentiables l’une de l’autre. Ainsi, quand on ne sait pas encore lesquelles sont pour les décès et lesquelles ont une réelle utilité (car ce n’est jamais expliqué à un quelconque moment de la progression), il n’est pas rare d’avoir l’agréable surprise de devoir recommencer intégralement la mission que l’on avait laissé en cours la dernière fois. De quoi reprendre la partie de bonne humeur. Encore plus si c’était une mission principale relativement longue et que le trajet à refaire s’élève à plus d’une demi heure. Lamentable.

Mais le plus beau reste à venir. Le plus grand défaut du jeu, celui qui fait déchanter à vitesse grand V, celui qui cause la majeure partie de la désillusion, est que l’on nous a vendu du rêve avec des trailers magnifiques, poignants, émouvants et puissants pour finalement nous servir quelque chose de diamétralement opposé. Où est l’intensité ? Où sont les graphismes soignés de toute beauté ? Où est la peur que l’on ressent quand on croit apercevoir quelque chose du coin de l’œil ? Où sont ces personnages attachants, fouillés, avec une vraie histoire, un vrai but, une vraie raison de survivre ? Où est l’incroyable aventure humaine que l’on espérait tous ? N’importe où sauf dans Dead Island.
Les Plus
  • Les armes de fortune et les ateliers de réparations
  • Les arbres de capacités
  • Les quêtes annexes
Les Moins
  • Les graphismes très moyens
  • Légèrement trop gore
  • Le jeu s'essouffle bien trop vite par rapport à sa durée de vie totale
  • Une fin téléphonée, un peu comme le reste du scénario
  • Quelle déception !