Shogun 2 : l'art de la guerre redux

29 mars 2011
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Total War : Shogun 2 tient ses promesses et va même au delà. La force stratégique de la série est toujours présente avec une assimilation parfaite des éléments rendant cette période du Japon unique. En plus d'un système irréprochable, le jeu se targe de graphismes superbes et d'une direction artistique maîtrisée à la perfection, dans un style nippon sans jamais être vulgaire. Les campagnes sont de longue haleine, bourrées d’événements uniques et avec une rejouabilité quasi-infinie. Et comme ci ça n'était pas assez, un multijoueur nous fait l'honneur de sa présence apportant enfin la mort et la destruction à travers les confins du web. De bonne facture, ce dernier propose des modes immersifs et ambitieux qui combleront toutes vos attentes. Petite tâche de sang toutefois : l'intelligence artificielle devrait se faire seppuku pour racheter la crétinerie absolue dont elle fait preuve durant des batailles.

La série des Total War officie depuis maintenant plus de onze ans sur nos ordinateurs. Beaucoup de gens l'ont oublié mais le premier de la série ne se déroulait pas aux temps des croisades durant le XVIe siècle Japonais. Histoire de revenir sur ses racines, Creative Assembly s'offre une cure de nostalgie fort distrayante et d'excellente facture.

Attaquer de nuit vous confère un avantage certain sur votre adversaire.

La gué-guerre civile

Total War : Shogun 2 est un remake complet du premier épisode, ce qui implique l'utilisation du même contexte historique que dans le premier opus. Le jeu vous met dans la peau d'un daimyo, l'un des grands seigneurs féodaux de l'époque, qui se met en tête de devenir le shogun du japon, c'est à dire un "général" dirigeant le pays pour le compte de l'empereur. En effet, au début du XVIe siècle, le shogunat des Ashikaga est grandement affaibli par une guerre civile qui dure plus de dix ans. Face à un pouvoir central faible, trois hommes vont unir le Japon sous leur coupe et détrôner la dynastie des Asgikaga : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, et Tokugawa Ieyasu. L'histoire donna raison à Tokugawa dont le clan régna jusqu'au XIX siècle. Cette période trouble est appelée Sengoku Jidai, littéralement l'âge des provinces en guerre et contrairement à la grande Histoire c'est à vous de changer le cours des choses. Au menu donc, huit clans vous sont proposés afin de partir à la conquête des îles du Japon. Chacun des clans possède sa propre spécialité (cavalerie, archerie, construction) lui conférant divers bonus mais spécifiant également sa localisation de départ. Et bien que vous puissiez changer l'intelligence de l'IA, c'est avant tout votre fief originel qui va déterminer la difficulté de la campagne. En effet, commencer à l'intérieur des terres vous donnera du fil à retordre alors qu'être entouré par des étendues d'eau ne posera pas de soucis pour se défendre. Une fois installé, vous avez cinquante ans pour devenir shogun à la place du shogun. En plus des autres clans en compétition avec vous, les portugais et les pirates viendront se saccager comme il se doit vos plans de conquête. Et n'oubliez pas que le dit shogun ne se laissera pas faire. Mais rappeler vous : "À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire".

Les archers constituent le nerf de la guerre et peuvent vite faire pencher la balance.

Le soleil et l'acier

Si vous n'avez jamais joué à un Total War, un petit récapitulatif s'impose, sinon passez au paragraphe suivant. Le cœur du jeu vous propulse dans une campagne dont le but est limpide : la conquête totale du Japon. Vous avez cinquante ans pour accomplir ce but, chaque année étant divisée en quatre saisons et chaque saison constitue un tour de jeu. L'écran de campagne ressemble à une carte stylisée du Japon (avec de superbes estampes en guise de frontières) sur laquelle vous pouvez survolez votre fief ainsi que les régions frontalières. Chaque saison, vous récoltez les taxes de vos vassaux, vous pouvez construire diverses structures pour améliorer votre château ou le rendement du fief et vous gérez vos armées. Pour parfaire cet aspect gestion, les saisons jouent un rôle important (l'hiver, vos armées mourront de faim en territoire ennemi), les sauts d'humeur de vos paysans donnent la migraine et c'est sans compter sur les autres clans qui cherchent sans arrêt des noises. Fidèle aux principes de Sun Zu, Creative Assembly vous permet d'user de mille et un stratagèmes pour éviter l'affrontement armé avec vos compétiteurs. Moins complet qu'un Civilisation, l'onglet diplomatie vous permet toutefois d'établir des routes commerciales, d'offrir vos filles en mariage, de faire des alliances, etc. Ce panel d'options vous sera fort utile pour parvenir au rang de Shogun. D'ailleurs, libre à vous de ne pas annihiler les clans vaincus. Vous pouvez en faire vos vassaux si vous êtes d'humeur charitable, l'IA se chargera de gérer vos nouveaux fiefs. Les routes commerciales se font aussi en haute mer : envoyer un bateau marchant vers l'Inde ou la Chine et vous pourrez vous approvisionner en denrées rares. Toutefois, attention, les itinéraires marins sont une proie facile pour les clans ambitieux ou les pirates. Que vous le vouliez ou non, vous devrez éventuellement sortir le sabre pour assurer votre ambition.

Très jolies, les batailles navales restent toutefois soporifiques et peu intéressantes.

"Quelle vision pathétique !"

La guerre constitue l'autre mamelle des Total War. Adieu canons, fusils et caravelles, c'est l'occasion de se la (re)jouer médiéval et de foncer au corps à corps, sabre au clair. Chaque bataille peut être résolue automatiquement ou jouée manuellement. Les batailles se déroulent dans de superbes environnements affichant en temps réel plusieurs milliers d'unités en même temps. Chacune possède ses propres animations et ses propres réplique, en japonais bien sur. C'est beau, ça bouge bien et nous pourrions passer des heures à regarder nos petits bonhommes s'étriper avec le niveau de zoom maximal. Après avoir constitué vos armées sur la carte stratégique, il vous faut les utiliser consciencieusement. Comme toujours, le placement des unités sur la carte, l'utilisation du camouflage forestier, des archers, du dénivelé justifient à eux seuls la victoire ou la défaite sur le terrain. Pas de doute, nous sommes en terrain connu et c'est toujours aussi agréable à employer. Nouveauté agréable, votre daimyo pourra se joindre à la fête et utiliser les capacités gagnées durant les batailles précédentes grâce à un petit système d'expérience bien sympathique. Attention à ne pas le laisser mourir car sinon c'est la fuite assurée. La gestion du moral est encore plus importante qu'avant : les armées paysannes fuiront à la moindre éraflure tandis que les samouraï entraînés tomberont sans flancher. La mort du général adverse vous assure souvent la victoire. Mêlant avec justesse stratégie et joyeux foutoir, la partie bataille de Shogun serait parfaite si l'IA n'avait pas un comportement si cyclotomique. J'ai pu observer cette dernière fuir à vive allure alors qu'elle gagnait ou rester béate devant l'avancée de mes troupes. Bref, rien qu'un patch ne saurait corriger mais ça reste une tradition chez Creative Assembly.

Faciles à prendre en apparence, les châteaux japonais sont de véritables guêpiers une fois conquis.

Plus il y a de fous...

Si le cœur du jeu reste essentiellement le même et c'est peut être le plus gros reproche que l'on puisse faire à la série, la forme est encore plus alléchante que d'habitude. Pour faire couleur locale, l'interface a été complètement remaniée à grands coups d'estampes à l'encre de chine et d'illustrations traditionnels. Ajoutez à cela une musique enregistrée au biwa et des accents à couper au couteau : dépaysement garanti ! Blague à part, l'esthétique globale se voit doublée d'un fond historique intelligemment utilisé. La prolifération de la culture occidentale sur l'archipel rend les campagnes plus dynamiques les unes que les autres, vous forçant à choisir entre un isolement total ou à des avancées technologiques, moyennant l'arrivée de la chrétienté. L'apparition des ninja, des geisha et les metsuke ("yeux voyant partout", la police secrète) rend le système d'espionnage beaucoup plus souple et intuitif : assassinat, sabotage, corruption. La fourberie est donc à son paroxysme. La seule grosse nouveauté de Shogun 2 c'est l'apparition d'un multijoueur ambitieux qui tient toutes ces promesses. Deux grosses possibilités vous sont offertes : la campagne en coopératif avec un ami ou la conquête d'avatars. Cette dernière transforme le jeu en véritable MMO puisqu'elle vous propose d'intégrer un clan (un groupe steam) avec ses propres bonus et de partir à la conquête du japon. Un peu comme à l'époque de Command & Conquer, chaque semaine les victoires et les défaites de chaque clan sont évaluées et les frontières varient. Il est un peu tôt pour affirmer que le système marche parfaitement mais deux semaines après la sortie, les retours sont excellents. Enfin, le multijoueur a été parfaitement assimilé dans la machine Total War.
Les Plus
  • Esthétique parfaitement maîtrisée
  • Une campagne bien dirigée et intense
  • La recette Total War
  • Multijoueur de qualité
Les Moins
  • L'IA et ses problèmes psycho-moteurs
  • C'est la même soupe depuis onze ans