Test | Splatoon Raiders
30 juil. 2026

Seuls au monde

Testé par sur
Splatoon Raiders
  • Éditeur Nintendo
  • Développeur Nintendo EPD
  • Sortie initiale 23 juil. 2026
  • Genres Action, Third Person Shooter

« Nintendo présente... Splatoon Raiders. » Quelques mots introductifs grandiloquents réservés seulement aux franchises les plus prestigieuses de la firme de Kyoto : Super Mario, The Legend of Zelda, Metroid, Star Fox et puis désormais Splatoon. Premier spin-off tourné vers l'expérience "solo", en marge de l'esprit compétitif multijoueur de la saga principale, Nintendo y croit et souhaite faire de ce Splatoon Raiders un événement pour la licence comme pour sa nouvelle console. Ainsi, de ces premiers mots sentencieux en vient naturellement l'interrogation suivante : Splatoon Raiders est-il seulement à la hauteur de son postulat ? La réponse est oui, sans pour autant tomber dans le dithyrambe attendu.

L'histoire

En continuité directe avec les événements de Splatoon 3, les joyeux lurons du Tridenfer marquent leur grand retour ! Loin des feux de la rampe de la chaotique "Cité-Clabousse", le trio infernal s'est pris de passion pour "l'archipel Spirhalite", tout juste sorti des mers après un grand séisme qui a frappé l'univers bien étendu de cette saga. Songeant alors aux trésors qui les attendent, leur voyage ne se déroule malheureusement pas comme prévu : une tempête les force à atterrir violemment ; de plus, l'archipel est infesté de Salmonoïdes, créatures antagonistes aux Inklings et Octolings qui composent la civilisation du monde de Splatoon et qui sont également des personnages que le joueur incarne d'un épisode à l'autre.


Coincé avec pour simple horizon le grand bleu, le groupe du Tridenfer aura besoin de l'aide de l'avatar du joueur qui, dans Splatoon Raiders, prend l'identité d'un "mécano". Point de gamin des rues, héro malgré lui, qui cherche à se faire un nom dans les arènes des jeux de la franchise ; ici, l'avatar est plus aguerri, maître de ses mains et des compétences en construction qui lui permettront d'explorer en long et en large l'immense archipel qui s'impose devant cette minuscule troupe. Après quelques minutes à peaufiner le look et l'esthétisme de son avatar (dont les options sont plus limitées qu'à l'accoutumée, postulat oblige), le "mécano" est prêt à se jeter corps et âme dans le bain d'une exploration riche, variée et surtout dense.


De son script davantage scénarisé, Splatoon Raiders ne perd pourtant rien du charme habituel de la licence : pittoresque, amusant dans les dialogues, mais offrant aussi une double-lecture alarmiste et sérieuse de ce monde plus décédant qu'il n'y paraît, en décrépitude. Pour les petits, c'est un régal d'humour, notamment grâce à une traduction française toujours aussi soignée ; pour les grands, ils seront ravis d'y voir qu'en s'investissant dans la trame (soit en prêtant notamment attention aux différents documents que l'on y découvre au gré de l'aventure) que le monde de Splatoon Raiders se veut assez "complexe" (toute proportion gardée, naturellement), offrant une critique environnementale somme toute pertinente, plutôt loin du simple manichéisme promis.


Enfin, pour les connaisseurs de la première heure, ainsi que les amoureux du "fil rouge" et des petits détails dissimulés ici et là, ils seront heureux à l'idée de lire et d'apprendre que ce spin-off répond à quelques questions posées depuis le second opus. De fait, Splatoon Raiders invite, puis réunit tout le monde à sa grande tablée : il en est tout autant une merveilleuse porte d'entrée à la série qu'une récompense de longue date pour celles et ceux qui y auront investi des centaines d'heures par le passé.
Le vent se lève... Il faut partir à la chasse aux trésors !

Le principe

Ces hordes d'ennemis au loin n'attendent qu'une chose : être aspergées par votre encre.

La promesse d'offrir aux joueurs une expérience solo dans l'univers de Splatoon n'est pourtant pas entièrement nouvelle. En effet, il faut bien comprendre que chaque jeu de la saga a toujours su offrir une aventure à faire tout seul de son côté, loin de la foule déchaînée des modes principaux proposés. Cependant, la démarche était autre : plus de plateformes, un peu moins de tir coloré sur les adversaires ; des puzzles et non pas des territoires à envahir à l'aide de l'encre de ces mollusques humanoïdes. Des "à-côté" charmants, assez courts, mais différents de l'expérience de base promise par les opus numérotés. Splatoon Raiders, lui, fait fi de cette approche : moins de plateformes et moins de puzzles, dans l'objectif de proposer le format multijoueur classique, dont celui-ci aurait été esseulé.


Ainsi, la progression de Splatoon Raiders s'apparente à de grands niveaux où l'action n'est pas sans rappeler l'excellent Salmon Run des jeux Splatoon 2 et 3 : enfermés dans une arène, le joueur et ses acolytes doivent survivre le plus longtemps possible face à des hordes d'ennemis (les fameux Salmonoïdes) de plus en plus agressives, le tout en récoltant des ressources, prenant la forme d'œufs de poisson. Dans ce spin-off Raiders, la logique ludique est la même, mais cette fois-ci elle a été implémentée dans une variété de niveaux proprement conçus. À l'action s'ajoute désormais l'exploration, donnant lieu à un cocktail frénétique tout bonnement addictif. Il est de ces jeux où il est difficile de poser la manette, de ne pas répondre à l'appel d'une "petite partie supplémentaire". Raiders fait bien partie de ceux-ci.


Dans cette frénésie, il est avant tout question de minutie. Le label "rigueur" de Nintendo a son importance et Splatoon Raiders ne fait pas figure d'exception : si l'on peut regretter une présence moins prononcée des obstacles de plateforme, c'est parce que ces derniers sont utilisés en tant qu'instances de repos, dans lesquels le joueur récupère son souffle avant d'affronter la prochaine vague d'ennemis, toujours plus assourdissante et impressionnante dans le nombre proposé. Le dynamisme d'ensemble ne s'arrête pour ainsi dire jamais : que cela soit dans des lieux clos chronométrés (avec objectifs à remplir à la clef) ou dans des sous-sols à explorer, Raiders fait foi de mécaniques admirablement bien huilées. Tout y est à sa place, au bon moment, mais aussi au bon endroit. Un véritable bijou d'orfèvrerie qui se fait, malgré tout, au coût de l'originalité.


Splatoon reste Splatoon, une licence forte de son concept, unique et toujours sans concurrence directe, cela même une décennie après la sortie du titre originel. Néanmoins, nul doute qu'à la proposition d'un spin-off, l'on aurait pu rêver de quelque chose d'un peu plus original, ambitieux, plutôt que la simple transposition "solo" d'un mode "multijoueur". Raiders offre une expérience sur "sentiers battus" : la promesse d'un voyage vers l'inconnu pourtant bien familier.
L'addiciton comme nourrice de la frénésie

Le multi

À l'aide de joueurs du monde entier, aucun défi corsé ne paraît insurmontable.

Isolé du reste du monde, mais pas tant que cela au fond. Il s'avère que l'archipel Spirhalite est peut-être plus peuplé d'autres aventuriers ou "mécanos" en tout genre que ce que l'on aurait pu croire. En effet, Splatoon Raiders est avant toute chose un jeu Splatoon et que serait la licence sans sa composante multijoueur qui a su faire ses beaux jours auprès du public ? Si Raiders inverse la tendance de la saga principale (en faisant du "solo" la quintessence même de l'expérience et le multijoueur un "à-côté"), la possibilité de partager la découverte de ce monde avec autrui n'est jamais bien loin. Sauf qu'ici, c'est bien du "partage" qu'il est question et en aucun cas de la compétition.


En effet, si "l'entraide" est au cœur même du mode Salmon Run des opus précédents, l'objectif restait tout de même de récupérer plus de ressources que ses comparses. Une dimension complètement occultée par Splatoon Raiders : tout le monde est ici dans le même bateau et l'objectif est bien d'atteindre le trésor à la fin du niveau, en affrontant des monstres qui, seuls, auraient posé un bien trop grand challenge aux joueurs. Un mur à contourner et un petit coup de pouce pour y arriver, tels sont les prémices du mode en ligne proposé par Raiders : avec des amis ou des inconnus du monde entier, le principe est toujours similaire, soit d'arriver au bout du tunnel parsemé d'obstacles, sans jamais se tirer dans les pattes.


À la seule différence que si l'aventure peut être réalisée intégralement avec des amis qui possèdent le jeu sur leur Nintendo Switch 2 (jusqu'à quatre joueurs au total), avec des inconnus les options seront plus réduites : soit le joueur propose son aide envers celles et ceux qui en auraient besoin, soit ce même joueur fait une demande pour qu'on lui vienne en aide sur un raid jugé trop difficile (en étant limité à une demande toutes les trente minutes, afin de ne pas se reposer simplement sur les lauriers des autres). Un système qui s'apparente à des bouteilles jetées en mer, dans l'espoir que quelqu'un y réponde. Thématiquement, cela fonctionne à merveille ; puis, à l'image de tout ce que le titre propose, ces options en ligne sont également assez addictives, d'autant plus que la difficulté se voit adaptée au nombre de joueurs présents, ainsi qu'aux niveaux de ces derniers. Une présence particulièrement efficace dans un titre qui se vantait pourtant de proposer une aventure solitaire.
Tous sur la même barque, tous sur le même bâteau, promis au même naufrage

Pour qui ?

Nombreux sont les objets à récolter au gré de l'aventure afin d'améliorer vos compétences.

Au cours d'un entretien avec les développeurs du jeu, le producteur de Splatoon Raiders, Seita Inoue, s'est exprimé sur la raison d'être de ce spin-off :
Comme il ne s'agit pas d'un jeu compétitif, nous avons cherché à le rendre accessible aux novices et à celles et ceux qui n'ont pas joué à Splatoon depuis un certain temps.

Qui dit compétition dit écart de niveau important et après trois opus orientés autour de cet aspect, autant dire que les aficionados commencent à en être bien rodés. Difficile, en ce sens, d'introduire des nouveaux joueurs à la licence. Ceci explique pourquoi Raiders n'est pas le titre le plus expérimental qui soit. Le but est très clair : reproduire la frénésie des parties multijoueurs de la saga, tout en permettant au joueur de souffler, d'y aller à son rythme sans être pressé par les autres. D'où la nécessité, par ailleurs, de laisser tomber le cadre urbanistique si essentiel à Splatoon (mais qui invite à sociabiliser avec autrui) au profit d'un environnement insulaire, où le joueur y règne seul en maître. Un choix efficace, mais qui perd en originalité, tant les biomes traversés sont connus pour quiconque ayant joué à un jeu Nintendo dans sa vie. Plages, volcans, montagnes enneigées, tout y est, dans cet ordre, tel un abécédaire à réciter par cœur.


Si ce n'est pas dans la conception des environnements que le jeu puise sa force, que le joueur se rassure sur la qualité ludique de Raiders, car cette production livre une expérience forte en customisation manette en mains. En effet, la liberté proposée dans le choix des "builds" est pour le moins massive, sans jamais pour autant perdre l'accessibilité attendue du géant japonais. La variété des outils est exemplaire et change radicalement la manière d'appréhender les objectifs. Mieux encore, si toutes les armes sont certes tirées des jeux précédents, elles ont été ici recontextualisées pour pleinement fonctionner avec l'approche aventurière de cet épisode : à titre d'exemple, auparavant, le pinceau n'était guère utile en jeu solo ; ici, il trouve un usage bien singulier. Un rééquilibrage de fond qui était nécessaire, dans l'optique de fournir la maniabilité la plus réussie à ce jour pour la série. Un bel exploit.


Un travail d'horlogerie que l'on retrouve, par ailleurs, dans la communication des informations. Pas de longs textes à lire pour comprendre les mécaniques, les développeurs mettent le joueur directement au cœur de l'action, par le biais de segments tutoriels qui prennent la forme de petits défis à surmonter, sans pression temporelle. Ces derniers gagneront en difficulté au fil de l'eau, présentant par ailleurs la versatilité des outils à disposition. À noter, enfin, que ces challenges annexes ne sont pas sans rappeler certains des titres majeurs de la GameCube : évoquant Super Mario Sunshine, voire Pikmin 2 pour certains d'entre eux. À bien des égards, Splatoon Raiders évoque les jours heureux de la console cubique de Nintendo, au doux parfum d'une ère révolue.
La compétition n'est-elle pas, au fond, la forme civilisée du conflit ?

L'anecdote

Les environnements traversés sont souvient bien trop familiers, assez quelconques.

À l'annonce de Splatoon Raiders, il y avait de quoi être quelque peu inquiet : si voir la saga s'ouvrir vers d'autres contrées et genres est réjouissant sur le papier, j'admets (à échelle très personnelle) avoir été dubitatif à l'idée d'une campagne solo étendue, craignant de voir la série suivre des tendances actuelles (à l'instar des "rogue-likes" ou "extraction shooters" qui peuvent noyer le marché) au détriment de tout ce qui fait le sel, mais aussi le charme de cette licence. Il n'en est rien, toutes les marques de Splatoon sont belles et biens là, renforçant encore davantage l'absurdité de l'univers (notamment sur le nom des créatures et des niveaux, tous des jeux de mots culinaires en français), la direction sonore si unique, ainsi que des combats de boss déjantés dans leur dynamisme et dans leur design. Mention toute particulière adressée à la dernière bataille de l'aventure principale. En effet, si la saga n'a jamais déçu dans ses affrontements finaux, celui-ci obtient un lauréat pour son caractère "stupidement épique". Un combat d'anthologie qui conclut dans les honneurs la première partie de ce spin-off.


S'inscrivant dans la continuité des autres grandes productions de Nintendo de l'ère "Switch" : le point final de l'expérience ne l'est pas vraiment, puisque débute alors toute une seconde partie et surtout seconde quête à l'aventure (avec son propre boss final, original qui plus est). Au joueur, il lui faudra ainsi une quinzaine, voire vingtaine d'heures pour atteindre le générique de fin une première fois ; une durée que l'on peut augmenter vers la cinquantaine pour poursuivre ce qui se présente à lui ensuite. Un contenu colossal, mais qui, cette fois-ci, vient avec son lot de redondance : pour être à niveau, il faudra bien évidemment repasser par certaines missions et mondes déjà explorés, ne serait-ce aussi que pour gagner en équipements adéquats. Un investissement sur le long terme qui vaut le coup, du moins pour peu que l'on adhère à la boucle de gameplay proposée. Sans quoi, Splatoon Raiders peut paraître terriblement redondant.


Le jeu offre ainsi une porte de sortie pour celles et ceux qui auraient été satisfaits par ce que le titre propose, sans pour autant en demander plus. Pour les passionnés, une toute autre sélection de défis complexes s'offre à eux. Contrairement à ce qu'affirme Seito Inoue en interview, l'aspect compétitif "qui fait le tri" parmi les joueurs demeure bel et bien là, il se faisait néanmoins davantage attendre.
Un gloubi-boulga de références pour un cocktail final proprement déjanté de surréalisme
Les Plus
  • Un univers visuel et audio qui n'a décidément rien perdu de son charme, ainsi que de sa superbe
  • Une transposition "solo" réussie de toute la frénésie habituelle des jeux de la série
  • Riche en outils de customisation, sans jamais perdre les "lettres de noblesse de l'accessibilité"
  • Très addictif dans sa succession de niveaux et d'idées
  • Une composante multijoueur convaincante
  • Une traduction française soignée, amusante dans tous les jeux de mots proposés
  • Une double-lecture de l'intrigue qui saura récompenser les adultes et les passionnés de la licence
  • Des boss déjantés pour un final en apothéose
Les Moins
  • Un titre qui, au regard de son postulat, aurait pu encore gagner en originalité
  • Des environnements quelconques à parcourir, "à la Nintendo"
  • Une certaine redondance attendue dès lors que la seconde partie du jeu s'ouvre
Résultat

S'inspirant des tendances et mouvances instaurées par les grandes corporations de l'industrie, Splatoon Raiders atteste une nouvelle fois que celui que l'on aime surnommer "le petit artisan du jeu vidéo" n'a rien perdu de sa rigueur. Une véritable minutie dans le design des différents éléments proposés habite cette nouvelle production, sans pour autant que celle-ci sorte des chemins d'ores et déjà bien établis. Onze ans après le premier Splatoon, la série reste toujours aussi rafraîchissante d'épisode en épisode, mais il est indéniable que l'on se rêvait d'avoir quelque chose d'un peu plus créatif pour cette expérience vendue alors comme singulière face au reste. En ce sens, Splatoon Raiders est bien un jeu sur Switch 2 : une justesse implacable dans le ton et le développement, gageons simplement que l'ambition et l'audace d'antan refassent surface un jour.

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Tribune libre