Test | 007 First Light
13 juin 2026

Permis de briller

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007 First Light

Quand IO Interactive – le studio derrière la formidable licence Hitman – a annoncé qu'il s'emparait de la licence James Bond, la promesse était vertigineuse. Les meilleurs artisans de l'infiltration aux commandes de l'agent secret le plus célèbre du monde. Un mariage sur le papier presque trop parfait pour être vrai. Et pourtant. 007 First Light est là, et il tient ses promesses jusqu'au dernier gadget. Alors, simple coïncidence ou balle en plein cœur ?

L'histoire

Le jeu nous plonge dans la genèse d'un Bond encore brut de décoffrage. Pas encore l'agent imperturbable qu'on connaît, mais un gars de la Navy qui se retrouve propulsé dans une mission de MI6 avec pour seul accueil ce commentaire lapidaire : "Un bleu. Il faudra faire avec." La première séquence, échouée sur une côte islandaise balayée par des vents violents, en dit long sur l'ambition du titre : aucune interface à l'écran, une immersion totale, et un James qui découvre l'intrigue exactement en même temps que nous, cagoule et parka récupérées sur place pour passer inaperçu parmi un groupe d'ex-militaires aux accents variés. Malin. Vraiment malin.


Le scénario embarque ensuite Bond aux quatre coins du monde – la Mauritanie et son fascinant bazar d'Aleph au milieu de carcasses de paquebots, les ruelles londoniennes, le Vietnam et ses lodges de luxe – le tout agrémenté d'androïdes, de fuites de données et de haute technologie. Tous les codes sont là : le débrief avec M, les gadgets de Q, la James Bond Girl, une Aston Martin blindée rutilante, et un mentor qui – spoiler mais c'est un classique – finira par casser sa pipe. L'inévitable base secrète du grand méchant, nichée en Antarctique, sert de décor à un final grand spectacle comme on les aime. Sur 25 heures de jeu, le scénario tire parfois un peu en longueur et certaines ficelles restent visibles, mais IO Interactive est suffisamment doué pour que ça ne devienne jamais vraiment gênant.
Né sous une parka islandaise

Le principe

Si ça ressemble beaucoup à un Hitman, c'est normal.

Si vous êtes fan d'Hitman, la première mission sur le terrain ne vous dépaysera pas une seconde. 007 First Light est un jeu d'infiltration dans l'âme, avec toute la liberté d'approche qui va avec. Les environnements sont généreux et alambiqués – mention spéciale au bazar mauritanien qui offre plusieurs routes différentes – et la gestion des foules est impressionnante, avec des centaines de personnages à l'écran, dans la grande tradition d'Assassin's Creed Unity.

"Les espions vivent et meurent dans l'ombre, Bond. Si vous voulez une médaille, participez aux Jeux Olympiques." – M

L'entraînement à Malte pour maîtriser combats, parkour, conduite et tir est un modèle du genre, calibré avec une précision chirurgicale dans son dosage narration/gameplay. Et les petits détails font sourire : dans le labo de Q, un bras robotique vous suit du "regard" pendant toute votre visite, et on peut même déclencher la vidange du réservoir d'huile d'une voiture – avec les conséquences fâcheuses que vous imaginez pour l'employée qui passait par là.


Le "permis de tuer" n'est cependant accessible que lors de séquences de fusillade bien identifiées – trahies par un décor opportunément reconfiguré en couvertures (planches, murets, le syndrome Uncharted, quoi). Lorsque votre couverture est grillée, le mode infiltration cède la place aux échanges de plombs. Vous pouvez tenter de vous recacher – c'est difficile, mais possible. Ce qui est moins possible, en revanche, c'est de dissimuler les corps, une lacune surprenante pour un jeu si axé sur la discrétion.
Dans l'ombre ou dans le fracas ?

L'emballage

Les intérieurs sont souvent très détaillés : c'est un régal de les traverser.

La mise en scène est impeccable, digne d'un Uncharted, et c'est sensible dès la première heure. Le générique d'ouverture avec la chanson de Lana Del Rey – composée spécifiquement pour l'occasion – fonctionne à merveille : on est dans un James Bond, point. Les séquences d'action grandes spectacle se succèdent sans temps mort, (c'est encore plus vrai dans les derniers niveaux) : une fusillade dans un musée où les murs couverts d'écrans LED brouillent le repérage des ennemis, une poursuite en camion benne dans les rues de Londres où vous pouvez projeter les Land Rover adverses contre les obstacles d'un coup de volant, ou encore ce décollage épique qui évoque autant les grands moments de la franchise que les acrobaties de Tom Cruise.


Et au milieu de tout ça, quelques instants de poésie inattendue – un robot qui imite Bond jouant du piano, un appartement retrouvé après un drame avec ses parties de cartes inachevées, ou encore ce niveau au Vietnam d'une beauté à couper le souffle (et le livret A) – qui donnent enfin de l'épaisseur à ce jeune James.


Petite ombre au tableau : le jeu est bavard, très bavard, et n'est pas doublé en français. Des dialogues qui interviennent en pleine action ou au volant d'un véhicule – une habitude à la GTA – compliquent sérieusement le suivi pour les non-bilingues.
Aussi classe que son héros

Pour qui ?

James n'a pas le temps de niaiser ? Si, si, ça lui arrive.

Les fans d'infiltration et les amateurs de la franchise Bond seront aux anges. Les joueurs qui ont apprécié la série Hitman retrouveront leurs marques immédiatement. Mais soyons honnêtes : les premiers niveaux, très marqués "école d'espions", pourraient agacer ceux qui y verront un buddies movie façon Netflix – le genre de production où des jeunes gens attachants apprennent à devenir des héros entre deux vannes. Ce James fêtard et sans attaches a de quoi déstabiliser quand on a passé une décennie à regarder Daniel Craig incarner un Bond taillé dans le granit. Ce décalage s'estompe heureusement au fil du jeu – une scène avec Greenway, son sensei, finit par le rendre touchant – mais il faut consentir à lui laisser le temps. Moneypenny rajeunie, on finit par trouver ça charmant. Ce Bond-là aussi.
Permis exigé, mais pas obligatoire

L'anecdote

Quand vous êtes perdu, suivez les "signes". Spoiler : vous ne serez jamais perdu.

Je grimpe une paroi rocheuse quelque part en pleine mission. L'ambiance est tendue. Et là, bien visible sur la pierre : une touche de lichen savamment disposée, une prise d'escalade teintée de bleu électrique, et – pour les moins observateurs – une flèche peinte à même le mur. Bienvenue dans le balisage façon 007 First Light. Le jeu indique très explicitement où grimper, où sauter, où progresser, à grand renfort de marquages colorés jaunes ou bleus et de détails visuels qui ne laissent guère de place au doute.


Tomb Raider et Uncharted font la même chose depuis des années, soit. Mais ici, l'effet est particulièrement flagrant – peut-être pour maintenir le rythme soutenu de l'action, ce qui se défend. Reste que pour les joueurs qui aiment explorer et sortir des sentiers battus, ce balisage omniprésent peut avoir un effet légèrement castrateur. J'ai failli en oublier que j'incarnais un espion et non un randonneur bien équipé.
Suivez la flèche, l'agent Bond vous regarde
Les Plus
  • Un mise en scène digne des meilleurs blockbusters
  • Tous les codes Bond respectés à la lettre
  • L'immersion totale dès les premières minutes
  • Des environnements variés et un level design astucieux
  • Des séquences d'action mémorables et épiques
  • Généreux en détails et même quelques moments de poésie
  • Une gestion de foule impressionnante
  • La chanson de Lana Del Rey parfaitement calibrée
  • Près de 25 heures de jeu sans se lasser
Les Moins
  • L'absence de doublage français
  • Impossible de cacher les corps
  • Des dialogues en pleine action difficiles à suivre
  • Les premiers niveaux "école d'espions" qui peuvent agacer
  • Un scénario qui tire parfois en longueur
  • Le balisage visuel omniprésent et castrateur
Résultat

007 First Light est sans doute la meilleure adaptation de James Bond en jeu vidéo. IO Interactive a su marier son expertise en infiltration avec tous les codes de la franchise, du débrief avec M au labo de Q en passant par des fusillades spectaculaires et une mise en scène au cordeau. Ce jeune Bond, encore brut et un peu fêtard, ne propose pas encore la rugosité d'un Daniel Craig – et le scénario accuse quelques longueurs sur la durée – mais la promesse est tenue avec brio. Une origin story ambitieuse, rythmée et pleine de personnalité, qui donne envie de voir la suite. Mission accomplie.

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