Grand Theft Auto III

17 juin 2002
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4

En attendant, GTA 3 est un pur bonheur. A condition, bien sûr, de comprendre que ce n'est qu'un jeu qui manie le second degré à la louche. N'empêche, dans cette caricature plutôt honnête des métropoles américaines, il est difficile de ne pas se sentir un peu visé. Ce n'est pas vraiment le fait de se défouler en bravant tous les interdits qui dérange. Comme dirait l'autre, j'ai passé toute la semaine à écraser des badauds et je n'ai même pas eu envie de me garer sur les passages piéton. Il faut dire aussi que le couplet moralisateur sur la violence des jeux responsable de la violence des rues, fait divers à l'appui, on commence à bien le connaître. GTA 3 est d'ailleurs un excellent contre-exemple : ce sont les jeux qui s'inspirent de la réalité et pas l'inverse. Non, ce qui gêne plutôt, c'est que Liberty City est salement réaliste. Caricaturale oui, mais jusqu'à quel point ? C'est peut-être le seul petit arrière-goût qui reste coincé au fin fond du gosier quand on arrête de jouer et qu'se dit, avec une petite hésitation : heureusement que ce n'est qu'un jeu.

GTA 3 ne fait pas dans la dentelle, pas plus que ses prédécesseurs. Il est toujours question d'incarner un truand qui gagne de l'argent en volant des caisses, en assassinant des rivaux et en protégeant les pontes de la pègre. Oui, on a vu mieux comme CV de héros. Ici, pas question de défendre la veuve et l'orphelin, on protège plutôt la pute et le maquereau. Les traditions se perdent. M'enfin, c'est ce qui fait l'intérêt de GTA 3. Tout le gameplay repose sur cette affreuse tentation : le jeu s'installe dans une ville contemporaine très crédible dans laquelle il est possible de faire tout et n'importe quoi, de préférence n'importe quoi.

Interdit aux moins de 60 ans

Lorsque les premières images de GTA 3 sont apparues, tout le monde a cru à du précalculé. Il faut dire que jusque là la saga ne s'était guère illustrée par sa réalisation graphique. GTA, pour Grand Theft Auto, a surtout surfé sur la vague du scandale en proposant un gameplay simple mais immoral : devenir caïd à la place du caïd. En commençant par des petits boulots mafieux, de chouettes jobs d'étudiant en grand banditisme. Evidemment, il arrivait que quelques piétons se fassent écraser ou que quelques policiers intègres succombent dans l'exercice de leur fonction (ce qui, au passage, a passablement agacé les syndicats français ; on les comprend). GTA 3 repart sur les mêmes bases mais ajoute cette fois-ci une réalisation exemplaire qui change tout. C'est que ça devient agréable à jouer désormais.

Le choix des armes

On est entièrement libre. On peut faire tout ce qu'on veut, à pied comme en voiture. On peut voler une caisse en éjectant son conducteur, rouler à contre-sens sur le périphérique avec les flics aux trousses ou tabasser avec une batte de base-ball d'innocents passants qui déambulaient tranquillement, les salauds. On peut même ramasser des putes. On peut aussi flâner, découvrir la ville et ses différents quartiers calqués sur n'importe quelle métropole américaine, sans aucun chrono stressant. Liberty City la bien nommée comprend des zones très folklos comme Chinatown, les docks, les quartiers résidentiels ou les immeubles de bureaux. Des zones très typées pour qu'on se repère très vite. Evidemment, on peut parfaitement respecter le code de la route en pilant aux feux rouges ou en évitant scrupuleusement les piétons. On peut. Mais il vaut mieux pas.
 

Evil is good

Vu que le coeur du jeu consiste en une succession de missions dans lesquelles la rapidité est de mise, il vaut mieux s'entraîner à prendre les virages au frein à main, quitte à écraser quelques piétons. C'est que quand il s'agit de braquer un fourgon et de se tirer avec le magot, le savoir-vivre et le code de la route n'ont plus vraiment cours. Inutile de dire que le bon samaritain qui laisserait traverser mamie avec quatre voitures de police à ses trousses n'irait pas bien loin. GTA 3 est amoral et il faut donc jouer méchant pour gagner. En écrasant tout donc, l'accélérateur, la gâchette et les petites vieilles.

Un peu de finesse

Ceux que tant de violence laisse pantois peuvent toutefois opter pour les différents challenges du jeu. Et là, il faut reconnaître qu'on en trouve un joli paquet. Des tremplins sont cachés un peu partout dans la ville et permettent de gagner de l'argent en effectuant des cascades. On peut aussi faire la chasse aux colis planqués dans les recoins de la ville, juste pour le plaisir de se dire qu'on les a tous trouvés. Ou voler toute une liste de bagnoles à rapporter discretos sur les docks. En braquant certains véhicules, des missions annexes sont aussi disponibles, comme éteindre des incendies avec un camion de pompier, arrêter des criminels à la Chase HQ en leur rentrant dedans avec une voiture de police (dure à voler celle-là), ou jouer à Crazy Taxi en déposant le plus vite possible des clients. La liste est déjà longue mais elle continue. Certains téléphones publics permettent d'organiser un rodéo urbain façon Fast & Furious ou d'effectuer des missions secondaires pour des petits caïds locaux. Détail amusant, ces missions secondaires sont aussi nombreuses que les missions principales.
 

Conduite en état de liberté

Ce qui stupéfie dans ce jeu, c'est la formidable liberté dont on dispose. On fait vraiment ce qu'on veut. Les piétons ne sont pas intouchables comme dans Midtown Madness. Et la ville est vraiment crédible. Quand on écrase un piéton, une ambulance débarque. Si on le fait devant une voiture de police, on se fait prendre en chasse. Si on tue un flic, d'autres rappliquent. Un hélicoptère surgit. Après, c'est carrément l'armée. Les badauds déambulent, certains volent des portefeuilles. D'autres éjectent le joueur à l'arrêt et volent sa voiture, calquant sa méthode. Certains conducteurs brutalisés ripostent à coup de poing ou d'arme à feu. Quand le joueur traverse et se fait klaxonner, il lève un doigt éloquent. La météo est gérée en temps réel avec du brouillard, des averses, un cycle jour/nuit... Bref, on s'y croit.

C'est bien foutu

Liberty City est une métropole crédible, bien américaine et bien caricaturale certes, mais crédible. C'est aussi une ville bien pensée pour le jeu. Non seulement on trouve plein de trucs à faire mais en plus le gameplay a été soigneusement étudié. Pour échapper à la police, il faut trouver des bonus spéciaux qui font chuter l'indice de recherche, passer dans un garage pour changer la couleur du véhicule, se planquer dans un coin isolé, s'éloigner suffisamment des flics ou changer de voiture. Oui, on a l'embarras du choix. En cas d'arrestation, toutes les armes sont confisquées et il faut payer une amende. En cas de décès, on se retrouve devant l'hôpital avec un peu moins d'argent, absence de Sécurité Sociale oblige. Décès et arrestations ne sont donc pas de gros handicaps, d'autant plus qu'on peut sauvegarder à tout moment en allant dans sa planque, sauf en cours de mission.
 

Ca manque un peu de muscle

Tous ces petits divertissements permettent de rompre la monotonie des missions principales qui s'enchaînent, il est vrai, sans véritable logique. Au début du jeu pourtant, le loosah qu'on incarne se fait descendre par sa petite copine qui se casse avec son butin. Elle est mignonne cette fille, mais elle aime pas partager. Le joueur benêt s'attendait donc, après une évasion mouvementée, à retrouver la garce et à lui faire la peau. Perdu, il faut d'abord jouer les larbins dans un scénario qui se fait attendre. Ce n'est pas que les innombrables missions soient lassantes, au contraire : entre le transport de macchabée, l'escorte de VIP, le casse ou la voiture à piéger, on ne s'ennuie pas. Non, c'est juste qu'on perd complètement le fil d'une histoire qui est longue à démarrer. Dommage.

Bien équilibré malgré tout

La ville du jeu est découpée en trois sections qui ne se débloquent qu'après qu'on ait fini un nombre donné de missions principales. Et il faut attendre la deuxième section, soit une bonne quinzaine de missions grand minimum, pour que le scénario décolle enfin. C'est long et du coup, on a un peu tendance à zoner à droite à gauche pour se changer les idées et gagner un peu d'argent. Ce qui n'est pas plus mal finalement puisque GTA 3 est entièrement conçu dans cette optique. C'est juste que le cloisonnement habituel entre le moteur du jeu (gérer tout Liberty City) et le gameplay (maintenant qu'on a une ville, on en fait quoi ?) est un poil trop visible. Mais ça marche quand même très très bien. Une mission est particulièrement dure ? Hop, une petite balade, une petite mission secondaire, et on repart avec un nouveau véhicule déniché au détour d'une ruelle, plus rapide ou plus puissant en fonction des besoins. Ou avec plus d'argent à aller dépenser à l'armurerie du coin. C'est bien vu, surtout que la difficulté des missions est très inégale. Et que c'est en fouinant qu'on repère un Humvee, un bus ou un truck pour tout défoncer, une Viper pour tracer comme un goret, voire un gilet pare-balles salvateur.
 

Abominablement bon

A pied ou en voiture, GTA 3 est un pur bonheur. La maniabilité est excellente, au pad ou au clavier, et le moteur physique de chaque véhicule est vraiment bien fichu. La différence entre un break familial et une Viper est évidente, non seulement en vitesse de pointe mais aussi en adhérence et en reprises. En fait, au début, on s'amuse à voler un exemplaire de chaque véhicule juste pour le plaisir de les conduire. En pleine mission, il n'est d'ailleurs pas rare de faire demi-tour pour récupérer un véhicule croisé en sens inverse qui suscite la convoitise. Par rapport à la version PlayStation 2, le clavier et surtout la souris permettent de se sortir haut la main des règlements de compte à pied, assez pénibles au pad et particulièrement difficiles pour qui ne s'est pas bien équipé (grenades, Uzis, gilet pare-balles). Les missions avec le fusil de sniper sont également beaucoup plus agréables, la visée étant un jeu d'enfant. Seule l'absence de support des volants est un peu dommage pour les courses-poursuites. Diriger son bonhomme à pied avec un volant aurait été certes un peu ballot, mais ça démange de conduire avec un bon retour de force quand on voit la qualité du moteur physique.

Une conversion réussie

Techniquement, GTA 3 fait honneur au PC. Les graphismes ont été légèrement retouchés, les véhicules arborant de jolis reflets chromés. La profondeur d'affichage est bien meilleure et le jeu arrête de saccader tout le temps comme sur PlayStation 2. Les temps de chargements sont également bien plus courts, disque dur oblige, et le jeu a le bon goût de ne plus imposer de chargements après le lancement d'une partie ou d'une sauvegarde. Excellent pour l'immersion. Pour faire la fine bouche, les esprits chagrins peuvent toujours reprocher les sauvegardes en fin de mission seulement, méthode typiquement console. Mais vu que les missions sont courtes, une poignée de minutes en général, ça ne gêne pas. Ceux qui n'ont pas un gigahertz au compteur, 512 Mo de RAM et une carte graphique dernier cri risquent également de faire un peu la gueule : même en 640x480, ça ne passera pas. C'est qu'il faut quand même gérer toute une ville hein, n'oublions pas, et que c'est un portage console. Ceci explique cela. L'absence de multijoueur est enfin bien regrettable, même si en solo la durée de vie est colossale ; c'est vrai que ça aurait été chouette de faire la fête dans Liberty City entre potes. Bah, il faut bien que les développeurs justifient une extension ou une suite.
Les Plus
  • La liberté totale, mais vraiment totale
  • Le côté délicieusement immoral
  • Des missions bien variées
  • Les missions secondaires innombrables
  • La ville vraiment bien fichue
  • La réalisation globale
Les Moins
  • Enorme config impérative
  • Un scénario bien dilué
  • Le multijoueurs absent