Le Parrain 2, une offre qui se refuse

28 mai 2009
Testé par sur
Disponible sur
1
  • Éditeur Electronic Arts
  • Développeur EA Redwood Shores
  • Sortie initiale 10 avril 2009
  • Genres Action, Aventure

Quelle déception ! Le Parrain 2 est un jeu qui n'atteint pas ses ambitions, ni le même niveau que ses concurrents d'ailleurs. La violence des exécutions, la capture de rades et de territoires, la montée en puissance progressive avec la levée d'une armée et son équipement très progressifs donnent envie de s'accrocher, c'est sûr. Mais la réalisation médiocre, les graphismes laids, les environnements vides, les animations ratées, l'intelligence artificielle lépreuse et les cinématiques miteuses cassent l'ambiance en moins de deux. Les fans de la trilogie n'y trouveront pas leur compte, pas plus quel es habitués du genre. De quoi regretter amèrement le mélange si réussi de barbarie et de lyrisme qui ont fait la réputation et le succès de la matière originale.

C’est la guerre ! Le Parrain 2 vous offre l’occasion de rejoindre une Famille, et pas n’importe laquelle : celle des Corleone, une des plus puissantes de la ville. Directement placé sous les ordres de Mickaël, le fils modèle qui a pris une nouvelle dimension depuis qu’il a assassiné un flic, vous allez apprendre les rudiments du métier : le racket, les interrogatoires musclés, les fusillades, les sabotages et les bagarres. Un menu alléchant mais qui se révèle très vite indigeste, à cause de quelques tares techniques vraiment graves.

Les exécutions sont particulièrement sanglantes et brutales.

Juste l’emballage

Le Parrain 2 commence plutôt bien, à Cuba, en pleine révolution ; si vous avez vu le film sur la vie de Che Guevara, vous savez à quoi vous en tenir. Le jeu se passe sur une terrasse d’hôtel, entre trois répliques et deux feux d’artifice. L’occasion de se rendre compte que les graphismes ne sont vraiment pas "nouvelle génération" : textures simplistes, architecture dépouillée, animations réduites, le tout fait vraiment très pauvre. Même les interactions sont vraiment réduites, qu’il s’agisse du décor ou des dialogues avec les filles qui traînent dans l’hôtel. Mais le pire vient quand même de certaines modélisations, dont celle de Mickaël : les développeurs n’ont pas eu le droit d’utiliser l’image d’Al Pacino, ce qui nuit gravement à l’immersion. Même les cinématiques sont ratées : dialogues creux, mise en scène ultra plate, Francis Ford Coppola doit s’arracher les cheveux. Sans le thème de Nino Rota, servi un peu à toutes les sauces, on aurait peine à se croire dans l’univers du Parrain.

Vous recrutez régulièrement des hommes de main : saboteur, médecin, etc

Mini missions

Après une évasion mouvementée de Cuba, le jeu reprend à New York ; plus tard, la Floride sera aussi au programme. C’est là que l’intérêt décolle vraiment : à New-York, votre but est de vous emparer des rades ennemis pour assoir votre empire – enfin, celui de la Famille. La méthode est simple : vous repérez une boîte de strip-tease, un entrepôt, un garage sur la carte, ou vous suivez docilement le petit radar. Arrivé sur place, après avoir volé une voiture, écrasé quelques piétons et semé les flics assez difficilement (ils sont du genre coriace), les choses sérieuses commencent. Le but est de se frayer un chemin jusqu’au boss en trucidant ses larbins, une tache ingrate vu les quantités limitées de munitions... et l’intelligence artificielle vraiment rudimentaire. Les scripts vraiment pauvres font que le jeu tourne très vite au tir aux pigeons, à débusquer les clampins qui campent derrière une table ou un muret. Ce n’est guère mieux avec les quelques acolytes qu’on recrute régulièrement pour nous épauler, et qui ont souvent tendance à balancer un cocktail molotov mortel dans nos jambes... merci, les gars !

Plutôt que de vous embêter à faire une mission, confiez-la à un saboteur. Résultat guaranti !

C’est qui le boss ?

Du coup, les combats se cantonnent à camper ou à foncer sur un ennemi pour le trucider à bout portant en appuyant sur le bouton dédié aux exécutions : dans ce dernier cas, les meurtres sont d’une violence inouïe. Le sang gicle, la caméra zoome et se penche, les coups pleuvent, quand ce n’est pas une rafale lâchée en plein buffet qui fait pas tressauter la victime façon électrochocs : c’est simple, on dirait des Fatality. C’est également, de tout le jeu, ce qui rappelle le plus les pires exécutions des trois films ; en comparaison, les fusillades font très série B. Une fois le boss en face de soi, il faut l’intimider en trouvant la meilleure méthode, à vrai dire la seule prévue par les développeurs ; ce n’est pas bien dur, le joueur est pris par la main avec de grosses icônes. Selon les cas, il s’agit d’enflammer son bar, d’exploser les télés chez un revendeur ou de défenestrer à moitié un gars... sans le faire tomber. Ces passages sont vraiment variés et amusants, surtout quand on entend les tenanciers arrogants se mettre soudain à pleurnicher. Le tabassage en règle fonctionne aussi, mais attention à ne pas tuer ces victimes quatre étoiles : vous avez besoin d’eux pour empocher le blé et faire tourner le commerce, dès qu’ils ont fait allégeance à la Cause – la vôtre. Très sympa, même si là encore les interactions faiblardes avec les personnages non joueurs peinent à convaincre. Impossible de conclure avec les strip-teaseuses d’un club par exemple, ou de parler à la majorité des clients d’un bar.

C'est sur cette carte que vous observez votre territoire et planifiez vos attaques.

Le vrai cœur du jeu

Capturer des commerces appartenant à l’ennemi et les défendre ne permet pas seulement de récupérer du blé : à force, vous et vos hommes de main recevez des bonus comme des gilets pare-balles ou des voitures blindées. Pratique. La montée en puissance est bien gérée, elle donne envie de s’accrocher et de finir le jeu ; elle s’accompagne aussi d’un recrutement progressif : médecin, saboteur, tous les talents sont dans la nature – à vous de les trouver pour constituer une armée. Ces alliés vous sauveront la mise en vous ranimant sur le champ de bataille ou en découpant un grillage pour vous permettre de contourner l’ennemi, voire en perçant des coffres forts. Attention quand même aux pyromanes en herbe un peu maladroits... Ce système de territoires à conquérir est très bien fait et c’est clairement la grosse nouveauté de cette suite, celle qui justifierait l’achat. Malheureusement, la réalisation atroce plombe régulièrement l’intérêt, qu’il s’agisse des cinématiques, des graphismes ou de l’animation. L’immersion en prend un coup, fatalement, que vous soyez fan de la trilogie ou des jeux d’action en général. Un beau ratage en somme, vu que le jeu perd sur les deux tableaux.
Les Plus
  • La conquête de territoires
  • Les séances de persuasion musclée
  • Les exécutions sommaires
Les Moins
  • La réalisation à jeter : graphismes, animations, décors, cinématiques
  • L'intelligence artificielle exécrable