Test | Darwin's Paradox
25 mai 2026

Mignon dehors, sadique dedans

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Darwin's Paradox
  • Éditeur Konami
  • Développeur ZDT Studio
  • Sortie initiale 2 avr. 2026
  • Genre Plateformes

ZDT Studio, c'est quatre vétérans parisiens – VFX de cinéma, ex-Arkane, ex-Focus Home Interactive – qui signent là leur tout premier jeu. Et ils ont choisi de le faire avec Darwin, un poulpe mignon comme tout dont l'espèce est malheureusement considérée comme un mets de choix par les humains. Sur le papier : un platformer coloré, une DA qui sent bon Pixar, une atmosphère légère. Dans les faits : un jeu qui n'a strictement aucune pitié. Beau premier coup, vraiment – mais pour qui, exactement ?

L'histoire

Darwin est un poulpe. Un poulpe dont l'espèce est considérée comme un mets de choix par les humains – ce qui rappelle immédiatement l'univers d'Oddworld et son usine de mise en conserve de Mudokons. Ce n'est pas un hasard : le pitch même du jeu installe une tension tragicomique, entre la candeur du personnage et la brutalité de son environnement. Notre héros n'a rien demandé. Il veut juste vivre.


L'histoire, sans révéler ses surprises, l'emmène à travers décharges, usines alimentaires et autres lieux peu recommandables pour des créatures marines. La fin, un peu abrupte, laisse clairement entendre qu'une suite se prépare dans un tout autre décor.
Bienvenue à l'abattoir, Darwin

Le principe

Vous allez finir en conserve. Ou en friture. Ou les deux.

Darwin's Paradox est un platformer en scrolling horizontal et vertical, dans lequel vous guidez Darwin à travers des niveaux truffés d'obstacles, de pièges et d'ennemis variés. Notre héros s'accroche aux parois grâce à ses ventouses, nage, saute hors de l'eau, se camoufle et tire de l'encre. Les mécaniques s'enchaînent avec une certaine inventivité : passer dans des flaques fluorescentes pour éloigner les rats alentours (mais attention, l'effet est limité dans le temps, et il faut trouver une nouvelle flaque avant d'être dévoré) ou encore découvrir que cette même peinture fluo désactive vos ventouses quelques écrans plus tard.


La peinture fluo qui éloigne les rats mais désactive vos ventouses deux écrans plus tard : voilà le genre de petite cruauté bien pensée dont ZDT Studio a le secret.


Les idées sont là. Les mouvements de caméra apportent régulièrement une belle sensation de profondeur malgré le déplacement en 2D. Hélas, le jeu bascule assez vite dans le die & retry pur et dur, avec des séquences de tapis roulants ou de poursuites qui exigent une connaissance parfaite du parcours. Impossible de réussir un passage difficile du premier coup. Autant le savoir.
Glisse, accroche-toi, et recommence jusqu'à plus soif

L'emballage

Même remplis de fiente de mouettes, les environnements sont composés avec brio.

Dès les premières secondes où vous prenez le contrôle, c'est un régal visuel. Les fonds marins sont magnifiques, le rendu de l'eau particulièrement soigné, et l'ensemble dégage une atmosphère qui n'est pas sans rappeler un film d'animation Pixar. L'arrière-plan fourmille constamment de vie et de détails, ce qui rend les environnements vraiment vivants. La direction artistique ne se contente pas d'être jolie : elle renforce le ton décalé du jeu, entre zones idylliques et univers industriels oppressants. L'intro vintage des années 50, drôle et soignée, donne le ton dès le départ.


Côté son, on savoure un clin d'œil particulièrement bien senti lors des séquences de camouflage : le point d'exclamation, la musique emblématique dès qu'on se fait repérer... Metal Gear Solid est là, dans toute sa gloire. Ce qui est d'autant plus savoureux quand on sait que le jeu est édité par Konami – la maison mère de la saga Snake elle-même. Un hommage discret ? Un pied de nez affectueux ? Probablement les deux. Et clairement assumé.
Pixar sous les mers

Pour qui ?

En désobéissant à ces panneaux, vous allez avoir une drôle de surprise.

Sur le papier, Darwin's Paradox coche toutes les cases du jeu familial accessible. Dans les faits, c'est plutôt un Ori sous-marin sans possibilité de se défendre autrement que par la fuite. Les amateurs de platformers exigeants, habitués à recommencer inlassablement une séquence jusqu'à en maîtriser chaque pixel, trouveront leur compte lors des passages les plus corsés.


En revanche, les joueurs plus jeunes ou moins patients risquent de décrocher lors des séquences die & retry les plus sévères. Ce grand écart est d'ailleurs le principal problème du jeu : il attire par son allure mignonne et colorée, et piège les imprudents avec une difficulté qu'il n'annonçait pas clairement.
Le jeu qui ment sur sa tête d'affiche

L'anecdote

Moi, cerné par la difficulté de certaines séquences.

Je pensais avoir affaire à un jeu gentil où Darwin gambaderait joyeusement entre deux étoiles de mer. Et puis je suis arrivé au niveau subtilement intitulé "Décharge émotionnelle". J'ai souri. Mais sans penser une seconde que ce titre serait prémonitoire. Quelques écrans plus tard, les développeurs de ZDT Studio ont révélé leur vraie nature : des sadiques patentés dont l'unique objectif semble être de faire exploser, écraser, électrifier, ébouillanter et brûler mon pauvre poulpe qui, rappelons-le, n'a absolument rien demandé. Lorsqu'on meurt – et on meurt beaucoup – Darwin éclate littéralement. C'est rigolo. La cinquième fois. Moins la cinquantième.
La décharge émotionnelle (et le nom était prémonitoire)
Les Plus
  • Une direction artistique magnifique, ambiance Pixar
  • Des cinématiques vintage style 50's réjouissantes
  • Des mécaniques de gameplay inventives
  • Les environnements vivants avec des arrière-plans animés
  • Un héros attachant et des situations cocasses
  • Des séquences de camouflage amusantes (coucou MGS)
  • Un savoureux clin d'œil à Frogger
  • Des surprises cachées si vous sortez des sentiers battus
Les Moins
  • La difficulté non annoncée, die & retry sévère
  • Des séquences répétitives à timing trop serré
  • Des angles de caméra parfois gênants pour les sauts
  • Les ventouses s'accrochent sans consentement
  • Frustrant pour les joueurs peu expérimentés
  • La fin un peu brutale
Résultat

Darwin's Paradox est un jeu sincèrement attachant, porté par une direction artistique lumineuse, un héros rigolo et de vraies idées de gameplay. Mais il souffre d'un écart douloureux entre son apparence accessible et sa réalité impitoyable : les séquences die & retry les plus exigeantes – l'usine, les tapis roulants, les poursuites au millimètre – cassent le rythme et épuisent la patience avant d'épuiser celle du poulpe. Pour qui sait à quoi s'attendre, le jeu a beaucoup à offrir. Pour les autres, la surprise peut être un peu amère.

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