ARK : Survival Evolved

17 oct. 2017
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Espèce en voie d'extinction

Il est très difficile de comprendre comment des milliers de joueurs peuvent se passionner pour ARK : Survival Evolved. Pas spécialement joli, truffé d'effets kitsch, à l'interface qui mériterait que le designer soit fouetté en place publique, agrémenté de nombreux bugs de collision et surtout, péniblement rébarbatif. L'effort à fournir pour profiter de la promesse du jeu (chevaucher un dino) est trop grand pour une personne normalement constituée. Wildcard Studio semble avoir développé un titre bac-à-sable pour se faire plaisir, sans jamais se soucier de l'accessibilité du jeu à un public un peu plus large. Dommage car ça n'est pas l'envie de chatouiller du poil de dinosaure qui manque.

Disponible en accès anticipé depuis (trop) longtemps, ARK : Survival Evolved sort enfin "officiellement". Mais c'est un énorme brouillon de jeu que vous aurez entre les mains, à mi-chemin entre le bac-à-sable coopératif et l'enfer sur Terre où le seul credo qui vaille est le "débrouille-toi". Sans autre objectif que de gagner des niveaux, vous errez dans un monde hostile où le joueur semble être la dernière roue du carrosse.

L'histoire

Inexistante. Ou plutôt pleine de questions sans réponses. Wildcard Studio est parti du principe que ARK est un jeu de construction, mais en attendant vous êtes parachuté dans un parc à dinosaures : là-bas un ptéranodon se pose avec grâce, au loin un diplodocus majestueux broute des arbres, et juste à vos pieds un couple de dodos roucoulent en ignorant que vous allez les dépecer dans quelques minutes. Et à votre poignet, une pierre incrustée qui n'est clairement pas un souvenir de vos dernières vacances à Bali.

Comment êtes-vous arrivés là ? Devez-vous vous enfuir ? Pourquoi ces dinos coexistent alors que pour la plupart des millions d'années séparent leurs espèces ? Devez-vous aller quelque part ou vous fabriquer un abri pour la nuit ? Pourquoi Hammond a-t-il sciemment recréé des vélociraptors pour son parc familial ? Autant de questions qui resteront sans réponses, car Wildcard Studio se fiche un peu de ce que vous pouvez vous demander. Votre seul but dans la vie : piocher.

Dimanche soir, je vais déprimer dans ma cabane en tourbe (avec un bon feu dedans, logique).

Le principe

Parachuté sur votre île, vous errez sur la plage. Les quelques premières minutes sont l'occasion de vous émerveiller sur la richesse de la faune et de la flore. Et de vous étonner de la multitude d'effets de lumière, qui semblent traduire une volonté d'en faire trop côté direction artistique. À force d'appuyer sur les touches de la manette, vous trouvez comment ramasser une pierre et quelques branchages. Puis vous tapez sur des bambous et c'est numéro un. Un détour inopiné par le menu provoque d'abord un cri d'effroi. L'interface catastrophique de gestion du personnage, des capacités et de l'inventaire mériterait à lui seul un manuel de 800 pages. Mais il n'en n'est rien, vous vous débrouillez tant bien que mal et tadaam ! Vous voilà équipé d'une pioche.

La suite est logique. Plus vous ramassez de matériaux, plus vous accumulez d'expérience, plus vous débloquez de nouveaux objets à construire : plans pour une cabane, feu, arc, flèches, bonnet, pantalon... Vous voilà devenu un véritable Robinson, explorant chaque jour qui passe un peu plus loin votre île. Il ne vous manque plus qu'un Vendredi. Ça tombe bien, l'étape suivante est de dresser des dinos pour en attaquer de plus gros. Mais avant d'y arriver, armez-vous de courage : vous allez mourir souvent (heureusement sans perdre tout ce qui a été bâtit), ramasser beaucoup de bois et de pierre, et finir par vous ennuyer à tabasser d'innocents petits dindons. Le démarrage est aussi long qu'inintéressant et les véritables combats arrivent si tard dans le jeu que seuls les joueurs capables de passer des heures à taper sur des rondins pourront y participer.

Une bonne journée de boulot passe par des tonnes de bois et de pierre ramassés.

Le multi

ARK : Survival Evolved peut tout à fait se joueur tout seul, dans son coin. Mais comme l'union fait la force, les plus téméraires seront tentés de créer leur tribu. Vous passez alors en ligne, en coopératif et offensif avec d'autres joueurs. Chaque tribu défend son territoire et c'est en collectant ensemble des ressources que vous développerez efficacement votre campement. Vous pouvez également partager vos engrammes (les plans des objets à créer) avec vos compagnons d'infortune. Ceci pour au final être plus efficace lors des combats contre les grosses bestioles et, à terme, vaincre les trois arènes disséminées sur la carte.

L'interface catastrophique par laquelle vous devez systématiquement passer pour construire un truc.

Pour qui ?

Le fan de dinosaures que vous êtes peut être tenté par l'aventure ARK et cela peut se comprendre. Mais il va falloir vous raisonner. Le jeu est une tannée. D'une part, rien n'est fait pour vous aider à entrer dans son univers. Avec une interface aussi accueillante qu'un guichet de Pôle Emploi aux heures de pointe, le titre n'aide vraiment pas à se sentir à l'aise. Une fois passé l'aspect moche, c'est surtout le pratique qui lui fait défaut. Construire un mur de cabane nécessite un ensemble de manipulations dans votre inventaire dont il aurait été aisé de se passer. Les raccourcis sont un imbroglio de n'importe quoi, tandis que les engrammes sont tout bonnement illisibles à l'écran.

Mais surtout, vous passerez littéralement des heures à ramasser des cailloux, tailler des silex, couper du bois, chasser des bêtes innoffensives avant de sentir le moindre frisson d'excitation vous parcourir. Monter à dos d'un gros bestiaux de 200 tonnes n'est pas donné aux joueurs pressés. Et pour atteindre le niveau nécessaire, les étapes sont longues et répétitives, voire abrutissantes. Si toutefois la liberté offerte par cette immense île vous fait tourner la tête, vous pouvez décider d'abandonner votre campement et foncer vers le nord, là où les grosses bestioles habitent. Mais vous savez que c'est un voyage sans retour, car ça n'est pas votre pioche à faible PV qui viendra à bout d'un féroce carnassier.

Une milliseconde avant ma mort (et l'abandon définitif de ce jeu)

L'anecdote

Au tout début du jeu, l'ivresse d'un parc à dinosaures m'a envahit. Je suis parti, la fleur au fusil, dans l'idée de développer une société en adéquation avec son environnement. J'ai vite déchanté. La première chose à faire est d'abattre quelques arbres pour vous fabriquer des outils et un abri. J'ai voulu me contenter des arbres échoués sur le rivage, mais malheureusement leur rendement était insuffisant. C'est la mort dans l'âme que j'ai alors déboisé un pan entier de la presqu'île qui m'a accueilli. Une fois le travail accompli, j'ai pu contempler la clairière ainsi créée, sans que les conséquences n'en soient clairement visibles. Mais dans la vraie vie, cela impliquerait la disparition progressive d'espèces. À quoi bon se lancer dans un jeu de construction si d'emblée on demande au joueur de saccager son environnement et d'aller s'installer plus loin si les ressources sont épuisées ? Quel abruti cet être humain...
Les Plus
  • Se promener au milieu des dinosaures
Les Moins
  • L'interface, un cauchemar
  • Pas d'objectifs, pas de guide, débrouillez-vous !
  • Couper du bois, ramasser des pierres, couper du bois, ramasser des pierres, couper...
  • Aussi maquillé qu'une voiture volée