Get Even

21 juil. 2017
Testé par sur
Disponible sur
4

Alice au pays des VRmeilles

C'est quasi un sans faute pour Get Even. L'histoire, intelligente et profonde, mixe enquête policière et questions cyberpunk autour de la réalité virtuelle. Elle est servie à la fois par des graphismes dignes d'une superproduction et une ambiance sonore à tomber. La tension est maîtrisée tout du long et c'est avec une certaine appréhension que vous épluchez les couches de souvenirs des deux personnages principaux, jusqu'à craindre découvrir la réalité qui se cache derrière quelques arrangements avec leur mémoire. Get Even est l'occasion d'explorer un titre ambitieux qui tient parfaitement l'équilibre, là où beaucoup se sont violemment cassé le coin de la figure. Merci The Farm 51, ce fut un plaisir de partager ces souvenirs avec vous.

Savoureux croisement entre les films Source Code et ExistenZ, Get Even en récupère le meilleur pour vous le servir dans un jeu intense, sombre et extrêmement bien ficelé. Tel un chirurgien armé de vos pinces et scalpels, vous entrez au plus profond de l'âme de nos deux protagonistes pour traverser une expérience techno-dramatique unique.

L'histoire

Vous émergez dans un vaste complexe abandonné. Un pistolet à la main, vous consultez votre smartphone sur lequel quelques photos et un SMS vous aiguillent : vous devez sauver une ado kidnappée. Éliminant furtivement les quelques gardes, vous trouvez enfin la fille, ligotée, une bombe accrochée à son cou. Mais trop tard. L'explosion vous laisse K.O. et vous vous réveillez dans un hôpital psychiatrique abandonné, tandis qu'un mystérieux "Red" vous guide par haut-parleur. Les quelques autres malheureux internés ont sur la tête un casque de réalité virtuelle qui leur permet, selon Red, de soigner leurs maux en revivant des souvenirs. Vous comprenez que vous en avez aussi un devant les yeux et commencez à vous demander si vous êtes éveillé ou dans un de vos propres souvenirs...

La trame narrative Get Even est plus épaisse que le mur de la meilleure chambre capitonnée. Ça n'était pas un défi gagné d'avance car plus vous avancez, plus vous épluchez cet énorme oignon scénaristique qui a plus de couches en stock qu'un senior incontinent. À la manière d'un Inception ou ExistenZ, vous entrez consciemment dans plusieurs niveaux de souvenirs pour reconstituer, par bribes, des scènes oubliées. Red vous y guide avec un objectif qui dépasse celui de vous aider. En effet, votre personnage, Black, est davantage impliqué qu'il n'y paraît dans l'enlèvement de cette ado et Red, l'inventeur du casque de réalité virtuelle, est bien déterminé à comprendre ce qui s'est passé. Black, ex-militaire puis voyou, était le chef de sécurité d'un fabricant d'armes et a été envoyé par son patron dérober un prototype chez le concurrent. Ce dernier, dévasté par ce vol, va tenter de soudoyer Black pour le retourner contre son patron... Mais Black est plus malin que ça et ne laisse pas si facilement Red fouiller dans ses souvenirs.

Mesdames et messieurs, voici le PSVR 2.0

Le principe

Même si le jeu suit une construction linéaire, Black revit des souvenirs par morceaux éparses qui s'emboitent peu à peu. Mais sans jamais vous laisser perdu en route, ce qui est une prouesse remarquable de Get Even : jamais vous ne vous sentirez dépassé par la trame narrative. Pour cela, Black enquête sur différentes affaires qui toutes sont reliées par leurs protagonistes : le vol du prototype, l'enlèvement de l'ado, mais aussi le meurtre d'un caïd dans ce même entrepôt (et Red vous aide à comprendre en quoi ces deux affaires sont liées)... Pour chaque "mission", Red a disposé les éléments de preuve dont il dispose dans l'asile abandonné : photos, mails, mémos vocaux. Vous les récupérez au fil de votre progression qui s'apparente davantage à l'exploration d'un esprit torturé et une fois armé de suffisamment d'éléments, vous plongez dans le souvenir de la scène de crime. Évidemment, vous, enfin Black, ne se rappelle de rien : Red est là pour vous guider et vous aider à recoller les morceaux. Mais aussi votre smartphone qui se révèle être indispensable : scan de preuves, GPS, lampe infrarouge, il se greffe à votre arme et ne quittera jamais votre main ni votre regard.

Ces souvenirs se distinguent en deux parties : d'abord l'exploration active de la zone, qui peut souvent nécessiter des affrontements avec des ennemis. Les phases de combat sont nerveuses et le Corner Gun, ce prototype dérobé qui a la faculté de vous faire tirer à 90° est une invention prodigieuse et un allié de taille. Écoutez les conversation, trouvez de nouveaux indices pour déclencher des séquences clés de l'histoire. Enfin, la seconde phase est plus introspective et plus abstraite : vous évoluez à travers des bribes de souvenirs, plus fortes émotionnellement, souvent enfouies, qui en disent davantage sur l'aspect psychologique des personnages auxquels vous êtes confrontés. L'ensemble des souvenirs sont revisitables à l'envie pour être complétés et consolidés par la suite.

Bon alors les gars, qui a fait le coup ? C'est moi, peut-être ? (oups)

Pour qui ?

Get Even est un étrange mais réussi mélange entre un jeu d'exploration introspectif et émotionnellement fort, avec des personnages richement construits que l'on découvre au fur et à mesure de l'avancée ; et un FPS contemporain au système classique mais efficace, avec quelques innovations intéressantes au niveau des armes et de la progression - notamment quand vous incarnez Red et devez absorber les personnages ou les traces de souvenirs pour vous déplacer. Le tout dans une ambiance glauque à souhait mais au rendu impeccable. Les séances d'urbex sont assez dingues, tant par l'ambiance que les détails des différentes pièces. Sans jamais vous perdre dans cet immense labyrinthe (le bâtiment et les souvenirs), vous progressez avec l'appréhension grandissante de découvrir la vérité...

J'avoue, j'ai flippé quand je me suis retourné

L'anecdote

Un des gros point forts de Get Even est la tension, perceptible à tout moment du jeu. Dès les premières minutes, l'ambiance musicale, lancinante, industrielle, se fait de plus en plus insistante, de plus en plus présente, pour finalement occuper presque tout l'espace au paroxysme de la tension. Si le son contribue fortement à l'expérience du jeu, la direction artistique de haut niveau n'y est pas étrangère non plus. L'univers contemporain saupoudré de cyberpunk un peu sale m'ont particulièrement accroché. L'impact que ces casques de réalité virtuelle ont sur leurs utilisateurs et l'exploration de leurs souvenirs pose de sacrées questions. Clairement, les polonais The Farm 51 ont trouvé la combinaison parfaite pour Get Even et plus j'avançais dans le jeu, plus je voulais en savoir sur chacun des personnages. Et à la manière des niveaux, la trame générale suit également une tension grandissante jusqu'à devenir explosive dans les dernières minutes de jeu... à tel point qu'il est possible de ne pas connaître toute la vérité si le joueur estime qu'elle est trop dure à entendre. Et sincèrement, chapeau aux acteurs qui ont prêté leur voix, car avec ce dénouement dramatique ils m'ont laissé relativement silencieux pendant le générique de fin.
Les Plus
  • L'ambiance sonore qui accompagne la tension : musique indus et voix anglaises au poil
  • La direction artistique : très haut niveau
  • La profondeur du scénario sans jamais vous perdre
  • Le sujet de la VR exploré avec ingéniosité
  • Le Corner Gun : tellement cool !
  • Vous aimez l'urbex ?
Les Moins
  • Les gardes parfois un peu benêts