Yesterday Origins

22 nov. 2016
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2

Un arrière-goût du passé

Avec son style à l'ancienne, Yesterday Origins a un côté attachant et nostalgique qui vous fera volontiers replonger dans l'ambiance si particulière que procure un point and click des plus classiques. Cependant, c'est aussi son point faible. Légèrement rébarbatif par ses interactions rigides, son manque d'originalité dans la mécanique et des héros pas très sympathiques, le titre déçoit sur des aspects qui influent directement sur la motivation pour avancer dans le jeu. Si toutefois, sans vous lancer dans une épopée grandiose, vous ne craignez pas repasser dix fois dans la même pièce, tenter de combiner tous les objets de votre inventaire jusqu'à trouver une solution improbable, ou au contraire vous creuser les méninges pour vous placer dans la cervelle du game designer (parfois un peu vicieux), Yesterday Origins vous satisfera suffisamment pour vous faire avancer.

Avec son look légèrement cartoon et ambiance BD, le point & click Yesterday Origins rappelle les heures glorieuses du genre sur PC, quand on passait des après-midi entières à combiner divers objets de son inventaire pour se décoincer d'un passage tordu. En digne héritier, le titre de Pendulo Studios a tout de la pièce archéologique dénichée en brocante un dimanche ensoleillé. Alors, bonne trouvaille ou fausse bonne idée ?

L'histoire

John est un homme aux multiples passés. Immortel depuis plusieurs centaines d'années et un rituel satanique, il enchaîne les vies et les petites amies, jusqu'à se trouver une copine qui se paye aussi le luxe de l'immortalité. Lorsqu'ils meurent, chacun reprend son apparence d'au moment du rituel, ce qui leur redonne ainsi une nouvelle jeunesse. Pratique quand les rides arrivent (Pauline, sa copine, se sert d'un pruneau dans la cervelle comme on s'appliquerait de la pommade anti-âge). John, lui, a un souci : mourir revient à tout oublier. Eh oui, lors de son rituel, un ingrédient indispensable a été omis, le rendant amnésique à chaque reboot. Il s'est donc constitué au fil des années un journal de bord qu'il consulte pour savoir qui il est. Au fil de l'histoire, les héros font constamment référence à des personnages ou des situations arrivées dans Yesterday, le premier titre de la série. Si vous n'y avez pas joué, vous avez l'impression d'écouter une blague à laquelle tout le monde rit mais vous êtes le seul à ne pas en avoir saisit le sens, ce qui n'a pas le mérite de mettre à l'aise.

Dans Yesterday Origins vous jouez de manière croisée la jeunesse de John avant sa transmutation, alors qu'il n'est que disciple de ce prêtre satanique, et le John d'aujourd'hui, antiquaire en proie à des flashbacks de ses vies d'avant, en train de sceller le deal de sa vie qui sauvera sa copine immortelle et lui d'une faillite proche. Avec cette question qui vous taraude : pourquoi n'a-t-il pas placé 100 anciens francs sur un compte bloqué en l'an 1900 ? Malheureusement pour John et son immortalité, des titres ont depuis rendu les héros un peu plus attachants, avec par exemple Life is Strange qui a su profiter de l'évolution du genre pour installer davantage son scénario.

La mécanique classique du jeu : combiner des idées et objets pour déclencher des actions.

Le principe

Pour les quelques joueurs du fond qui ont appris à lire avec Call of Duty, un point and click, comme son nom l'indique, consiste à déplacer votre curseur sur des objets ou des personnages, et cliquer dessus pour déclencher des interactions. Des dialogues, par exemple, qui vous en apprennent davantage sur la trame, ou des objets, pour les combiner ou les utiliser avec des éléments du décor ou des personnages. La plupart du temps, ça ne fonctionne pas, c'est ça qui est drôle : vous devez chercher, vous creuser les méninges, tester, recommencer, vous demander pourquoi les game designers ont un cerveau si tordu, vous féliciter une fois que vous avez réalisé la combinaison la plus improbable qui déclenche enfin la suite de l'histoire...

Yesterday Origins n'y coupe pas. Découpé en une douzaine de chapitres qui sont autant de tableaux relativement restreints, vous ne pouvez pas vous promener bien loin à chaque fois. Au mieux, trois à quatre salles vous sont accessibles, ce qui limite (heureusement) les déplacements hagards et combinaisons hasardeuses. En suivant la trame scénaristique relativement simple et les objectifs clairs donnés à chaque étape, vous explorez l'environnement et ramassez tous les objets que vous pouvez, ça servira bien à un moment donné. Les personnages croisés peuvent être scrutés avant de leur parler, ce qui peut révéler quelques indices et déclencher des dialogues complémentaires, trop rarement décisifs.

Faut pas l'emmerder le papy sénile.

En effet, beaucoup de ces dialogues n'ont aucune influence sur la trame. Lorsque vous avez le choix entre insulter ou cajoler un personnage, vous aurez tendance à vouloir déclencher les deux dialogues successivement pour voir la conversation complètement épuisée et ne rien louper ; mais le personnage ne se souviendra de rien et l'ordre choisit n'a aucune conséquence. D'autre part, l'accès à certains dialogues ou objets est parfois assez retord et nécessite d'observer autre chose pour que le héros pense à une idée. Ce qui, par association, déclenche une interaction invisible précédemment. Mais c'est parfois légèrement tiré par les cheveux et comme dans tout point and click depuis leur invention, vous errez de pièce en pièce, créant des combinaisons erratiques dans le but, au bord du désespoir, de déclencher ce que le jeu attend de vous. Fort heureusement, cela ne vous arrivera pas souvent.

Il faut tout observer, mais les commentaires étranges surprennent.

Pour qui ?

La quête du héros sur son passé est un prétexte intéressant pour explorer différentes facettes de sa personnalité à deux époques différentes, qui se font écho. La direction artistique plus proche du dessin animé que du jeu réaliste apporte une dimension légère, malgré des dialogues et situations plutôt adulte. Les blagues salaces ne manquent pas dans les différentes réflexions à voix haute du héros. Le style réellement old school de Yesterday Origins par sa prise en main des plus classiques (je pointe, je clique, je gère mon inventaire), ravivera le souvenir d'une époque heureuse pour les moins jeunes d'entre nous. Avec ses quelques énigmes et casses-tête dans l'ensemble pas trop compliqués, le titre se laisse dérouler avec un entrain partagé entre l'envie d'en découdre et le léger ennui apporté par un héros pas très attachant.

La pire interface à gérer à la console. Comptez 60 secondes par tentative de mot. Adieu.

L'anecdote

La version console de Yesterday Origins souffre de quelques lourdeurs liées à la gestion au stick du jeu. Clairement destiné à un environnement clavier / souris, ce genre a du mal à être transposé dans le salon et le titre n'y échappe pas. Votre personnage est d'une lenteur et d'une rigidité qui vous feront réfléchir à deux fois avant de changer de pièce, tandis que tous les items avec lesquels vous pouvez interagir sont marqués d'une croix à l'écran, quand vous êtes suffisamment proche. Cependant, votre personnage doit impérativement regarder dans leur direction pour les activer. Nombreuses sont les fois où j'ai dû me replacer, un demi-pas à droite, un tiers de pas à gauche, tel un danseur de Madison, jusqu'à m'orienter correctement.

Revenons sur une fonctionnalité intéressante mais sous-exploitée du jeu. Dans certains chapitres, vous pouvez jouer à la fois John et Pauline, en switchant de personnage. Cela permet de découper l'intrigue en deux avec des objectifs séparés et de s'aider mutuellement dans deux zones de jeu distinctes. Mais arrive le moment le plus awkward du jeu : un dialogue entre les deux héros, fâchés, que vous contrôlez vous-même ! Les deux en même temps. Autant vous dire que le dialogue, censé être houleux et nécessiter des décisions fortes dans la répartie, devient aussi excitant qu'une partie de Qui-est-ce à laquelle vous jouez contre vous-même...
Les Plus
  • À l'ancienne !
  • Un bon rythme dans l'aventure globale
  • Chercher, combiner, tester... Si vous appréciez, foncez
  • Aurait fait un carton en 1999 !
Les Moins
  • À l'ancienne :(
  • Les dialogues n'ont globalement aucune incidence
  • La prise en main sur console apparait rigide et peu maniable
  • Les personnages ne sont pas très attachants, voire antipathiques
  • La vulgarité de certains dialogues n'apporte pas grand chose à la trame