Deus Ex : Mankind Divided

16 oct. 2016
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4

Le cyberpunk augmenté

Deus Ex : Mankind Divided est une réussite à tous les niveaux. La prise en main se fait naturellement et suit votre attitude plus ou moins offensive. La richesse de l'environnement vous offre de multiples possibilités pour mener à bien votre mission, tandis que l'ambiance sonore et visuelle vous plongent dans un monde totalement unique. Vous êtes à la fois effrayé de ce futur potentiel et attiré par ses sombres facettes. Le scénario ne se contente pas de suivre une simple ligne droite, ce qui apporte une certaine profondeur à l'histoire même si cela devient parfois un peu difficile à suivre quand les protagonistes se multiplient. Quant aux missions secondaires proposées par les personnages annexes, n'imaginez pas vous contenter de les boucler en quelques tours du quartier ; tout aussi travaillées que les missions principales, vous aurez tendance à les suivre avec autant d'assiduité et d'excitation.

Figure incontournable de l'esprit cyberpunk dans le jeu vidéo, la licence Deus Ex a marqué les esprits. Depuis sa reprise par Eidos Montréal, les joueurs découvrent l'univers sombre d'Adam Jensen, homme augmenté de capacités cybernétiques impressionnantes qui l'aideront à démanteler une machination planétaire. Deus Ex : Mankind Divided poursuit l'aventure brillamment initiée, s'imposant aujourd'hui comme un titre époustouflant par son ambiance unique.

L'histoire

Vous incarnez à nouveau le superflic Adam Jensen, un homme comme un autre qui a bénéficié d'augmentation assez dingos en tout genre : des bras qui soulèvent des frigos, des jambes qui amortissent les chutes de plusieurs étages, des yeux qui détectent les systèmes de sécurité, un cerveau qui hacke les caméras de sécurité à distance... Mais le monde va mal. Deux ans plus tôt, à la toute fin de Deus Ex : Human Revolution, les augmentés se sont fait pirater et se sont attaqués à leur insu aux non-augmentés (les "organiques"). Adam a réussi à enrayer le hack mais le mal était fait : les augmentés vivent à présent dans des ghettos, sont surveillés et écartés de la société. Ils ont perdu leur travail et la confiance de leurs pairs.

Dans ce contexte peu encourageant, au sein de la Task Force 29 d'Interpol à Prague que vous venez de rejoindre, vous enquêtez sur des attentats qui a priori n'ont pas de rapport entre eux. Vous rencontrez dans le but de l'arrêter le chef de la Coalition pour les Droits des Augmentés, reclus dans un ghetto réservé aux augmentés, identifié comme groupe terroriste et suspect numéro 1 des attentats en cours. Cependant, d'après ses révélations, il semblerait que ce groupe ne soit qu'un bouc émissaire dans une machination que Jensen est bien déterminé à dévoiler au grand jour, avec l'aide d'un groupe de hackers anonymes. Son cœur balance entre son employeur et ces hackeurs au grand cœur, et c'est à vous de décider vers qui votre loyauté vous pousse le plus.

Vous passez pas mal de temps accroupi à anticiper les mouvements des ennemis.

Le principe

L'essence même de la saga Deus Ex et sa force reposent sur une liberté assez large laissée au joueur, allant des petits riens dans une discussion à des choix qui modifieront en conséquence le scénario. Les personnages que vous rencontrez ayant tous des objectifs différents et pas toujours conciliables, vous devrez par exemple déterminer si vous souhaitez aider une petite frappe pour obtenir une information avec le risque de devoir violer la loi par la suite pour lui rendre service en retour, ou si vous optez pour la manière forte avec les conséquences proches d'une vendetta. Votre manière de jouer influe globalement sur le jeu ; vous avez ainsi dès l'introduction le choix entre des armes létales classiques, ou des armes non-létales comme un fusil à fléchettes qui endorment instantanément n'importe quel obstacle vivant sur votre passage. Ne pas tuer, c'est souvent faire preuve de clémence qui peut par la suite se révéler utile dans l'histoire.

Les augmentations de Jensen font également l'objet de toute votre attention : elles ne sont pas cumulables à l'infini et vous devrez construire votre personnage selon vos envies et besoins au fil du jeu. Certaines capacités sont indispensables pour choisir une des options possibles pour avancer dans la mission comme par exemple la puissance des bras qui peuvent ouvrir une brèche dans un mur, ou les poumons qui résistent au gaz toxique, pour suivre un couloir contaminé. Dans tous les cas, des alternatives sont possibles. Leur complémentarité et leur diversité se matérialisent dans un arbre de compétences efficace et on ne peut plus classique dans ce type de jeu.

Les missions principales et annexes reposent sur un système relativement classique : des discussions avec des personnages déclenchent la création d'un objectif ; la manière de l'atteindre vous appartient. Vous pouvez ainsi passer deux heures dans une banque pour trouver des documents cachés dans un coffre en mode infiltration sans vous faire repérer en alternant les déplacements par les conduits d'aération et le hack des caméras et robots de surveillance, tout en vous rendant par moments artificiellement invisible, le temps de passer sous les yeux d'un vigile un peu naïf. Pour obtenir le mot de passe d'un ordinateur verrouillé, fouillez les alentours pour trouver une note de service ou bien lancez-vous dans une séquence de piratage plus classique. Par contre choisir d'entrer l'arme au poing tel un Neo venu sauver Morpheus ne se révélera pas souvent payant. Lourdement armés, les policiers, voyous et vigiles ne sont pas une mince affaire à éliminer en groupe. Mieux vaut privilégier une progression furtive et des éliminations discrètes.

Le marché du ghetto, une fourmilière agréable à explorer.

L'ambiance

En jouant à Deus Ex : Mankind Divided, vous profiterez également de son univers richement travaillé. Les personnages que vous rencontrez ont chacun une histoire dont vous pourrez tirer le fil au cours de discussions, si vous vous intéressez à eux. Vous avez la possibilité de les ignorer, évidemment, ou si vous avez le temps de discuter de tout et de rien, ce qui peut parfois se révéler utile quand vous glanez quelques informations que vous n'auriez pas devinées tout seul, en choisissant les bons arguments en fonction du profil de votre interlocuteur. Les boites mail hackées, mais aussi les documents à lire disséminés un peu partout offrent du relief à l'histoire de ces personnages secondaires, ce qui ancre davantage notre héros dans une société en pleine crise. Vous n'êtes pas tout seul avec vos gadgets de Robocop, les autres aussi ont un cœur (artificiel pour certains).

Visuellement, Deus Ex : Mankind Divided se rapproche de la perfection, en poussant davantage les détails dans certaine séquences semi-jouables : des sortes de cinématiques interactives où vous pouvez bouger la tête, actionner quelques commandes, avant de prolonger la scène dans l'environnement de jeu classique. Tout au long de vos déplacements dans différents endroits aux ambiances très marquées, vous serez tenté de marcher lentement, observant les moindres détails du décors, regardant les personnages vivre leur vie. Cela est particulièrement frappant dans le ghetto des augmentés, Golem City : une sorte d'amas d'étages sans ciel ni soleil, qui n'est pas sans rappeler la noirceur de Blade Runner avec quelques touches du Akihabara de Ghost in the Shell. Eidos Montréal a réalisé un travail fantastique pour créer une ambiance et une atmosphères propres à cette série de Deus Ex.

Sens mon doigt !

Pour qui ?

Si vous avez avez apprécié Deus Ex : Human Revolution, ne vous privez pas de cette suite. Certes l'effet de découverte est passé mais Eidos Montréal nous fait l'économie des boss pénibles du premier opus, ce qui n'est pas plus mal. Pour les autres joueurs, le système de jeu général n'a rien de révolutionnaire, certes, mais il représente une fluidité et une intégration à l'environnement tels qu'il appuie tout naturellement le scénario. Votre progression en tant qu'augmenté qui continue de s'améliorer répond tout naturellement à l'évolution de l'histoire et n'apparaît donc pas comme un frein pour le joueur ; il n'y a aucune difficulté particulière dans la prise en main des augmentations et de leur évolution. Deus Ex : Mankind Divided s'adresse donc à tout joueur qui se plaira à déambuler dans une aventure cyberpunk extrêmement bien ficelée, prenante, riche et suffisamment longue pour apprécier le travail réalisé, sans sentir d'essoufflement au passage. De plus, les problématiques soulevées par le titre ne sont pas très éloignées de nos sujets au quotidien et il est fort probable que les augmentations finiront par toucher le grand public de manière assez large. Si le sujet vous intéresse, notez que c'est d'ailleurs ce que la page Facebook de Deus Ex surveille de près, notamment les prothèses destinées aux personnes amputées.

Racisme anti-augmenté jusque dans les graffitis.

L'anecdote

Une simple conversation avec un collègue d'Interpol un peu stressé a débouché sur une course-poursuite avec la police de Prague. Bilan : trois policiers tués par un robot que j'ai hacké, et le reste de l'escouade qui me cherche dans les rues animées tandis que je m'échappe par l'arrière d'un café. Comment en suis-je arrivé là ? Il se trouve que mon collègue un peu tendu n'est autre que le responsable de la sécurité, qui a remarqué qu'un groupe de journalistes anarchistes a potentiellement repéré la cache secrète de la Task Force 29.

Je m'en vais observer auprès de ce groupe, que je débusque après une petite enquête, caché dans une vaste pièce aménagée accessible par les égouts. Ici j'ai eu le choix : mettre un coup de pression au rédac chef, le menaçant de le dénoncer ; ou être sympa en lui faisant "oublier" son papier au sujet d'Interpol en lui offrant des infos plus croustillantes. Cette deuxième option m'a séduite (je joue cette partie en non-violent) et je me suis donc infiltré dans une banque où sont stockés toutes sortes d'informations et documents. Me faisant passer pour un simple client, j'ai profité d'un conduit d'aération accessible depuis les toilettes pour me promener dans les étages, visitant un peu au hasard quelques bureaux avant de trouver la salle des coffres. Mais c'est finalement dans un autre bureau, bien isolé, que j'ai trouvé des preuves de maquillage d'affaires publiques.

Une fois les dossiers sous le bras, je fais le chemin inverse, passant par moult conduits (les conduits sont vos amis). Jusqu'à ce que, un peu trop enhardi, je me fasse repérer. Mince, les vigiles sont en alerte, tout le bâtiment est bouclé, la police est postée à l'entrée. J'ai finalement rejoint le PC de sécurité, désactivé les caméras et hacké les robots de patrouille pour qu'ils attaquent les gardes. Oui, je sais, je ne voulais tuer personne, mais je n'avais pas d'autre choix. Résultat, je me suis occupé des vigiles avec mes fléchettes non-létales et le robot a mitraillé le barrage des flics. Je suis sorti comme un lapin déboule devant vos phares pendant cette petite période de confusion pour m'enfuir à travers la ville. Mais mon profil était donné ; une fois les documents remis au journaliste, j'ai trouvé un boitier de transmission des fréquences de police sur un toit pour le désactiver ; les messages d'alerte ont donc cessé de se propager et ma présence s'est faite oublier.... Et ça, ça n'était qu'une petite mission annexe.
Les Plus
  • L'ambiance graphique
  • L'ambiance scénaristique
  • L'ambiance sonore
  • La profondeur des missions alternatives
  • La richesse des endroits à explorer
  • Les nombreuses alternatives pour mener à bien une mission
Les Moins
  • Vous terminez en névrosé, cherchant à fouiller chaque tiroir
  • Le hacking ne se renouvelle pas beaucoup
  • Le mode Breach, un mini-jeu à part du scénario, plus arcade et surtout orienté micro-paiements, n'était pas indispensable