Rencontre avec MotionTwin : éclairages sur les jeux flash

25 août 2007
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Intrigué par le phénomène grandissant des mini-jeux flash rattachés à différentes causes (divertissement, campagne de communication, concours), nous avons voulu creuser le sujet en interrogeant directement un studio plutôt actif dans le domaine : MotionTwin. Grâce au boom phénoménal de Miniville (66 millions de pages vues en quelques semaines), le studio est sur le devant de la scène. Rencontre avec une équipe passionnée de jeux vidéo, d'internet et de créativité.

Benjamin Soulé, codeur des jeux MotionTwin.

Première partie

MotionTwin réalise de nombreux jeux. Pouvez-vous nous présenter rapidement le studio, les équipes qui le composent et le genre de projets auxquels il s'attache ?
    Margaret Alés Cowley - Responsable de communication : MotionTwin est une société indépendante de création et distribution de jeux sur Internet. Cette année nous avons sorti 4 jeux, dont Cafejeux, élu meilleur jeu flash de l'année 2007 par le WebFlashFestival. Nous avons encore prévu la sortie de 4 sites en 2007. Nous sommes 10 membres, tous développeurs : nous participons activement aux projets, soit pour la conception du jeu, les graphismes, le code, ou même sur un peu de chaque spécialité.

Très récemment, le phénomène Miniville a fait le tour du net. Quel en est le concept en quelques mots ?
    Margaret : Miniville est un jeu en ligne complètement gratuit où le joueur doit faire prospérer une ville. Il commence par choisir un nom, puis un emplacement dans une région française. Ensuite, grâce à un système de liens internet, il détermine les axes de développement. Dès lors, il n'a plus qu'à faire circuler ces liens à ses amis qui, grâce à leurs visites, permettront de faire évoluer sa ville.

    Alexis - Graphiste : Avec Miniville nous avons voulus créer un gameplay basé sur la collaboration des joueurs. En quelque sorte une démocratie réellement participative. A travers ce concept nous avons tenté de faire comprendre la base même de MotionTwin : c'est en rassemblant les forces, en laissant à chacun la responsabilité qui lui incombe que tout deviens possible et que le monde avance. Les joueurs voulant créer leur miniville seul arriverons certes à un résultat, mais cela n'aura rien de comparable avec l'énergie qu'une communauté fédéré peut engendrer autour d'un but commun.

François Nicaise, codeur et responsable de l'administration.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?
    Margaret : Pas du tout ! La sortie de Miniville n'a été annoncée que sur le blog de MotionTwin et rapidement sa fréquentation a cru de façon exponentielle. Depuis un mois et demi, Miniville compte déjà avec presque 15 millions de visites uniques et 66 millions de pages vues !

D'autres jeux MotionTwin ont-ils déjà connu un succès comparable ?
    Margaret : Aucun de nos jeux n'a été si présent sur le net en surtout si peu de temps. Cependant, d'autres productions connaissent un grand succès, notamment Hammerfest (élu aussi meilleur jeu de l'année 2006 par le Web Flash Festival) et Croquemonster, qui seront présents à la seconde édition du Festival du Jeu Vidéo à Paris en septembre 2007.

Tous vos jeux sont gratuits et libre d'accès. Comment le studio fait-il pour vivre ?
    Margaret : Effectivement, nos sites sont gratuits. Les joueurs peuvent venir s'y détendre et jouer gratuitement chaque jour. Cependant, pour ceux qui veulent accélérer la progression du jeu ou jouer encore plus nous offrons la possibilité d'effectuer un paiement. Cela ne concerne en réalité qu'un très faible pourcentage de nos joueurs mais nous avons assez de sites pour nous permettre de faire vivre notre société.

De gauche à droite : Laurent Bedubourg et Hervé Fehner (codeurs), Rémi Delaborde et Sebastien Bénard (graphistes).

Selon vous, un jeu flash peut-il facilement être associé à une marque ? Prenons l'exemple des advergame, pensez-vous que leur usage soit pertinent ? Comment voyez-vous l'évolution de ce phénomène ?
    Margaret : Oui, c'est tout à fait possible, dans la mesure où le jeu a une idée innovatrice et créative qui attire la curiosité de l'internaute potentiellement consommateur. C'est un phénomène pertinent, car l'advergame, exactement comme Miniville, est le résultat de la recherche continue d'une alternative aux autres moyens publicitaires classiques et sur-exploités comme les bannières ou les annonces de télévision.

Dans le cas plus précis des serious game (associés à une cause et non à une marque, comme par exemple sortezrevenez.fr), quelle part pensez-vous associer au jeu par rapport au message qu'il doit délivrer ? Est-ce que l'usage de serious game vous semble plus pertinent dans certains cas, selon les publics ?
    Margaret : Dans ces cas précis, l'information prime sur le jeu, qui devient le bon prétexte pour communiquer une information importante dans un contexte détendu. Selon le public, la pertinence peut être idéale, car la quantité d'information à communiquer n'aurait pas une place sous d'autres formats.

    Alexis : Grâce à son aspect accessible et ludique, le serious game permet d'impliquer le public vis à vis d'une cause. Le jeu a toujours eu un but éducatif et formateur. Le casual gaming et ses variantes demandent un intérêt quotidien qui représente bien l'investissement de personnes impliquées dans le soutien d'une cause qui les touchent. Le serious gaming s'applique donc parfaitement pour créer une prise de conscience auprès d'un publique recherchant avant tout un divertissement mais ne rejetant pas l'intérêt formateur du jeu.

Comme vous le savez sans doute, Gamatomic a aussi sa miniville.

Deuxième partie

Aujourd'hui, en aout 2007, comment appréhendez-vous le futur proche des internautes en termes d'activité ludique ? Pensez-vous que la télévision va continuer à baisser au profit du temps passé sur Internet dans la population des 15-24 ans ?
    Margaret : Depuis que MotionTwin a commencé à faire des jeux, il y a 6 ans, ce genre de loisir n'a fait qu'augmenter. Les technologies permettent des meilleures connexions à Internet avec encore plus d'accessibilité. En plus, la variété et les possibilités qu'offre Internet sont indiscutables, donc il n'est pas étonnant que cette population établisse Internet parmi ses priorités de loisirs au détriment de la télévision.

Vous dites que les idées de l'équipe sont rapidement réalisées. Comment se passe la création d'un jeu ? Comment les idées vous viennent-elles ? Tout le monde travaille-t-il sur le même jeu en même temps ou les équipes sont-elles divisées par projets ?
    Benjamin Soulé - Concepteur de Miniville : Les idées viennent généralement de la plupart des membres de l'équipe. Elles sont nombreuses variées, et peu d'entre elles peuvent au final être mise en production. Les idées restantes sont soigneusement consignées afin d'être re-étudier plus tard. Le projet est généralement choisi en fonction des ressources dont dispose MotionTwin au moment du choix : nous avons tous des profils polyvalents mais très différents. Un examen détaillé des compétences réunis chez les personnes disponibles permet de choisir quel forme adopter pour le nouveau projet. Au final, le choix du projet parmi l'ensemble des propositions appartient à l'équipe. Même si une minorité rédige les projets, c'est donc l'intégralité des membres qui votent pour choisir le projet final. Ce fonctionnement est directement lié à notre statut de coopérative : chaque membre de l'équipe dispose d'une rémunération et d'un pouvoir égal à ses collègues.

Voilà à quoi ressemble la miniville la plus développée du moment.

MotionTwin développe actuellement uniquement des jeux en ligne PC. Pourtant l'équipe semble très attachées aux jeux consoles ! Le développement sur console portable, qui semble idéal pour ce type de jeu, ne vous a jamais tenté ? Que ce soit sur téléphone mobile ou sur Nintendo DS, par exemple. Avez-vous des projets qui vont dans ce sens ? Le MarketPlace de la Xbox 360 pourrait également être un nouveau canal de distribution de vos jeux...
    Nicolas Cannasse - Codeur : C'est effectivement un axe de développement qui pourrait nous intéresser dans les années à venir. Le principal obstacle est la différence de contraintes technique : un jeu pour console ne se développe pas de la meme façon qu'un site internet, ce qui demanderait d'adapter nos habitutes de travail et nos outils.

Devant le succès de Miniville, pourquoi ne pas avoir créé de widget exportable pour aider les participants à développer leur ville via leurs blogs / sites (un peu à la manière de la bannière que nous avons fabriqué à la main sur Gamatomic) ?
    Margaret : Sur Miniville, nous avons d'abord offert le lien de texte, qui est la possibilité la plus simple et la plus accessible pour tous. Car nous voulions que les joueurs parlent en toute simplicité de Miniville à leurs amis. Nous avons néanmoins donné aux joueurs la possibilité de développer leurs propres widget de gestion, en fonction de leurs envies, en donnant accès aux données de la ville sous forme d'un simple xml.