En direct des Urgences

29 août 2005
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En matière de jeu de gestion, l'environnement hospitalier pourtant suffisamment touffu n'a été que très rarement exploité. La liste est d'ailleurs très rapide à faire car, de mémoire, seul le vieux et hilarant Theme Hospital de Bullfrog, sorti en 1997, permettait de prendre la tête d'un hôpital et d'essayer de gérer toutes les joyeusetés qui s’y déroulaient. Avec cette adaptation de la série TV E.R. (Urgences en français), les adeptes du bistouri ont enfin l'espoir de trouver une issue virtuelle à leur passion médicale. Preview d’une première journée mouvementée au service des urgences.

Trois des personnages principaux sont présents et c'est déjà bien

Bienvenue au Cook County

La première chose qui saute aux yeux lorsqu’on débarque aux urgences, c’est le souci de fidélité auquel s’est visiblement attaché l’équipe de développement. Fidélité des lieux tout d’abord, avec des environnements parfaitement raccord avec ceux de la série (même si, pour des questions pratiques, leur disposition n’est pas tout à fait identique) : le hall d’attente plus connu sous le nom de "triage" où s’accumule les malades, la salle de trauma où Carter s’est trouvé mal lors de sa première intervention sur un AVP (Accident de la Voie Publique), le standard où Jerry passe son temps à s’enfiler des donuts, les toilettes publiques où ce pauvre Greene s’est fait tabassé, tous les lieux clés facilement identifiables par les fans répondent à l’appel. Fidélité de l’ambiance ensuite, avec la même effervescence, le même sentiment qu’il faut prendre le train en marche si on ne veut pas rester sur le carreau et, surtout, des dialogues sur mesure, écrits en collaboration avec les scénaristes de la série. Fidélité enfin des personnages, puisque le joueur est accueilli par le Docteur John Carter en personne et ne tardera pas à croiser Suzanne Lewis et Gregory Pratt pour les médecins (les seuls qui ont acceptés de se prêter au jeu), mais aussi des personnages secondaires familiers tels que l’infirmière Shirley Adams et le standardiste Jerry Markovic.

Le modèle relationnel des Sims à la sauce médicale

Les Sims en blouse blanche

Sans doute pour inciter l’implication du joueur, c’est le genre simulateur de vie qui a été choisi ici. Contrairement à Theme Hospital, il ne s’agit pas de diriger et gérer un hôpital mais d’incarner un nouvel interne du Cook County. Ses caractéristiques principales (intelligence, charme, dextérité, etc.) sont définies par le joueur en début de partie. Le but du jeu consiste ensuite à faire progresser son personnage dans la hiérarchie médicale en l’exerçant dans 6 spécialités différentes (neurologie, pédiatrie, toxicologie, chirurgie, etc.) mais aussi en gérant les relations avec ses collègues, relations qui pourront parfois être plus qu’amicales si les conditions sont réunies (non, il n’y aura pas de scènes de fesses, juste des pouffements niais et gênés). Les échanges avec les autres personnages sont similaires à ceux rencontrés dans The Sims : plusieurs types de discussions disponibles, conditionnées par différentes actions comportementales telles que "bavarder", "geindre", "admirer", "compatir", "se lier", "incriminer", "médire", etc. En plus de gérer les capacités sociales et professionnelles de son personnage, il va aussi falloir s’occuper de sa santé et contrôler régulièrement son niveau de stress, de fatigue et d’hygiène en lui faisant faire respectivement - et entre autres activités - de la gymnastique, une sieste ou prendre une douche. Notez que toutes les activités proposées dans le jeu pour gérer ces paramètres sont interdépendantes. Ainsi, prendre une douche augmente l’hygiène mais réduit aussi le niveau de stress.

Le tableau des compétences : échange deux points de pédiatrie contre 3 de toxicologie

La Médecine pour les nuls

Le jeu Urgences sera divisé en 6 niveaux, à la manière d’épisodes (un titre entre guillemets sur fond noir renforce le lien avec la présentation de la série TV), correspondants en fait à une garde complète de votre personnage. Chaque garde comportera son lot de cas à traiter et de missions spéciales à réaliser en un temps donné : traiter un patient particulier en priorité, améliorer ses compétences dans une spécialité en soignant un nombre précis de cas s’y rattachant, rattraper un malade mental dans l’hôpital, faire du triage pour désengorger la salle d’attente, etc. Les situations semblent suffisamment nombreuses et variées pour éviter de s’ennuyer. Le joueur emmagasine des points à chaque patient soigné, points qu’il peut ensuite répartir comme il le souhaite dans les différentes spécialités médicales afin d’y améliorer ses compétences. Des bonus et des objets spéciaux - qui peuvent être échangés avec les autres membres du personnel - sont accessibles lorsqu’un patient a été traité avec succès et qu’il souhaite vous offrir un gage de reconnaissance. Un système de réputation est aussi intégré au jeu. Il est bien entendu relatif à vos relations avec les autres personnages (cf. paragraphe précédent) mais également avec vos aptitudes médicales : laisser mourir un patient réduit logiquement la reconnaissance de vos collègues et vous éloigne petit à petit des cas les plus intéressants à traiter.

La salle d'attente ne désemplie pas et j'ai déjà 12 heures de garde dans les pattes

De bonnes fondations mais...

Si tous ces éléments ont l’air alléchant, même pour un joueur qui n’entend rien à la série TV, reste à voir ce qu’ils peuvent donner en pratique et leur apport effectif au plaisir de jeu. La version preview fournie semble relativement avancée et, à part quelques bugs d’affichage des personnages de temps à autre, elle suggère une version finale techniquement tout à fait correcte : graphismes 3D détaillés, effets visuels sympathiques pour illustrer la guérison d’un patient ou le gain d’un point de compétence, ambiance sonore léchée avec, en sus, les voix françaises assurées par les doubleurs attitrés des comédiens. La profondeur du gameplay d’Urgences apparaît aussi conséquente et le savant mélange entre jeu de rôle et simulateur de vie fonctionne plutôt bien. Reste pourtant quelques points qui mériteraient d’être corrigés pour être en présence d’un titre vraiment réussi. Le plus flagrant, c’est sans doute ce système de déplacement entièrement à la souris qui se révèle rapidement trop rigide (mais pourquoi ne pas avoir activer aussi les flèches de direction ?). Il est fréquent qu’il faille cliquer plusieurs fois au même endroit pour que son personnage s’exécute. Le pathfinding ne se montre pas non plus très convaincant et perdre du temps à contourner des obstacles par le chemin le plus long lors d’une épreuve en temps limité est toujours un peu frustrant. Autre point négatif : le moteur 3D n’est manifestement pas exploité à son maximum. La souris ne permet pas d’orienter la caméra et suivre son personnage au cours de ses déplacements est loin d’être intuitif.

Manger avec Carter, ça le fait... pour un fan

Un jeu tous publics ?

Comme pour toute adaptation, la question est de savoir si ce jeu sera suffisamment abouti pour intéresser d’autres joueurs que les simples fans de la série TV. Plusieurs aspects d'Urgences laissent à penser que ça pourrait être le cas, notamment auprès des nombreux adeptes de simulateurs de vie un peu lassés des environnements ultra calibrés de leurs Sims ainsi qu'auprès des joueurs qui apprécient les produits rigolos et rafraîchissants. Mais, à l’heure actuelle, il reste encore plusieurs réglages à effectuer pour rendre Urgences accessible au plus grand nombre. A quelques semaines de la sortie, ce n’est pas très rassurant même si rien n’est vraiment rédhibitoire dans les points qu’il faudrait peaufiner. Par contre, la durée de vie du jeu semble très limitée : les premiers niveaux ne durent qu’une cinquantaine de minutes chacun et, puisque la version finale ne devrait en comprendre qu’une demi-douzaine, on peut facilement redouter une conclusion intervenant au bout de quelques heures à peine. De toutes évidences, il va falloir la jouer serré messieurs les développeurs.