Disney Fantasia

01 nov. 2014
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Une déclaration d'amour à la musique et au jeu vidéo

Disney Fantasia : Le Pouvoir du Son est une réussite. En plus d'être un coup d'éclat d'Harmonix (qui propose ici une vision plus artistique et sensorielle que d'ordinaire), Disney Fantasia est l'un des rares titres démontrant l'intérêt de Kinect. Dans un ciel vide de jeux, ce vibrant hommage - dans le fond - à l’œuvre de Disney fait office d'étoile polaire. Une lueur d'espoir dans une nuit sombre, et la meilleure chose qui soit arrivée au périphérique de Microsoft depuis une éternité. Quel dommage que la campagne de lancement du jeu mette l'accent sur son aspect convivial (bien relatif) et non sur son approche artistique...

Alors que Kinect semble être renié par son père, Harmonix sort Disney Fantasia : Le Pouvoir du Son. Une fantaisie qui, compte tenu de la situation, n'est pas sans en rappeler une autre (cf : le paragraphe sur la genèse de la série). Disney Fantasia est-il, lui aussi, le dernier espoir de Kinect ? En tout cas, il s'agit peut-être de son dernier chef-d’œuvre.

L'histoire

Avant de parler du jeu, évoquons ses origines. Nous sommes en 1937 quand Disney espère donner un second souffle à Mickey avec un court métrage : L'Apprenti Sorcier. Après avoir rencontré le chef d'orchestre britannique Leopold Stokowski, Walt Disney accepte la proposition de ce dernier : L'Apprenti Sorcier se transforme en une suite d'interprétation de thèmes musicaux, et Stokowski est à l'orchestration. En 1940, Fantasia est né et constitue, encore aujourd'hui, une œuvre majeure dans l'histoire du cinéma d'animation.

Pourquoi ? Premièrement, pour sa technique hors-norme pour l'époque. Le film a bénéficié d'un procédé stéréo unique, ancêtre du son Surround. Ensuite, Fantasia est une œuvre qui réussit à catalyser l'essence de différents médias et arts. Littérature, art graphique, musique, danse... Le film de Disney est sûrement l'une des premières œuvres ayant ambitionné, avec tant de clarté, son désir de relier différents médias en un seul, à savoir le cinéma. En ce sens, Fantasia le défini avec talent.

Si ce préambule est nécessaire pour aborder Disney Fantasia : Le Pouvoir du Son, c'est parce que celui-ci a réussi à capter l'essence de l’œuvre d'origine. Bien que le jeu mette de côté l'aspect esthétique (celui-ci se résume au strict minimum), il s'érige en parfaite définition du média jeu vidéo. A la fois hommage au film de Disney, à la musique et à l'interactivité inhérente au média, Disney Fantasia base son scénario sur l'un des personnages clé de Fantasia.

Ainsi, vous êtes le nouvel apprenti de Yensid, le célèbre sorcier bien décidé à vous apprendre le pouvoir du son. Après quelques cours initiatiques, le vieillard disparaît subitement. Scout, une autre de ses élèves, vous apprend que vous ne serez pas trop de deux pour le retrouver. En effet, il vous faudra combattre le bruit sévissant dans plusieurs royaumes. Mettez votre chapeau étoilé, levez vos mains... et place à la magie.

Je vous présente Scout et Yensid, le sorcier bien connu de Fantasia.

Le principe

Car Disney Fantasia vous place dans la peau d'un magicien chef d'orchestre. Avec vos douces mimines, vous balayez l'écran à l'instar de Stokowski. A première vue, rien de nouveau au pays d'Harmonix : des lueurs apparaissent à l'écran et il vous incombe de faire les gestes adéquats quand ces dernières atteignent des marqueurs. Tracer des lignes avec ses mains, tendre le bras vers l'avant, tenir des notes... Pourtant, le jeu signe un tournant dans l'histoire récente du studio américain. En prenant pour base Fantasia, Harmonix entre dans une démarche intellectuelle plus proche des productions de Tetsuya Mizuguchi (Child of Eden) que de Rock Band ou Dance Central.

Tout le génie de Disney Fantasia vient d'une idée : vous donner l'impression de maîtriser le son. Ainsi, chaque piste incorpore - sous réserve de réussite - des zones d'improvisation ludiques. Mais plus intéressant, le jeu permet de modifier les arrangements des chansons. Concrètement, une vingtaine de fois par morceau, le jeu vous demande de privilégier certains instruments plutôt que d'autres. Choisir entre un clavier et un violon, entre un piano et une trompette ou entre la voix de l'arrangement original plutôt qu'une voix robotisée...

Si la playlist semble de prime abord limitée (une trentaine de titres), chaque chanson bénéficie de trois arrangements différents entre lesquels il faut jongler toutes les vingt secondes ou presque. Autant dire que les possibilités sont nombreuses et qu'aucune partie ne se ressemble. D'ailleurs, les artistes sélectionnés sont variés et vont de Mozart à Bruno Mars en passant par Queen, Dvorak ou Missy Elliott. Ode à la musique et son évolution, Disney Fantasia n'hésite donc pas placer Tchaikovsky et Vivaldi aux côtés de Depeche Mode et Lady Gaga.

L'intention est intéressante et reprend le concept de musique évolutif présent dans l’œuvre d'origine. Vous parcourez des royaumes en ayant un vrai impact sur les piste que vous jouez. A vous de donner à du Mozart des sonorités latines, ou à du Bowie des sonorités électroniques. De ce fait, Disney Fantasia vous fait participer à la création musicale et place son approche interactive comme une admirable définition du média. D'ailleurs, le jeu a un aspect éducatif plutôt intéressant, et il trouverait parfaitement sa place dans des expositions comme celles parfois présentes à La Cité des Sciences (par exemple).

Peu importe la position des gestes à l'écran, l'important est de les effectuer correctement.

Le multi

Bien que Disney Fantasia reprenne un système de scoring semblable aux autres productions Harmonix, ce jeu estampillé Disney est avant tout une expérience personnelle. D'ailleurs, le game over est inexistant (les erreurs sont toutefois audibles à l'aide du mixage sonore) et la sensation est définitivement ce qui prévaut. Malgré cela, Disney Fantasia dispose d'un mode multijoueur. Uniquement disponible en local, celui-ci se résume sans surprise à des batailles. Chose amusante, les joueurs doivent se mettre de profil et se serrer la main pour enclencher le mode de jeu. Plus intéressant que le multijoueur, il est possible de partager ses morceaux et arrangements sur YouTube, et ce en toute simplicité. Voilà quelque chose qui s'ancre plutôt bien dans l'orientation du titre.

Vous pouvez choisir l'arrangement de départ d'une piste.

Pour qui ?

Toute personne ayant une Xbox One avec Kinect devrait se procurer Disney Fantasia. Dans un contexte morose pour le périphérique de Microsoft, il est même dommage que le jeu ne bénéficie pas d'une plus grande visibilité. Certes, l'esthétique austère - et quasi mystique - du titre peu rebuter, mais il serait dommage de s'arrêter à cet aspect. Disney Fantasia est à la fois un joli hommage, et un jeu vidéo dans le sens le plus noble du terme.

Les royaumes proposent des interactions sonores qui peuvent être intégrées aux ambiances.

L'anecdote

Si Disney Fantasia fait penser aux productions de Mizuguchi, Harmonix semble avoir repris et développé une idée présente dans Child of Eden. En terminant des chansons, vous récoltez des fragments nécessaires à votre progression et débloquez des interactions dans les différents environnements. Ainsi, les décors prennent vie petit à petit, et il est possible d'interagir avec des éléments pour produire des sons. De quoi se reposer entre deux session passées à jouer les chefs d'orchestre.
Les Plus
  • Un concept fort et inspiré (dans tous les sens du terme)
  • Un vrai parti pris artistique
  • Un bel hommage à l’œuvre de Disney
  • Une déclaration d'amour à la musique et au jeu vidéo
  • Les environnements interactifs
  • Des possibilités nombreuses
  • Une progression agréable
  • Une playlist (globalement) bien sentie
Les Moins
  • Une esthétique un peu austère en dehors des royaumes (ça manque de "Disney")