Watch_Dogs

03 juil. 2014
Testé par sur
Disponible sur
3
  • Éditeur Ubisoft
  • Développeur Ubisoft
  • Sortie initiale 27 mai 2014
  • Genres Action, Aventure, Infiltration, Third Person Shooter

Une belle tentative

Depuis son annonce à l'E3 2012, Watch_Dogs a su se faire désirer. Et les 50 % restants du plaisir ne sont pas forcément au rendez-vous. Watch_Dogs n'est pas un mauvais jeu, mais ça n'est pas non plus un très bon jeu. Sur le papier, il a pourtant un potentiel énorme. Si en démarrant l'aventure vous ne rêvez que de hacker plein d'objets ou de passants, profiter du système pour trouver des informations, détourner des usages, vous vous apercevez rapidement que, dans les faits, le jeu est extrêmement limité et les missions se suivent et se ressemblent. Faire diversion, détourner de l'argent, voler une voiture, activer des feux de signalisation... L'environnement de Chicago est très réussi et agréable à parcourir ; vous vous plairez à accepter une mission annexe au détour d'un carrefour. Mais l'excitation n'y est pas réellement. À quoi cela sert de connaître le profil des personnages si la seule exploitation qui en résulte est l'envoi de 3 SMS ? On est très loin de ce que, à sa manière, Deus Ex : Human Revolution avait pu apporter dans la réalisation de missions reposant sur l'étude comportementale des personnages.

"Le fils prodigue", voilà comment pourrait être qualifié Watch_Dogs en observant la manière dont Ubisoft en a pris soin. Nouvelle licence, nouveau système de jeu, quatre ans de travail acharné de plusieurs studios Ubi : l'attente était énorme. Et comme dit l'adage, "l'attente c'est 50 % du plaisir". Est-ce que les 50 % restants sont bel et bien dans le jeu ?

L'histoire

Après un hack de banque qui tourne mal, Adam Pierce fait l'objet d'un règlement de comptes au cours duquel sa toute jeune nièce est tuée par accident. La mort dans l'âme, Adam se lance dans une traque sans merci pour remonter à la source du donneur d'ordre. Voilà dans les grandes lignes, l'intrigue, analogie du traceroute permettant de remonter une IP de serveur en serveur. Si l'on peut reprocher à Ubisoft d'être passé maître dans l'art de créer des prologues des plus longs dans la série des Assassin's Creed, c'est tout l'inverse ici. Les premières heures de jeu de Watch_Dogs sont des plus déroutantes.

Après une mission d'introduction relativement simpliste, vous voilà totalement lâché dans la nature, ou plutôt la jungle urbaine qu'est Chicago. Les yeux béats devant la modélisation très impressionnante de la ville, un premier tutoriel vous indique comment pirater un mobile à distance pour intercepter un probable crime : vous devez intervenir. Seulement voilà, au milieu des innombrables icônes qui jonchent votre écran, vous découvrez de justesse une sorte de jauge d'approche laissant le temps à votre ennemi de vous repérer. Après l'avoir corrigé, vous changez de quartier : impossible d'utiliser votre mobile que vous venez d'apprivoiser. Pourquoi ? Comment débloquer cela ? Le jeu ne vous dira rien, jusqu'à ce que vous soyez suffisamment avancé dans le scénario pour comprendre le système des tours à pirater pour "libérer" le réseau.

Par une succession de petites frustrations, les premières heures de jeu ne sont pas les plus agréables. Nombreuses sont les missions que vous recommencez encore et encore, après des échecs dus à des objectifs imposés non respectés. Notamment dans les missions annexes où vous devez par exemple corriger un malfrat dans son QG : si ce dernier a le malheur de mourir sous le coup d'une grenade envoyée par un de ses acolytes, la mission est un échec. Et cela arrive bien plus souvent qu'on ne le croit.

Après avoir nettoyé une zone ennemie, rien de tel que de laisser un petit message.

Le principe

En bon justicier masqué, vous occuperez le plus clair de votre temps à rendre service aux citoyens. Certes, cela passe par une légère incursion dans leur vie privée, mais pour leur bien. À l'aide de votre téléphone (magique), vous avez accès à tous les profils des individus que vous croisez. Vous connaissez leurs revenus, leurs passions, et décelez parfois des bribes de conversation vous donnant des informations clés, vous menant bien souvent à une course poursuite à pieds dans les ruelles de Chicago et un bon coup de matraque. Certains individus n'apprécient pas de se faire pirater leur téléphone ou emprunter leur véhicule, ce qui est compréhensible, aussi il faudra veiller à leur détruire leur appareil mobile pour éviter tout contact avec la police. Autrement, vous tombez sous les balles des hommes de loi, qui eux ne vous apprécient pas beaucoup, tout justicier que vous soyez. Pour mener à bien une mission sans mourir, rares sont les fois où vous aurez recours à la force.

À la différence de Grand Theft Auto V, Watch_Dogs n'encourage pas l'utilisation frontale des armes, même si notre héros dispose d'un arsenal plus qu'impressionnant. Au contraire, observez l'environnement pour prendre l'avantage. Un brigand s'enfuit en courant ? Poursuivez-le et hackez une conduite de gaz pour le neutraliser dans sa course. Vous devez assiéger le repère d'une bande de voyous ? Utilisez les caméras de surveillance pour avoir une vue totale de la zone et déclenchez à distance leurs explosifs. Ce sont, au final, toutes ces actions qui créent l'intérêt du jeu.

Vous pouvez, en plus des possibilités offertes autour de vous, confectionner des gadgets capables de neutraliser des conversations ou un réseau, ou encore assourdir temporairement vos ennemis, le temps de vous glisser derrière eux et leur asséner un coup de bâton dans les rotules. Notez qu'Adam, en plus d'être un justicier vengeur et cascadeur hors pair, est également chauffeur-livreur à ses heures perdues. De la même manière qu'à pieds, lors d'une mission impliquant un véhicule, Adam peut modifier la couleur des feux de signalisation, lever un pont ou des bornes, provoquant ainsi un accident fatal à votre cible. Un timing parfait est requis pour immobiliser votre poursuivant, mais l'interface du jeu vous aide grandement à appuyer sur la touche au bon moment. C'est pas faute de pourtant le répéter : pour la sécurité de tous, pas de SMS au volant.

Comme dans la vraie vie, les gens sont ennuyeux.

Le multi

Watch_Dogs fait partie de cette génération de jeux qui se veulent constamment online. Entre deux missions, vous pouvez voir une intrusion dans votre système : un autre joueur tente de se connecter à votre partie et s'en suit, si vous l'acceptez, une sorte de petite bataille de hacking. Empêchez-le de récupérer vos données, tandis que lui doit rester discret pour réussir sa mission. Inversement, vous pouvez vous-même à tout moment hors mission déclencher l'un des modes en ligne et devenir l'assaillant ; vous êtes alors téléporté là où se trouve votre victime, à vous de remplir le contrat.

Si l'idée est séduisante et apporte une dynamique nouvelle dans l'approche du multijoueur, les premières fois, comme pour les missions solo, se passent dans la douleur. Les instructions ne sont pas des plus claires, et il n'est pas rare de voir votre ennemi courir bêtement dans la zone de jeu, tirer des coups de feu dans tous les sens, traduisant à l'écran son état d'incompréhension qu'il doit ressentir derrière sa manette. Mais une fois les objectifs acquis, une légère excitation vous gagne. Se cacher dans la foule, bloquer le hacking, ruser pour démasquer votre ennemi deviennent relativement grisantes dans cet environnement qui continue à vivre autour de vous. Outre le un contre un, un mode en équipe vous lance dans une guerre d'envergure, nécessitant coordination et contrôle.

Depuis sa moto, Adam bloque ses poursuivants trop coriaces.

Pour qui ?

Non, Watch_Dogs ne peut pas simplement être qualifié de GTA-like. Il est différent. Le jeu apporte une dimension nouvelle, une surcouche impliquant un lien plus étroit avec l'environnement. Un lien suffisamment fort pour déterminer la réussite ou non d'une mission, là où dans d'autres jeux ouverts la force passe souvent par l'armement. Lorsque notre héros doit finalement en venir aux mains, il est presque trop tard. Mieux vaut se mettre à couvert, voler une voiture et fuir plutôt que se lancer dans une bagarre contre plus de deux ennemis, à moins d'être suffisamment à couvert. Adam n'est pas très résistant. Par contre, il sait tirer à l'arme à feu : pistolet silencieux, fusil d'assaut ou à pompe, sniper : c'est fou tout ce qui rentre dans les poches de son imper en cuir. La prise d'assaut d'une base ennemie fait l'objet d'une mécanique souvent identique : repérages des lieux grâce aux caméras de surveillance, activation de pièges à distance, détournement de l'attention, finition au silencieux ou au fusil à lunette. Le but étant d'éviter de se faire repérer sous peine de manger une grenade que vous n'aurez pas vue, trop occupé à tracker vos ennemis dans les caméras de sécurité.

Watch_Dogs s'adresse donc à ceux qui ont envie d'explorer une approche moins orientée action et plus axée sur l'enchaînement de petites actions à distance, pour parvenir à ses fins en restant vivant. Ce qui est déjà beaucoup.

Lui il ne jouera plus à Rayman.

L'anecdote

Dans Watch_Dogs, les passants poussent des cris dès que vous garez votre véhicule avec une roue sur le trottoir. Vous ne pouvez pas marcher entre une poubelle et un abribus. Les ennemis mis K.O. sur un passage piéton provoquent des embouteillages monstres. Vous mourrez souvent au volant de votre voiture sans pouvoir sortir votre pistolet par la fenêtre, car ça n'est pas possible. Vous vous faites parfois interpeller dans la rue comme étant "le justicier". Et malgré tout la police n'hésite pas une seconde à vous éliminer à vue. Parfois, vous réussissez une mission du premier coup. Parfois, à la dixième tentative.

Dans tous les cas, vous serez globalement un peu perdu. Les missions annexes commencent à un point de rendez-vous mais sans aucune mise en appétit. Pourquoi devez-vous corriger ce bandit ? Vous n'en savez rien, vous connaissez juste son itinéraire ou le lieu de sa planque. Ils se ressemblent tous, ont tous la même façon de se battre, alors au bout d'un moment vous ne vous posez plus de questions et vous allez au charbon. Dommage, un peu de contexte et d'histoire auraient amené du liant dans cet ensemble qui peut paraître un peu décousu.
Les Plus
  • Le monde ouvert, agréable à parcourir
  • L'intervention des joueurs dans votre partie
  • Il y a toujours quelque chose à faire dans le coin
  • Le plaisir pris à hacker les objets une fois les principes compris
Les Moins
  • Le manque d'encadrement du joueur et de contextualisation des missions
  • Recommencer des missions suite à des morts bêtes
  • Visuellement beau, mais pas non plus à couper le souffle pour de la next gen
  • Répétitif
  • Les clichés lubriques des informations sur les passants