Imperial Glory : vivement le Second Empire

06 sept. 2005
Testé par sur
Disponible sur
2

Et bien non, malgré des lacunes impardonnables pour un jeu ayant pris pour exemple Rome : Total War, Imperial Glory ravira deux catégories de joueurs. D’un côté les fans du genre, qui seront enchantés par la dimension historique du jeu et par la profondeur de la partie stratégique, et qui, par là même, pourront pardonner ces imperfections ; et, de l’autre, les débutants n’ayant pas joué à la série des Total War (surtout Rome) et pour lesquels Imperial Glory comblera un rêve d’enfant : commander enfin une armée de soldats de plomb animée avec une profondeur stratégique tout à fait passionnante et riche. Un autre patch important serait souhaité pour enrichir le gameplay et améliorer le contrôle des unités. Maintenant, si le mod Napoleonic Total War 2 voit le jour et tient bien la route, Imperial Glory risque de souffrir rapidement.

Vous êtes fan de Risk ? Votre armoire est pleine de fascicules expliquant comment peindre des soldats en plomb vendus un par un ? Accessoirement, les jeux de stratégie vous scotchent pendant des heures devant l’écran ? Alors forcément, vous avez suivi le même soin à suivre la gestation d’Imperial Glory qu’à peindre vos Grenadiers de la Garde. A vos souris donc et "Vive l’Empereur !"

Prêt pour la bataille ?

C'est Riské !

Proposé par le même studio (Pyro) qui réalisa la fameuse série des Commandos, Imperial Glory était très attendu. Un teasing efficace laissait entrevoir encore une belle réussite, capable de ravir la vedette à Rome : Total War. Les mauvais esprits y ont vu un plagiat pur et simple de ce dernier, tandis que les aficionados du genre supputaient une amélioration du concept de la part d’une équipe aussi talentueuse. Si Imperial Glory est effectivement un peu de tout ça, il faut avouer qu’il n’est pas la révolution annoncée.

Saurez vous pousser les idées de la Révolution ?

Révolution, je chéris ton nom

Au lendemain de la Révolution française, les vents d’été balayent la Vieille Europe. Les idées révolutionnaires font peur aux empires européens qui s’empressent de nouer des alliances secrètent et complotent contre la République naissante. C’est dans ce contexte que l’on vous propose de prendre la tête d’une des cinq plus grandes nations de cette fin du 18ème siècle : France, Grande-Bretagne, Autriche, Russie et Prusse, autant d’opportunités différentes pour exercer vos talents de stratège et tacticien militaire audacieux, fin diplomate et économiste brillant. Plusieurs modes de jeu sont proposés : le mode campagne permet de choisir soit une domination militaire globale, soit une victoire aux points sur la période marquée par Napoléon Bonaparte, de la Révolution (1798) à la Monarchie de Juillet (1830). Les batailles historiques elles, permettent de réécrire l’Histoire. Dans la peau de Napoléon, Wellington ou Blücher, vous prenez le contrôle de troupes sur les champs de batailles dont les noms ornent aujourd’hui gares et avenues européennes : Waterloo, Friedland, Austerlitz et Pyramides. On regrettera l’absence de Trafalgar, aucune bataille navale n’étant représentée. Enfin, les parties rapides placent sur les provinces découpant l’Europe et L’Afrique du Nord, territoires jouables d’Imperial Glory. Un petit tutoriel est disponible afin de simplifier la prise en main et les manipulations de base. Succinct, il n’épargnera pas la progression à tâtons lors des premières parties et quelques interrogations sur le gameplay. Extrêmement dirigiste, il ne faudra pas vous écarter du droit chemin sous peine d’user d’un ctrl+alt+suppr et de le relancer le jeu.

Europe des nations

L’odeur et la couleur, mais ce n’est pas Rome : Total War

Sous peine d’enlever le suspens rapidement, et parce que la comparaison directe s’impose tant les jeux se ressemblent, si Imperial Glory apportent quelques bonnes idées, son gameplay le place en retrait du titre d’Activision. Néanmoins, les principes de jeu sont les mêmes avec quelques nouveautés. Le jeu démarre sur une carte d’Europe (au sens large Scandinavie incluse) et d’Afrique du Nord. Chaque Empire héritant d’un code couleur propre, avec quelques provinces attribuées de manière réaliste au point de vue historique. Outre les cinq grands empires proposés par le mode campagne, une dizaine d’autres nations sont représentées mais non-jouables : Espagne, Danemark, Egypte, Suisse, Etat Pontifical, Maroc... Il est à regretter que les rivières, et autres reliefs soient absents de cette représentation 2D. Cette carte comporte une interface permettant d’accéder à l’arborescence des technologies, décidément bien en vogue depuis Civilization, de séparer l’aspect commercial du militaire et autres tableaux de bord d’indication de progression.

L'art suprême, c'est le business !

Money for Nothing

Les aspects commerciaux et diplomatiques vous permettent d’établir les bases de tout empire désirant plus tard rayonner sur le continent. Tout empire est donc constitué d’une capitale et de provinces rattachées. Une capitale contrôlée signifie à très court terme l’annexion d’un empire. Le territoire représentant la capitale bénéficie de bâtiments étatiques qui lui sont propres : bureau de l’information, ministères, etc. L’exploitation des ressources (or, matières premières, population et nourriture) des territoires sous votre contrôle est primordiale à fin de bâtir une armée digne de ce nom. En effet, chaque unité coûtera à la nation un certain tribut et l’entretien d’une armée n’est jamais gratuit. Ainsi, des bâtiments génériques vous permettront donc d’augmenter la production de matériaux, d’instaurer des lignes commerciales rapportant espèces sonnantes et trébuchantes, d’améliorer la natalité de la population et de nourrir vos armées en campagne et stocker les surplus. Construire de nouveaux bâtiments vous offre de nouvelles options à fin d’optimiser chacun de ces paramètres. Lors de phases de conquêtes militaires, l’exploitation de ressources de territoires contrôlés n’est effective que lors que la capitale est tombée.

Messieurs les Anglais, nous avons tiré les premiers !

And your daughter for free !

La diplomatie est elle aussi extrêmement importante pour assurer le développement économique solide d’un empire naissant et peu protégé militairement, ainsi que pour se ménager quelques périodes de récupération. Alliances et trahisons diverses, et pourquoi pas le mariage d’un rejeton, sont ainsi à votre disposition. Certaines manoeuvres diplomatiques, toutefois, ne sont possibles qu’avec le déblocage de technologies dans l’arbre des découvertes. De plus, ces découvertes, sous réserve de remplir certaines conditions de ressources, donnent accès à des "quêtes". Il vous sera possible, par exemple, d’être le Maître des mers, d’abriter une Exposition Universelle, de faire la Conquête du rail, la Révolution agricole... Chacune de ces quêtes se concrétisant par un bonus sur le terrain : des arsenaux dans tous les ports avec un navire gratuit, des hôpitaux offerts dans toutes les provinces, des soldats ne nécessitant pas d’approvisionnement pendant 1 an. Le brouillard de guerre s’appliquant à cette carte et masque donc les relations commerciales et diplomatiques avec les nations invisibles. Hélas, Imperial Glory ne propose pas de produire d’unité diplomatique pouvant traverser les territoires en bénéficiant de la fameuse immunité du même nom. Les contacts avec les autres nations ne peuvent se nouer que par voie militaire, ce qui est somme toute assez gênant pour ouvrir des routes commerciales ou proposer un traité de paix.

Des lanciers ! Mais où est le sergent Garcia ?

Vive l'Empereur !

A la façon d’un Risk, Imperial Glory vous permet de disposer vos unités sur des territoires. Les déplacements se font de façon classique au tour par tour. Pendant chaque tour, vous voyez à l’intérieur de la zone dégagée, les mouvements des unités des autres empires. Sachez qu’il n’est pas possible de disposer plus de trois unités sur chaque territoire terrestre. Les vaisseaux de guerre peuvent eux, hélas, être beaucoup plus nombreux. Mais nous y reviendrons. Chaque unité terrestre représente un officier formé à l’académie et les différentes unités sous son commandement. Plus l’officier est gradé plus le nombre d’unités commandées est important. Toutefois, si ces officiers reprennent des noms extrêmement célèbres de grands militaires du 18ème et 19ème siècle, leur gestion diffère totalement de celle des chefs de Rome : Total War. En effet, ils n’ont que deux variables : leur expérience, déteignant sur les unités contrôlées, et leur grade, conditionnant le nombre d’unités sous leurs ordres. Ces officiers, une fois la vue tactique en 3D temps réel activée, ne sont pas représentés sur le champ de bataille et n’ont aucune influence directe sur le moral des soldats. Cela retire une profondeur épique qu’offrait Rome : Total War et c’est d’autant plus dommage que les batailles napoléoniennes ont énormément reposé sur le génie de certains officiers.

C'est pas la revue du Moulin Rouge, juste votre armée

Des batailles un peu furstrantes

Les unités montrent aussi un pas en arrière par rapport à Rome : Total War. Elles sont décomposées seulement en 3 familles terrestres : fantassins, cavaliers et artilleurs (les appellations et les uniformes changeant selon la situation géographique du lieu de production). Les armes de sièges sont inexistantes. Les batailles de siège aussi d’ailleurs. Il est effectivement possible sur la carte stratégique de disposer des unités sur le territoire d’une capitale ennemie mais les portes de la ville sont déjà ouvertes et, une fois l’élimination des troupes cantonnées sur ce territoire, l’annexion s’opère en suivant un pourcentage augmentant à chaque tour. Au milieu de l’annexion des unités de rebellions tenteront de briser ce siège. Les batailles terrestres ont donc un déroulement similaire à Rome : Total War. On dispose ses troupes à l’intérieur d’une zone et on lance la bataille. Les déplacements se font par pointages sur la carte. Les unités se déplacent plus ou moins rapidement suivant l’environnement. Les tacticiens experts seront frustrés, il n’est pas possible dans ces batailles de harceler l’ennemi : tout combat engagé se solde par l’écrasement d’une des unités engagées. Les charges éclair de cavalerie sont donc de l’histoire ancienne. Tout comme la satisfaction de voir les unités ennemies démoralisées fuir le champ de bataille. Pis, les embuscades sont de l’histoire ancienne : les bois ne sont plus utilisables. Par contre, il est possible d’investir un bâtiment à fin de bénéficier de bonus de vision et de protection.

A l'abordage !

Seul maître à bord

Bon point à mettre au crédit d’Imperial Glory : les batailles navales sont jouables ! A l’instar de Pirates, un plan d’eau délimité est donc à votre disposition pour donner du canon. Il est donc possible de jouer avec une vraie flottille de navires de différentes tailles : sloop, frégates, vaisseaux de ligne... contrôlés tous à la fois. Et c’est là le hic. Tout est jouable à la souris et cela devient vite ingérable au delà de trois navires sous vos ordres. L’impact du vent est assez faible sur la maniabilité des navires. S’il est possible de charger vos canons à boulets ramés pour démâter les vaisseaux ennemis, l’impact sur leur capacité à naviguer est imperceptible. Tout comme la mitraille, destinée à éliminer uniquement les marins, n’entache pas les manœuvres ennemies, tout au plus il vous sera plus rapide de conclure un abordage (non-jouable). En ce qui concerne l’aspect graphique des batailles en 3D, il est exempt de tout reproche. Les terrains sont vastes, vallonnés à souhait, les bâtiments bien modélisés et détaillés. Les plus tatillons regretteront la modélisation un peu simple des unités terrestres. Les navires eux sont superbes au niveau de la modélisation de la coque et du gréement, mais les voiles manquent d’animations, et les dégâts ne sont pas apparents dans la superstructure.

Un p'tit tour aux toilettes, un bol de café voire plus. Un vrai calvaire ces chargements.

Les détails qui fâchent

Imperial Glory en a son lot, et prend énormément d’ombre face à Rome : Total War. Outre l’absence d’unités diplomatiques, et de chefs de guerre sur le terrain, Imperial Glory, pêche aussi par une jouabilité désastreuse. Les contrôles à la souris manquent de précision, et les angles de caméra accessibles au clavier semblent être sempiternellement mal réglés. Ceci expliquant sûrement l’absence de la bataille de Trafalgar : le nombre de navires aurait rendu la chose totalement inexploitable. Malgré la beauté des champs de batailles terrestres et des unités navales, il devient donc rapidement lassant de combattre soi-même. Les possibilités tactiques sont trop peu nombreuses, frustrant par là-même l’habitué des batailles épiques et mouvementées de Rome : Total War, et de plus l’absence de latitude dans les contrôles amène vite à une résolution automatique des batailles. D’autant plus que les temps de chargement entre écrans 2D/3D sont une véritable punition. Même avec 1Go de RAM, un disque dur rapide et défragmenté fraîchement, c’est dire. On attendait mieux d’un studio de développement réputé pour l’optimisation de sa programmation. Ceci mis à part, techniquement, il y a peu à redire, la version 1.0 du jeu était reportée comme sérieusement instable et incompatible avec les chipsets graphiques intégrés Intel (sûrement le minimum syndical pour jouer à Imperial Glory), mais un patch 1.1 est venu corriger tout ça, apportant la possibilité d’ailleurs de faire varier le temps lors des batailles 3D.
Les Plus
  • Le côté "rêve d’enfant" des soldats de plomb
  • La profondeur du jeu
  • L’IA stratégique adverse, retorse à souhait
  • Le design visuel et sonore agréable
Les Moins
  • La maniabilité en 3D
  • Inférieur globalement à Rome Total War
  • Les nuits trop courtes si on est accro