Cradle

03 août 2015
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3

Le charme d'une berceuse

Les ambitions initiales de Cradle ne correspondent pas à l’expérience que vous pourrez en tirer. S'il s'agit bien d'une expérience unique, notamment sur le plan artistique, le jeu n'évite ni les redites, ni les frustrations. Techniquement très au point et emballé par une ambiance SF qui a son charme, les zones d'ombres du scénario et surtout l'impression que le terrain de jeu visité n'offre pas tout son potentiel sont flagrantes. Malgré ça, l'aventure est agréable et mériterait vraiment de se voir suivi d'un deuxième volet plus abouti.

En gestation depuis un bon paquet d'années, le mystérieux Cradle débarque enfin sur PC. Développée par une équipe composée notamment par les créateurs de S.T.A.L.K.E.R., cette aventure à la première personne - appuyée par un bon gros moteur physique - mise beaucoup sur son ambiance à la limite de l'onirisme. Alors, simple trip SF ou vraie expérience ludique ?

L'histoire

Enebish se réveille au milieu de nulle part, dans une yourte perdue dans la steppe mongole. Autour de lui, pas grand chose si ce n'est une ligne de train aérien aux fréquences de passage aussi nombreuses que celles du métro parisien un jour de grève, et, plus loin, ce qui semble être un parc d'attraction abandonné. Plus proche de lui, accroupie sur une commode, une humanoide désactivée. Grâce à elle, il va en apprendre un peu plus sur ce qui s'est passé, pour lui et sa famille, ainsi que pour le reste de monde. Mais avant ça, il va falloir réussir à reconnecter cette nouvelle amie robotique.

Cradle utilise une narration proche du rêve. C'était d'ailleurs le souhait de Ilya Tolmachev, directeur créatif et fondateur du studio Flying Cafe for Semianimals : susciter une émotion similaire à ce que nous pouvons ressentir quand nous rêvons. Rassurez-vous, vous ne flotterez pas pour autant dans les nuages puisque, même s'il ne se dévoile que par petites touches, l'univers développé dans Cradle apparait très concret.

Une yourte peut contenir bien des mystères. En tous cas plus qu'un yaourt nature.

Les influences

De l'aveu de l'équipe ukrainienne de Flying Cafe for Semianimals, les influences de Cradle sont nombreuses. Il y a d'abord la plus évidente - puisqu'elle est notamment visuelle -, celle du film Urga de Nikta Mikhalov. Dans cette histoire, un jeune éleveur mongol est contraint d'accueillir un ouvrier russe dans sa yourte, cette rencontre improbable entrainant la confrontation de deux univers : la nature et l'industrie. Le héros de Cradle évolue au milieu d'une nature préservée mais a accès, au cours du jeu, à des technologies très développées. Le fait que l'intrigue se déroule en 2076 y est probablement pour beaucoup.

Les autres influences notables du jeu proviennent de la littérature russe, avec l'écrivain Andreï Klimentov qui s'interroge dans ses livres sur le prix du progrès et sur les sacrifices supportés par le peuple pour réaliser des objectifs absurdes, le tout avec un certain pessimisme. Valdimir Sorokine est également cité par les développeurs. Ce romancier est connu pour sa description du totalitarisme sous une forme allégorique, forme que l'on retrouve à chaque instant dans Cradle. Enfin, dans leur romans de science-fiction, les frères Strougatski sont en quête d'un idéal qui ne plaira pas beaucoup au régime soviétique de l'époque, et qui n'hésitera d'ailleurs pas à les censurer.

Il est assez difficile de vous en dire plus sans trop dévoiler le scénario de Cradle. Notez simplement que ces diverses influences peuvent vous donner des pistes sur le style, l'atmosphère et l'orientation du jeu. Vous comprendrez qu'ils sont assez uniques et offrent une empreinte rarement rencontrée.

N'hésitez pas à fouiller partout pour récolter un maximum d'infos, notamment sur vos origines...

Le principe

Cradle s'apparente à un FPS qui aurait troqué son "Shooter" pour un "Adventure". En effet, vous êtes plus en présence d'un jeu d'enquête à la Myst que d'un vrai jeu d'action (vous ne rencontrerez d'ailleurs aucun ennemi, ou presque). À vous de récolter des indices (lire des lettres, des coupures de journaux, des notes sur une tablette, etc.) et de réaliser des actions dans un ordre précis pour faire dérouler le scénario, lequel est parfois entrecoupé de séquences plus "arcade", probablement histoire d'entretenir vos réflexes. Grâce à sa profusion d'objets et d’éléments interactifs, le jeu dispose tout de même d'un côté "bac à sable" qui pourra plaire aux joueurs curieux. Cela dit, ne vous attendez pas à de l'exceptionnel non plus.

Malgré un environnement à l'apparence très étendue (la steppe mongole, c'est très grand), vous passerez une bonne partie de votre temps à faire des allers-retours. Vous pouvez bien entendu vous balader sur le reste de la carte, mais il n'y a quasiment rien à y faire, si ce n'est profiter du paysage. Visuellement, Cradle dispose d'ailleurs d'une empreinte unique qui lui donne pas mal de charme, charme accentué par une bande sonore de grande qualité.

Ida vous donnera de précieuses informations. Mais avant, il faudra la tripoter pour la réactiver.

Pour qui ?

Cradle se veut être une expérience que les joueurs les plus excités ne sauront pas apprécier. Les contemplatifs mais surtout les fans de science-fiction qui n'en montre pas trop ont de quoi être interpellés par les atouts de ce jeu. Ils risquent par contre d'être un peu frustrés par les questions laissées en suspens pas le scénario.

Le point noir à droite de cette image, c'est un "méchant".

L'anecdote

Il n'y a pas de game over dans Cradle. L'aventure n'étant pas très périlleuse, il m'a fallu un peu de temps pour m'en rendre compte. Ma première rencontre avec un ennemi a priori inquiétant, sorte de trou noir agressif, a fait son petit effet. Une fois qu'il vous a repéré, il vous fonce dessus en émettant un son bizarre. Mes capacités à courir vite dans un FPS étant ce qu'elles sont, inutile de vous dire que ce monstre a eu vite fait de me rattraper. Pour me gober. Et me recracher en l'air aussi sec, quasiment au même endroit. Pas de perte de point de vie (il n'y en a pas), pas de retour à la yourte ou au dernier point de sauvegarde. Autant vous dire que les rencontres suivantes avec ces trous noirs plus farceurs qu'effrayants n'ont pas eu le même effet. Dommage pour la tension générale.
Les Plus
  • Une ambiance très particulière (voire unique)
  • Une bande son d'excellente facture qui résiste même à une écoute hors contexte
  • Des épreuves arcades amusantes
  • Un moteur physique efficace
Les Moins
  • Les nombreux allers-retours
  • Uniquement en anglais (pour l'instant)
  • Le scénario un peu alambiqué
  • Une fin qui laisse sur sa faim
  • Impossible de modifier la configuration des commandes
  • L'absence de tension et donc de véritable enjeu