La bataille pour la terre du milieu continue

07 avr. 2005
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Reste à définir à qui s'adresse finalement ce The Lord of the Rings: The Battle for Middle-Earth. Assurément, les amateurs des films prêts à collectionner tous les goodies sortant sur l'oeuvre de Tolkien seront aux anges, pour autant qu'ils oublient les libertés prises avec l'histoire. Tout comme les amateurs de RTS simplifié où l'on ne passe pas tout son temps à gérer sa base et où l'on assistera vite à des combats spectaculaires. Pour les purs et durs de la stratégie par contre, cette bataille en la terre du milieu semble perdue trop rapidement par la faute d'une succession de petits défauts. Outre le manque de diversité des unités et des objectifs principaux (qu'on résumera souvent à "raser tout ce qui n'est pas de notre bord"), l'IA ne se montre pas toujours convaincante, stéréotypant trop ses assauts sur vos positions, n'utilisant parfois pas ses unités de manière intelligente (la cavalerie du Rohan qui ne charge pas est une surprise dont on se passerait volontiers) et qui demandera une attention de tous les instants pour ne pas changer de cible sans raison. Un jeu moyen donc qui ne convaincra pas complètement les joueurs sans les décevoir dans l'ensemble.

Le succès de la trilogie du Seigneur de Anneaux de Peter Jackson a ramené Tolkien sur le devant de la scène et l’a fait découvrir au grand public pour qui l’heroic fantasy était une affaire de rôlistes et sûrement pas une activité sérieuse. Les éditeurs de jeux vidéo ne pouvaient manquer une telle licence et nous l’ont déclinée dans de multiples variantes. Avec The Lord of the Rings: The Battle for Middle-Earth, c’est à un jeu de stratégie que nous invitent Electonics Arts et EA Pacific.

La communauté au grand complet

La communauté de l'anneau

Adapter un film comme le Seigneur des Anneaux pour en tirer un jeu de stratégie temps réel peut à la base sembler être une idée étrange, le film ne nous présentant finalement que quelques grandes batailles épiques dignes d’un RTS. Le jeu commence d’ailleurs plus comme un jeu de rôle, avec la visite de la Moria en compagnie des neuf membres de la communauté de l’Anneau. Cette première mission nous permet de découvrir le credo du jeu : être un produit multimédia accessible au débutant et proposant des batailles plus impressionnantes que réellement stratégiques. Et bien que certains moments clés soient montrés sous forme d’extraits du film, le jeu ne suit pas l’histoire du roman à la lettre, le combat entre Gandalf et le Balrog concluant cette visite des mines est jouable et s’achèvera normalement par la victoire du magicien. D’autres petites digressions à l’histoire se retrouveront ailleurs dans le jeu, autant être prévenu et ne pas délaisser un héros parce qu’il doit mourir plus tard selon le roman.

L'Isengard doit couper un peu de bois pour s'agrandir

Facture classique

La campagne du jeu est de facture très classique et se divise globalement en deux types de missions : celles où le joueur n’aura à sa disposition que quelques héros et ne pourra rien construire et celles où l’on dirigera une armée plus convaincante, avec une base à gérer. Toutefois, toujours pour privilégier l’action à la construction de base et à la collecte de ressources, le joueur ne pourra construire ses bâtiments qu’à des positions déterminées à l’avance et qui seront bien entendu en nombre limité sur la carte. Quelques bâtiments, des tours à chaque entrée et vous voilà avec une base en Rohan. La gestion de la base est donc réduite au minimum syndical. Même son de cloche en début de campagne pour ce qui est des unités que l’on pourra posséder, EA Pacific ayant choisi d’utiliser un principe de points de commandement. Chaque unité (ou groupe d’unités) coûte un certain nombre de points, le capital utilisable augmentant au fur et à mesure de la campagne. On se retrouve ainsi au début dans la situation paradoxale où l’on a beaucoup de ressources que l’on ne peut utiliser, faute de place pour construire et de point de commandement pour créer de nouvelles troupes. Un peu absurde quand on sait qu’il vous faudra perdre des unités au combat pour en créer d’autres, plus puissantes ou plus utiles.

La liste des pouvoirs, version Sauron et Saroumane

Les lois de l’évolution

Quels que soient le camp que l’on occupe et le type d’unité (héros ou unité régulière), le joueur gagnera de l’expérience au combat et ainsi augmentera progressivement le niveau de ses troupes. Ces gains de niveaux permettant d’activer divers pouvoirs spéciaux chez les héros (gros coup de foudre chez Gandalf, augmentation temporaire des dégâts pour Aragorn par exemple) en plus de la traditionnelle augmentation des caractéristiques (point de vie et dégâts en tête) commune à toutes les unités, on fera attention de ne pas perdre stupidement l’un de ses gars. Ajoutons à cela que le joueur lui-même gagnera de l’expérience qui lui permettra d’acheter divers pouvoirs spéciaux, comme un sort de soins de zone ou des invocations allant jusqu’au Balrog à très haut niveau. On appréciera d’ailleurs que ces gains d’expérience ne soient pas anecdotiques puisque l’on conservera ses unités (et ses pouvoirs) d’une mission à l’autre de la campagne.

Legolas est la version medfan de Terminator

Superhéros

Cette évolution des héros nous amène à évoquer la grosse différence créée par Electronics Arts entre les deux camps dans la manière de jouer. Là où le camp du bien bénéficiera de nombreux héros mais des troupes plutôt réduites, Sauron tentera de noyer l’adversaire sous une masse d’unités sacrifiables. On se retrouve ainsi avec un sentiment de déséquilibre qui se confirme après quelques missions. Pour compenser le nombre d’unité dont disposeront Sauron et Saroumane, on assiste à des combats à la limite du ridicule lorsque les personnages célèbres du film sont impliqués, le seul Legolas suffisant presque à démolir toutes les troupes ennemies. En augmentant le nombre d’unités lors de la progression dans la campagne, on s’aperçoit également que l’on n'a finalement que peu de contrôle sur la bataille : les cavaliers chargent, les archers tirent et on se contente d’indiquer une cible générale à nos troupes pour contrer les vagues adverses, pour peu que nos cavaliers n’aillent pas s’empaler sur les piquiers adverses. On semble donc n’avoir qu’une IA assez simple en solo tandis que la faible diversité des unités réduira les stratégies en multijoueur.

La fameuse carte de la Terre du Milieu

Tolkien's Command and Conquer

Techniquement parlant, EA Pacific n'a pas pris beaucoup de risque et a basé cette bataille pour la terre du milieu sur le moteur développé pour Command & Conquer: Generals. Et on retrouve d'ailleurs quelques-uns de ses défauts. Bien que graphiquement correct, le jeu a de gros soucis de lourdeur sur les dernières cartes, dès lors qu'il va y avoir beaucoup de monde à afficher. On remarquera aussi la taille des cartes parfois plus que réduite, on est légèrement déçu de finir une mission en 30 secondes chrono parce que le camp ennemi est justement voisin de votre point de départ. On regrettera aussi de ne pas pouvoir obtenir du zoom une vue très large de l'ensemble, on reste au coeur des escarmouches que le jeu nous propose. On ajoutera au registre des regrets le peu d'utilité véritable de la carte de la Terre du Milieu tandis qu'on félicitera Electronics Arts pour la clarté de l'interface, qu'un débutant n'aura aucun mal à prendre en main.
Les Plus
  • Comme au cinéma
  • Prise en main intuitive
Les Moins
  • De la stratégie sans tactique
  • Trop grand public pour le joueur moyen