R.U.S.E., le grand bluff

20 nov. 2010
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3
  • Éditeur Ubisoft
  • Développeur Eugen Systems
  • Sortie initiale 9 septembre 2010
  • Genre Stratégie temps-réel

Avec R.U.S.E., Ubisoft tente de créer un jeu de stratégie qui sort du lot, mais pas seulement. L'un des principaux souhaits de l'éditeur était d'optimiser les versions consoles pour donner à leurs joueurs un RTS digne de ce nom. Contrat rempli ?

"C'était pas ma guerre colonel, et encore moins mon scénario."

Hey Joe

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'histoire de R.U.S.E. n'est pas son point fort. Le titre vous place dans l'habituel cadre de la Seconde Guerre mondiale, à la tête des troupes alliées. Si cela n'a rien de dommageable pour ce genre de jeux, le traitement du sujet est regrettable. Vous vous retrouvez dans la peau de Joe Sheridan, un jeune officier américain censé mettre à tapis les troupes d'un fin stratège allemand du nom de Von Richter. Bien sûr, cela est saupoudré d'espionnage. Seulement voilà, le jeu est parsemé de cinématiques plus ennuyeuses les unes que les autres. Plus important : les batailles sont simulées sur des plateaux, un peu à l'instar du jeu de société RISK. Ce n'est pas un drame, sauf quand les cinématiques enlèvent toute cohérence au récit. Tout ce passe logiquement jusqu'à ce que Sheridan parle de son plan à ses supérieurs. Là, les personnages s'approchent d'une table et parlent de leur stratégie. C'est à ce moment que vous prenez possession des troupes et menez votre combat. Une fois l'objectif rempli, l'action revient au dialogue, ce qui donne l'impression d'avoir assisté à une partie de RISK entre trois ou quatre types qui vivraient un peu trop leur passion, plutôt que de prendre part à une guerre. Un aspect accentué par le parti pris technique : quand vous êtes loin de l'action, la carte ressemble à un plateau classique, mais lorsque vous zoomez, le jeu prend alors des allures de champ de bataille réaliste. Finis les pions indiquant le nombre d'unités et place au réalisme du front. Notons d'ailleurs que, sans être complètement dingues, les graphismes de R.U.S.E. restent vraiment jolis pour le genre.

Les ruses fonctionnent par zones.

Moi Renart

Niveau jouabilité, R.U.S.E. reprend les grandes lignes des jeux de stratégies actuels, avec l'habituelle gestion des ressources et bâtiments de production. Bien qu'assez variés, les objectifs de campagne ne sont pas spécialement originaux et se résument à devoir détruire des unités/QG adverses, tenir une position, prendre possession de territoires ou traverser les lignes ennemies pour atteindre un point sur la carte. Non, pour trouver l'originalité de R.U.S.E., la vraie, son petit plus qui le différencie de la concurrence, il faut se tourner vers le fond du gameplay, et plus particulièrement vers le système de ruses à l'origine du titre du jeu. C'est sous ce terme que sont appelées les capacités spéciales mises à votre disposition pour établir vos stratégies. Contrairement aux autres jeux du genre, ces capacités n'ont pas grand chose d'offensif et laissent avant tout parler le stratège qui est en vous. Simuler des attaques avec des leurres, anticiper les déplacements adverses, camoufler des unités, augmenter la vitesse de vos troupes, révéler les types d'ennemis présents dans la zone... autant de moyens de tromper l'adverse et de vous donner un ascendant sur la partie. Mais pas sans faire travailler vos neurones, le système de ruses fonctionnant par zones. Ainsi, les capacité activées sont indiquées à l'écran, ce qui enlève de la lisibilité à l'action mais vous permet de savoir quand lancer vos stratégies qui se rechargent automatiquement. Au rayon unités, c'est encore assez classique, avec des unités terrestres et aériennes : infanterie, blindés, artillerie, avions en tout genre, etc. Évidemment, certaines catégories comme les blindés comportent plusieurs unités différentes, ce qui, au final, donne un nombre de joujoux plutôt conséquent.

R.U.S.E. était aussi attendu pour ce qui est de sa jouabilité à la manette et son interface. Eh oui, ce n'est pas tous les jours que l'on voit des RTS sur consoles ! Sur ce plan, le titre s'en sort plutôt bien. Bénéficiant de raccourcis assez bien pensés avec les gâchettes, le titre se veut plutôt intuitif. Pas de quoi venir titiller les joueurs PC, non, mais de quoi satisfaire un minimum les joueurs consoles désirant se lancer dans ce genre de titres. Notons toutefois quelques soucis non pas dus au pad, mais plutôt à des choix douteux. Par exemple, si l'idée du zoom est sympathique, la sélection des unités manque parfois de précision et de vitesse. On regrette aussi le temps nécessaire afin d'assimiler tout cela, le tutorial (la campagne) étant beaucoup trop long à se mettre en place.

Malgré l'abondance de ruses, le multijoueur est plutôt bien équilibré.

Il faut sauver le soldat Campagne

Pour l'instant, R.U.S.E. se résume donc à un système de jeu intéressant et à une campagne dispensable. Heureusement, le titre d'Ubisoft profite d'un mode multijoueur réellement bien fait. Si celui-ci n'a rien d'original en soi, il tire profit du soin apporté aux menus et à l'interface. En effet, l'interface multijoueur ne fait pas aussi bordélique que dans certains concurrents et les temps de chargement sont quasiment inexistants. Concernant les parties en elles-même, elles sont assez communes, proposant par exemple des bataille en un contre un ou par équipes de deux. Six factions sont disponibles (USA, Grande-Bretagne, URSS, France, Allemagne et Italie) et, chose amusante, vous pouvez sélectionner l'année de l'affrontement pour modifier les unités et le nombre de bâtiments accessibles. Dans ces joutes, vous avez (par défaut) toutes les ruses de débloquer et devez donc faire vos choix à bon escient lorsque la jauge se remplit. Les opposants étant plus intelligents que le CPU de la campagne et du mode Batailles/Parties Libres, les affrontements sont rythmés par les différentes capacités. Si on pouvait craindre qu'un déséquilibre soit occasionné par leur nombre, on s'aperçoit rapidement que ce n'est pas le cas. Notez aussi que des égalités sont possibles, si à la fin du temps réglementaire vous n'avez pas pris un avantage trop significatif sur votre opposant et vice versa. Enfin, un système de niveaux est présent et nos parties se sont révélées particulièrement stables.
Les Plus
  • Assez beau
  • Le système de ruses, ingénieux et original
  • Gameplay assez bien adapté au support
  • Bien équilibré
  • Le multijoueur
  • Durée de vie et contenu respectables
Les Moins
  • La campagne solo, lourdingue
  • Les cinématiques
  • Certains doublages
  • Certains points du gameplay et de l'interface auraient tout de même pu être améliorés
Résultat

La note accompagnant ce test ne signifie pas grand chose. L'intérêt de R.U.S.E. dépend avant tout des personnes qui s'y intéressent. Ainsi, le joueur lambda pourra être effrayé par la campagne, faisant office de tutorial indigeste plutôt que de mode solo véritablement prenant. D'un autre côté, la partie multijoueur est particulièrement soignée et ceux qui parviendront à dompter la jouabilité, très correcte pour le support, devraient y trouver leur compte. Tout est donc une question de points de vue. Reste donc à savoir si vous, joueurs consoles, êtes prêts à vous lancer dans un genre encore ancré dans le monde du PC, et si vous êtes près à passer outre un solo ennuyeux.