La chasse à l'homme est ouverte dans Manhunt 2

20 déc. 2008
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Pour en revenir à l'essentiel, Manhunt 2 détient une vraie personnalité, avec des défauts visibles. La perversion aurait voulu des scènes plus trashs, plus violentes, plus intenses, quitte à devenir écœuré. Et s'il y avait un message derrière tout ça ? Celui d'un monde déréglé par des normes et des valeurs qui s'écroulent, à la recherche d'une vérité qu'il faudrait oublier ? Seul la fin de ce jeu pourra vous faire comprendre ces quelques lignes et par la même occasion, vous faire cogiter sur votre propre vision de la limite stéréotypée : bien ou mal. "Du chaos nait une étoile" à ce qu'il paraît...

C'est sûrement dans les recoins les plus macabres de leurs âmes, les souvenirs les plus horribles de leur enfance que les développeurs de Rockstar London ont produit ce jeu. Révoltant et inutile pour les uns, scénarisé ou perfectible pour les autres, Manhunt 2 ne vous laisse pas indifférent. Quand la censure creuse une tombe vidéoludique, elle en oublie souvent de rajouter une petite épitaphe. C'est le marbre qui va grincer.

Léo, Dan, dualité fraternelle... ou pas.

Cliniquement mort

Réveil brutal. Des questions assaillent Daniel Lamb, parfois solutionné par Léo. Dans cet hôpital psychiatrique, les cauchemars prennent vie. Des malades urinent sur tout ce qui bouge, la maltraitance est roi. Une seule issue : courir. Et aussi trucider. Dans un esprit proche du film Hostel ou d'autres oeuvres sanglantes, l'histoire du héros se durcit au fur et à mesure des 15 épisodes. Des noms de docteur reviennent en tête, le Projet est souvent mis à contribution et ils ne rigolent pas. C'est vous qu'ils veulent, mort ou vif. Arrivé dehors, la recherche de la vérité devient le sacerdoce de Danny. Et cette traque n'a pas de prix. D'une baraque carbonisée au bar sale et malfamé grouillant de sado-masochistes, il n'y a qu'un pas. Puis vient les salles de torture hantées par les cris de douleurs. Glauque. Tout ceci est entrecoupé par des souvenirs jouables, vous permettant de coller les morceaux de ce polar interactif. Comme pour renforcer cet aspect, la caméra à la troisième personne bouge constamment, avec son grain spécifique en sus. A la croisée de l'infiltration et de la survie macabre, l'obscurité reste votre meilleure amie afin d'exécuter les fous qui souhaitent vous voir trépasser. Sexe, drogue, alcool, perversion et meurtre sont au programme.

Les filtres rougeâtres promettent de beaux instants dans la carotide

Torturer oui, mais avec classe.

Dans une ambiance lourde d'interrogation, les niveaux se suivent et ne se ressemblent pas. Un poil trop action, les armes à feu deviennent références grâce au verrouillage automatique, laissant de côté les scies, seringues, pelles et autres festivités. Malgré tout, le penchant humain du « voyeur gore » laisse entrevoir une répétition des assassinats afin de toutes les regarder. Du vite fait bien fait ou de la parade mortem, les meurtres sous le nom de la survie sont la cerise du gâteau. Pour peu que les trois degrés de violence soient atteints (mention spéciale pour le pied de biche), il vous restera toujours quelques petits inédits à vous mettre sous la dent : explosions sur un extincteur, poussette légère contre un rouleau compresseur. Quelques grammes de finesse dans un monde sordide. Toutefois, certaines scènes auraient pu être plus longues, plus travaillées. Frustré de jouer un épisode trop vite, le suivant devient d'une longueur élastique. Heureusement que des sauvegardes ponctuelles sont disséminées à chaque passage important. D'ailleurs, les cinématiques qui entrecoupent les épisodes sont toujours cohérentes, bien ficelées et très propre graphiquement. Dommage qu'une fois la PSP en main, votre héros soit un poil rigide, sauvant sa peau dans des textures fades. La faute à l'habitude Haute Définition sans doute.

La boîte de Pandore ouverte, le signe à gauche en est la faute

Mourir ou survivre, il faut choisir.

Manhunt 2 détient ce pouvoir d'accroche qui se fait rare aujourd'hui. Alors pourquoi le gâcher avec des Dogs (les hommes de mains du Projet) tout juste bon à rappliquer dès qu'un bruit les appellent vers la mort. Tapi dans l'ombre, vous avez juste à attendre que ces grands dadets vous tournent le dos pour déverser votre rage à coup hache bien placé. De plus, les rondes de ses soldats en léthargie intellectuelle restent préprogrammées, mais peuvent (à la surprise générale) être truffées de soucis : immobilité et fixation hagard, rodéo d'Uzi alors que vous êtes cachés et soi disant invisible, vision à rayon X au travers des murs et collisions digne d'une vache sous l'emprise de Creutzfeldt Jacob. Cela dit, quelque fou rire après un bon massacre, ça n'a pas de prix. Enfin, comme une perfusion de morphine, les gouttes de l'intrigue se diffusent dans votre esprit vers les derniers chapitres, rendant chaque flash-back compréhensible. Comptant sur des doublages anglais de très grande classe, Danny et Léo voient leur relation changer pour se terminer avec fracas, retournement de situations presque « Sawesque » s'il en est. Une telle démonstration prouve bien que le jeu vidéo et le cinéma sont intimement liés.
Les Plus
  • Un scénario qui vaut le détour
  • Des homicides tranchants à regarder
  • La durée de vie correcte
Les Moins
  • Les ennemis juste risibles
  • Les graphismes un poil décevants
  • Des phases de jeu en dents de scie