Le Seigneur des Anneaux Online : un MMO pour les gouverner tous

24 mai 2007
Testé par sur
Disponible sur
4
  • Éditeur Codemasters
  • Développeur Turbine Games
  • Sortie initiale 27 avril 2007
  • Genres Massively Multiplayer Online, Rôle

Pas facile, après la déferlante World of Warcraft, de se faire un nom dans le petit monde impitoyable du MMORPG. Le Seigneur des Anneaux Online : Les Ombres d'Angmar est l'exemple type du jeu qui, tout en prenant une assise confortable (voire même fainéante) dans une hérédité qui a fait ses preuves, parvient à faire valoir ses qualités propres. Au premier rang desquelles, bien sûr, la reconstitution fidèle des Terres du Milieu dans le respect de l'œuvre incommensurable de Tolkien. Le sentiment d'immersion a été privilégié sur les artifices de gameplay, cela se voit. Il est simplement dommage qu'en adaptant l'œuvre dont est issu tout le « jeu de rôle » dans son acception la plus générale, Turbine n'ait pas fait davantage pour favoriser le roleplay. On se prend à rêver au même titre avec une personnalisation plus libre et plus poussée de son avatar dès sa création, des interactions entre joueurs accrues (il est impossible de voler ou de tuer un autre personnage de son bord) et une dimension sociale favorisée. D'aucuns rétorqueront que, de nos jours, plus aucun jeu ne propose cela. Mais cela n'aurait-il pas, justement, permis à LOTRO de se démarquer ? Hélas, sans doute son orientation trop grand public dessert-elle ce type d'ambition. Pour l'heure, il reste un très bon MMORPG comparé à la production actuelle, à réserver aussi bien aux (nombreux) fans de l'univers de Tolkien qu'aux autres.

Dans la jungle inextricable du MMORPG médiéval fantastique PC, dominée par l'insatiable prédateur qu'est World of Warcraft, déboule un nouveau prétendant basé sur l'œuvre fondatrice du genre, Le Seigneur des Anneaux. L'équipe de Turbine n'en est pas à son coup d'essai : les deux Asheron's Call et, plus récemment, Dungeons & Dragons Online. Basé directement sur les livres de J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux Online : Les Ombres d'Angmar fait le pari de l'adaptation appliquée et respectueuse plus que de la nouveauté. Cela peut suffire à convaincre les nombreux fans qui se languissaient de parcourir les Terres du Milieu. Mais qu'en est-il des autres ?

Les rencontres avec les personnages des romans sont à la fois un grand plaisir et un gage d'immersion.

La petite histoire dans la grande

La cinématique d'introduction, d'une qualité sensiblement identique à celles des jeux Blizzard, vous plonge directement dans le contexte. Au cours du Troisième Age, les forces maléfiques se rassemblent dans les Terres du Milieu. Alors qu'en Mordor Sauron prépare son sinistre dessein, dans le Nord les armées du Roi-Sorcier d'Angmar deviennent une menace de plus en plus sérieuse pour les peuples libres d'Eriador. Dans cette région cohabitent hobbits, hommes, elfes et nains. C'est d'ailleurs une de ces quatre races que le jeu vous propose d'incarner à la création. Il vous faudra aussi choisir une classe parmi sept possibles : champion, cambrioleur, chasseur, capitaine, gardien, ménestrel, ou maître du savoir - des noms originaux pour des archétypes somme toute très classiques (guerrier, voleur, paladin, …). Nul besoin de nommer votre personnage Legolas, Aragorn ou Meriadoc : l'objectif n'est pas d'incarner directement un des héros de la Communauté, mais de participer au succès de son entreprise en oeuvrant contre les forces maléfiques présentes en Eriador. C'est un principe que vous comprenez dès le tutorial, qui outre l'explication des bases du gameplay, vous confronte déjà à certains personnages du roman, tout en vous maintenant à bonne distance des événements. A la faveur de zones instanciées, l'histoire évolue pour vous permettre d'appréhender les faits marquants tout en traçant votre propre chemin : voilà un principe ingénieux (bien que déjà vu dans Guild Wars) qui permet à Turbine de concilier implication du joueur et respect de l'œuvre originale. Et si vous désirez passer du côté obscur et découvrir de l'intérieur ce qui se trame chez l'ennemi, vous pouvez vous adonner au Monster Play. C'est un mode dans lequel vous contrôlez une créature des forces maléfiques (Uruk-haï, Warg, araignée…) et accomplissez des missions pour le compte d'Angmar. Débutant au niveau maximum (le niveau 50), votre monstre gagne des points de destinée qui lui permettent d'acquérir de nouveaux pouvoirs. Le Monster Play est aussi l'occasion de vous adonner au PvP (joueur contre joueur), puisque dans ce mode vous êtes susceptible de vous retrouver face à des personnages joueurs de haut niveau venus dans cette zone dédiée pour en découdre avec les forces du Mal.

Les combats ne manquent pas de dynamisme, mais certains coups auraient pu bénéficier d'un meilleur impact visuel.

World of Tolkien

La progression dans le jeu de votre personnage principal est plus classique, et similaire à tous les MMORPG actuels : les personnages non-joueurs (ou PNJ) vous confient des quêtes que vous remplissez pour gagner de l'expérience et progresser en niveau. Lesdites quêtes sont variées et intéressantes car elles ne consistent pas toujours à aller tuer X monstres du même type ou à récupérer X items sur leur cadavre. Le « grind » (massacre de monstres à la chaîne) est toujours possible, mais vous n'y êtes guère poussé vu qu'il rapporte moins d'expérience que l'accomplissement des quêtes. C'est une chose rare qu'il faut saluer, car elle permet au jeu de gagner en rythme et en équilibre. En contrepartie, licence oblige, il vous faut compter avec le bestiaire de l'univers de Tolkien : loups, ours, araignées géantes, brigands et gobelins reviennent un peu trop souvent en début de jeu, déclinés à toutes les sauces. Il vous faut attendre un peu avant de vivre des affrontements autrement plus épiques, face à des adversaires comme les arbres de la vieille forêt ou les spectres des Galgals. Le gameplay en combat est des plus classiques : vous utilisez des compétences en cliquant sur leurs icônes, regroupées dans une barre dédiée. L'interface ressemble d'ailleurs comme deux gouttes d'eau à celle de World of Warcraft. Mais pourquoi se priver d'un tel héritage, tant celui-ci a fait ses preuves ? Autre élément de similitude : de nouvelles compétences s'acquièrent au fur et à mesure du passage des niveaux, et sont spécifiques à chaque classe. Il vous suffit d'aller voir le mentor de votre classe et de lui verser une (forte) somme d'argent pour les acquérir. Elles sont cependant trop peu nombreuses, et offrent donc moins de possibilités tactiques que de coutume (d'autant que certaines sont passives et s'utilisent automatiquement). Le Seigneur des Anneaux Online (plus couramment appelé LOTRO) reprend également le principe d'opportunité héroïque de Everquest 2 (renommé ici « manoeuvre de communauté »), à savoir des compétences de groupe qui nécessitent une coordination de chacun de ses membres. Dernier emprunt, moins bienvenu cette fois : chaque niveau acquis voit vos caractéristiques (santé, force, agilité…) augmenter, de manière propre à chaque classe, sans que vous ayez à effectuer de choix en la matière. Asheron's Call, du même développeur, proposait une gestion très fine des caractéristiques de son personnage : on ne peut que regretter l'orientation trop grand public de LOTRO.

Bien qu'inabouti, le Monster Play est une occasion originale et amusante de conférer des bonus à votre personnage principal.

Sept cent millions de personnages… et moi et moi et moi

Vous avez fort heureusement d'autres façons de personnaliser votre avatar dans LOTRO. A commencer par le système de prouesses, lointain cousin du système d'insignes de City oh Heroes. Il consiste à gagner des titres et des aptitudes (des « traits ») en accomplissant des faits remarquables liés à votre progression dans le jeu. Occire un grand nombre de monstres d'un type donné, visiter certains lieux légendaires, utiliser avec succès certaines compétences : les moyens d'obtenir des traits sont divers et variés et satisfont de manière égale les adeptes de l'exploration, les « bashers » de monstres à outrance, et les férus d'artisanat. L'artisanat, justement, est une autre manière de personnaliser votre héros. Vous choisissez une vocation générale, composée de trois professions que vous pouvez développer à votre guise. Ferronnier, menuisier, tailleur, bijoutier, fermier… la palette est assez complète bien que des plus classiques. D'une simplicité proche de World of Warcraft, le système d'artisanat de LOTRO est finalement plus proche de celui de Everquest 2 car il rend nécessaires les relations entre les joueurs et favorise une économie de marché. Chaque métier vous permet en effet de produire des objets utilisables, mais aussi des matières premières requises par d'autres professions. Et pour revendre vos biens à la communauté, un système de vente aux enchères en tous points identique à celui de World of Warcraft est disponible. Vous pouvez aussi y vendre les pièces d'équipement de rareté variée que vous récoltez sur les monstres, qui vous confèrent divers bonus et vous permettent de personnaliser graphiquement votre avatar. La possibilité de mélanger des pièces d'armure d'origines diverses lui donnent par contre un aspect un peu kitsch qui ne plaira pas à tout le monde. Vous pouvez également bénéficier d'une monture à haut niveau, mais il est par contre impossible d'acquérir une maison. Enfin, dernière occasion de rendre votre personnage un peu plus unique, tout en valorisant l'intérêt du Monster Play : les points de destinée acquis en tant que créature peuvent être dépensés pour acheter des aptitudes temporaires à votre héros principal (déplacement plus rapide, gain d'expérience facilité, pouvoirs inédits…).

Les environnements superbes vous donnent des envies irrépressibles de screenshots.

Une réalisation à la hauteur

Les lecteurs du Seigneur des Anneaux savent quelle importance Tolkien accorde à la description des paysages, et comment l'auteur parvient à les multiplier sans aucune lourdeur de style, lui permettant au contraire d'immerger plus fortement le lecteur dans son univers. Les graphistes de LOTRO ont réussi à peu près le même tour de force en reconstituant fidèlement les Terres du Milieu tout en préservant le charme ineffable et poétique des descriptions deTolkien. Les paysages sont d'une beauté visuelle et d'une poésie qui vous feront oublier Oblivion. Pour peu que vous disposiez d'une configuration récente (et décente), la finesse des graphismes, la qualité des compositions paysagesques, et la profondeur de champ phénoménale sont un régal pour les yeux. La Vieille Forêt, les Hauts des Galgals, la ville de Bree, le Mont Venteux… tous ces lieux uniques sont là, parfaitement identifiables et reconstitués avec un soin du détail méticuleux. La Comté notamment, avec ses paysages typiques de collines vertes et boisées, de champs amoureusement cultivés, de maisonnettes aux fenêtres rondes qui s'illuminent la nuit, vous procure un sentiment d'immersion inégalé. Il est d'autant plus dommage que les personnages souffrent de la comparaison avec ces décors magnifiques: leur modélisation est correcte, mais les visages manquent de détails et les textures sont en deçà de la référence de deux ans d'âge, Everquest 2. Quant aux animations, elles sont d'une qualité inégale : certaines sont très réussies (c'est le cas par exemple des créatures que vous incarnez dans le Monster Play) quand d'autres laissent franchement à désirer. En ce qui concerne les thèmes musicaux, ils sont très bien sentis et respectent à merveille l'œuvre de Tolkien : les ritournelles entraînantes de la Comté laissent la place à des compositions plus sombres et plus atmosphériques à mesure que l'on s'aventure dans des régions hostiles. Ils sont en outre suffisamment discrets pour vous laisser profiter d'une ambiance sonore de grande qualité. Gazouillis des oiseaux et bruit du vent dans les feuillages en extérieur, crépitement des flammes dans les foyers, tintement des chopes dans les auberges : encore une fois, tout est fait pour favoriser l'immersion du joueur. Comment, enfin, passer sous silence une innovation aussi futile qu'indispensable : la possibilité de jouer réellement, grâce à votre clavier, des instruments présents dans le jeu (luth, flûte,…). Vous pouvez ainsi faire profiter les autres joueurs de vos compositions, voire improviser des concerts avec eux. Une excellente idée !
Les Plus
  • La reconstitution fidèle de l'univers de Tolkien
  • La progression scénarisée sans atteinte à la liberté
  • Les environnements magnifiques
  • La qualité, l'originalité et la variété des quêtes proposées
  • La qualité de la traduction française
Les Moins
  • Les personnages un peu « fades »
  • Le faible nombre de compétences
  • Le Monster Play est une fausse idée pour masquer l'absence d'un vrai mode PvP