Capcom joue la carte pragmatique
Capcom excelle dans l'art de ressusciter ses licences cultes – mais là, l'éditeur japonais joue un tout autre jeu : une franchise inédite, sans héritage pour rassurer, sans communauté acquise d'avance. Pragmata débarque avec un duo improbable : un grand gaillard tête brûlée et une petite fille androïde aussi innocente que courageuse. Un contraste qu'on a déjà vu, certes, mais qui peut faire des merveilles entre de bonnes mains. Six ans entre ces mains-là – le temps d'une belle maturation, ou d'un soufflé qui retombe ?
L'histoire

L'histoire joue la carte du duo attachant, une ficelle certes bien connue du cinéma comme du jeu vidéo, et l'intrigue reste finalement assez classique dans ses grandes lignes. Mais l'univers, lui, a de la gueule : l'IA et l'impression 3D sont au cœur du propos, un thème on ne peut plus contemporain qui donne une saveur particulière à chaque niveau traversé.
Le principe
Venir à bout de ce boss très agité n'est pas une mince affaire. Préparez-vous !

Les niveaux paraissent linéaires de prime abord, mais fouiller les recoins est fortement conseillé : des murs hologrammes dissimulent des munitions, et les bonus d'amélioration font toute la différence. À chaque mort, vous revenez au refuge, un espace sûr où vous gérez votre équipement avant de repartir à l'assaut – une mécanique stratégique qui a cependant le défaut de vous sortir brutalement de l'histoire.
L'emballage
Oui, vous êtes à New York. Mais il manque quelques trucs...

Les environnements varient un peu au fil des biomes traversés, apportant une diversité bienvenue même si le passage d'arène en arène finit par se faire sentir. Du côté sonore, la bande-son accompagne le tout sans s'imposer, et le doublage français de Diana risque, soyons honnêtes, d'en agacer plus d'un au départ – surtout si vous n'êtes pas accoutumés aux productions japonaises. Patience, ça passe.
Pour qui ?
Le fantasme de la végétation sur la Lune fait l'objet d'un biome complet.

La comparaison avec Death Stranding – un héros accompagné d'une enfant – vient naturellement à l'esprit, mais la parenté s'arrête là. Pragmata est bien plus arcade, bien moins contemplatif, et son sens de la mise en scène reste dans des rails beaucoup plus classiques que l'ovni de Kojima. Son côté arcade justement, avec sa progression parfois rébarbative au refuge, peut frustrer les joueurs qui cherchent une aventure fluide et immersive de bout en bout. En revanche, ceux qui aiment maîtriser leur gameplay avant de repartir au front seront dans leur élément.
L'anecdote
Le robot Cabin vous propose des sessions d'entraînement bien utiles pour progresser.

Hugh n'est pas en reste : quand il lui balance « Tu te rapproches plus d'un chatbot quoi », on sent toute la complicité maladroite qui se noue entre eux. Au milieu d'un monde entièrement fabriqué par des impressions 3D, cette androïde de pacotille finit par devenir la personne la plus humaine de l'histoire. C'est le genre de chose qu'on ne voit pas venir, et qui reste.
Mention spéciale également à Cabin, le robot domestique façon Chibi-Robo ! qui sert de base de données – décalé, fun, et dont la présence apporte une légèreté bienvenue dans cet univers sous tension.
- Le duo Hugh / Diana, attachant et bien écrit
- Le système de double gameplay tir + hacking, efficace et original
- Une technique irréprochable et une direction artistique soignée
- Les environnements variés avec de bonnes idées visuelles (anomalies d'impression 3D)
- Les ennemis avec leurs points faibles et la vraie tactique que ça implique
- Les robots géants façon Shadow of the Colossus... même si on ne peut pas grimper dessus
- Cabin, le robot domestique décalé et fun
- Un rythme haché par des cinématiques fréquentes, surtout en début de jeu
- Le retour au refuge à chaque mort : stratégique mais immersion brisée
- La progression répétitive d'arène en arène, systématique et un peu mécanique
- Le doublage français de Diana, clivant au départ
- Le backtracking imposé pour maxer les compétences, rébarbatif pour certains
- Une intrigue finalement classique malgré un univers intéressant
Après six ans d'attente et autant de reports, Pragmata ne révolutionne pas le jeu d'action-aventure – mais il fait bien son travail, et parfois même très bien. Son double gameplay tir + hacking est une idée solide, bien exécutée, qui demande une vraie implication tactique. Sa technique est au rendez-vous, ses personnages finissent par toucher au cœur, et son univers mérite qu'on s'y attarde. Il pèche en revanche par un systématisme trop visible – les arènes qui s'enchaînent, le refuge obligatoire, la progression un peu scolaire – qui tempère l'enthousiasme. Si vous cherchez un TPS arcade avec de la personnalité et un duo attachant, Pragmata mérite clairement votre attention. Si vous espériez une révolution narrative ou une liberté de gameplay totale, la Lune vous semblera peut-être un peu petite.