Test | Pragmata
21 avr. 2026

Capcom joue la carte pragmatique

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Pragmata
  • Éditeur Capcom
  • Développeur Capcom
  • Sortie initiale 24 avr. 2026
  • Genre Action

Capcom excelle dans l'art de ressusciter ses licences cultes – mais là, l'éditeur japonais joue un tout autre jeu : une franchise inédite, sans héritage pour rassurer, sans communauté acquise d'avance. Pragmata débarque avec un duo improbable : un grand gaillard tête brûlée et une petite fille androïde aussi innocente que courageuse. Un contraste qu'on a déjà vu, certes, mais qui peut faire des merveilles entre de bonnes mains. Six ans entre ces mains-là – le temps d'une belle maturation, ou d'un soufflé qui retombe ?

L'histoire

Nous sommes dans un futur proche. Une équipe de quatre astronautes débarque sur une station de recherche lunaire où il s'est visiblement passé des choses. Les couloirs sont silencieux. Trop silencieux. Très vite, le groupe se disperse, et certains membres ne réapparaissent plus vraiment en état de discuter. Vous incarnez Hugh, un astronaute qui n'a pas froid aux yeux, rapidement accompagné de Diana, une androïde à l'apparence d'une petite fille. Ensemble, ils devront comprendre ce qui s'est passé, affronter une IA hostile qui a pris le contrôle de la station, et – si tout va bien – rentrer sur Terre.


L'histoire joue la carte du duo attachant, une ficelle certes bien connue du cinéma comme du jeu vidéo, et l'intrigue reste finalement assez classique dans ses grandes lignes. Mais l'univers, lui, a de la gueule : l'IA et l'impression 3D sont au cœur du propos, un thème on ne peut plus contemporain qui donne une saveur particulière à chaque niveau traversé.
Une base lunaire qui cache bien son jeu

Le principe

Venir à bout de ce boss très agité n'est pas une mince affaire. Préparez-vous !

Pragmata est un jeu d'action à la troisième personne, linéaire, rythmé par des phases de combat et régulièrement entrecoupé de cinématiques. Le cœur du gameplay repose sur la complémentarité entre Hugh et Diana : vous tirez, elle hacke. Dès le premier affrontement, vous comprenez l'essentiel : Hugh arrose l'ennemi tandis que Diana, via un système de connexion simple, peut le pirater quasi simultanément pour le rendre plus vulnérable. Chaque ennemi dispose de points faibles spécifiques, à la manière des machines de Horizon Zero Dawn, et le jeu vous impose de choisir la bonne arme pour le bon adversaire, parfois en plein combat. Ça demande de la dextérité. Pas de honte à passer en mode facile – personne ne regarde !


Les niveaux paraissent linéaires de prime abord, mais fouiller les recoins est fortement conseillé : des murs hologrammes dissimulent des munitions, et les bonus d'amélioration font toute la différence. À chaque mort, vous revenez au refuge, un espace sûr où vous gérez votre équipement avant de repartir à l'assaut – une mécanique stratégique qui a cependant le défaut de vous sortir brutalement de l'histoire.
Tirer et hacker en même temps, c'est tout un art

L'emballage

Oui, vous êtes à New York. Mais il manque quelques trucs...

Visuellement, Pragmata est propre. Très propre, même. La technique est irréprochable, et la direction artistique tire intelligemment parti de son concept central : certains niveaux présentent des anomalies d'impression 3D, comme ces rues de New York inachevées qui font immanquablement penser à Inception. L'ambiance est froide, lunaire (c'est de circonstance), et les ennemis – robots et machines hostiles – dégagent quelque chose d'inquiétant dans leur progression implacable.


Les environnements varient un peu au fil des biomes traversés, apportant une diversité bienvenue même si le passage d'arène en arène finit par se faire sentir. Du côté sonore, la bande-son accompagne le tout sans s'imposer, et le doublage français de Diana risque, soyons honnêtes, d'en agacer plus d'un au départ – surtout si vous n'êtes pas accoutumés aux productions japonaises. Patience, ça passe.
Une Lune imprimée en 3D, et ça se voit

Pour qui ?

Le fantasme de la végétation sur la Lune fait l'objet d'un biome complet.

Pragmata s'adresse avant tout aux amateurs d'action-aventure linéaire qui n'ont pas peur d'un certain challenge et aiment optimiser leur façon de jouer. Si vous avez apprécié les combats tactiques de Horizon Zero Dawn ou les ambiances SF de Dead Space, vous devriez trouver vos marques.


La comparaison avec Death Stranding – un héros accompagné d'une enfant – vient naturellement à l'esprit, mais la parenté s'arrête là. Pragmata est bien plus arcade, bien moins contemplatif, et son sens de la mise en scène reste dans des rails beaucoup plus classiques que l'ovni de Kojima. Son côté arcade justement, avec sa progression parfois rébarbative au refuge, peut frustrer les joueurs qui cherchent une aventure fluide et immersive de bout en bout. En revanche, ceux qui aiment maîtriser leur gameplay avant de repartir au front seront dans leur élément.
Pour ceux qui aiment tirer et réfléchir en même temps

L'anecdote

Le robot Cabin vous propose des sessions d'entraînement bien utiles pour progresser.

Je l'avoue : Diana m'a tapé sur les nerfs pendant le premier quart d'heure. Cette voix, ce ton surjoué à la japonaise... j'étais à deux doigts de baisser le volume et de ne plus lui adresser la parole. Et puis, quelque chose a changé. Au détour d'une situation particulièrement tendue, entouré d'ennemis froids et menaçants, elle m'a lancé avec le plus grand sérieux : « On y va, et s'il ne t'arrive rien, c'est que ce n'était pas dangereux ! » J'ai ri. Depuis, j'ai pris l'habitude de lui parler dès que l'occasion se présentait – ce qui débloque d'ailleurs un succès et offre un second degré vraiment bienvenu.


Hugh n'est pas en reste : quand il lui balance « Tu te rapproches plus d'un chatbot quoi », on sent toute la complicité maladroite qui se noue entre eux. Au milieu d'un monde entièrement fabriqué par des impressions 3D, cette androïde de pacotille finit par devenir la personne la plus humaine de l'histoire. C'est le genre de chose qu'on ne voit pas venir, et qui reste.

Mention spéciale également à Cabin, le robot domestique façon Chibi-Robo ! qui sert de base de données – décalé, fun, et dont la présence apporte une légèreté bienvenue dans cet univers sous tension.
Quand un robot fait sourire malgré les balles
Les Plus
  • Le duo Hugh / Diana, attachant et bien écrit
  • Le système de double gameplay tir + hacking, efficace et original
  • Une technique irréprochable et une direction artistique soignée
  • Les environnements variés avec de bonnes idées visuelles (anomalies d'impression 3D)
  • Les ennemis avec leurs points faibles et la vraie tactique que ça implique
  • Les robots géants façon Shadow of the Colossus... même si on ne peut pas grimper dessus
  • Cabin, le robot domestique décalé et fun
Les Moins
  • Un rythme haché par des cinématiques fréquentes, surtout en début de jeu
  • Le retour au refuge à chaque mort : stratégique mais immersion brisée
  • La progression répétitive d'arène en arène, systématique et un peu mécanique
  • Le doublage français de Diana, clivant au départ
  • Le backtracking imposé pour maxer les compétences, rébarbatif pour certains
  • Une intrigue finalement classique malgré un univers intéressant
Résultat

Après six ans d'attente et autant de reports, Pragmata ne révolutionne pas le jeu d'action-aventure – mais il fait bien son travail, et parfois même très bien. Son double gameplay tir + hacking est une idée solide, bien exécutée, qui demande une vraie implication tactique. Sa technique est au rendez-vous, ses personnages finissent par toucher au cœur, et son univers mérite qu'on s'y attarde. Il pèche en revanche par un systématisme trop visible – les arènes qui s'enchaînent, le refuge obligatoire, la progression un peu scolaire – qui tempère l'enthousiasme. Si vous cherchez un TPS arcade avec de la personnalité et un duo attachant, Pragmata mérite clairement votre attention. Si vous espériez une révolution narrative ou une liberté de gameplay totale, la Lune vous semblera peut-être un peu petite.

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