Watch Dogs : Legion

17 nov. 2020

Dogs save the Queen

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4
  • Éditeur Ubisoft
  • Développeur Ubisoft
  • Sortie initiale 29 octobre 2020
  • Genres Action, Aventure, Infiltration

Élever le hacking au rang d'art, c'est un peu le leitmotiv de la série Watch Dogs depuis maintenant six ans. Après un premier volet fondateur plutôt sombre et sérieux, et un second nettement plus bac-à-sable et feel good, avec ce troisième opus il apparaissait évident qu'Ubisoft devait enfin choisir la voie sur laquelle cette licence pourrait exprimer tout son potentiel. Pas de suspense inutile : Watch Dogs : Legion coche toutes les cases de l'évolution réussie.

L'histoire

Des attentats multiples, une démission du gouvernement incapable de faire face au chaos général, une organisation paramilitaire qui prend durement le relai dans l'espace aussi bien public que cyber, non, nous ne sommes pas en 2020, mais presque. Quoiqu'il en soit, le groupe d'hacktivistes DedSec va avoir fort à faire pour libérer Londres de l'oppression. Problème : même s'il s'agit du majeur, ses membres se comptent dorénavant sur les phalanges d'un doigt. Rassurez-vous : plus pour longtemps.

Monter une rébellion en suivant un leader charismatique, ça, on l'a déjà fait. Très souvent même. Par contre, glisser la graine de la révolte dans l'esprit du premier passant venu, quel que soit son statut professionnel et son rang social, voilà un principe beaucoup moins fréquent. Et c'est là l'excellente idée de ce Watch Dogs : Legion. N'importe qui peut devenir un agent de DedSec, ou plutôt le monde entier peut lancer son pavé dans la mare. Un ouvrier, une infirmière, un trader, une retraitée, un serveur, une tatoueuse, un SDF... Et en proposant l'option - activation fortement recommandée - de "mort définitive" pour chacun de vos agents, le jeu d'Ubisoft vous offre une radicalité terriblement impliquante. Ici, plus question de piocher au hasard dans les péquins et d'avancer avec détachement sans se soucier du destin de votre fraîchement recruté. Surtout si vous l'avez détourné du camp adverse, processus complexe mais réjouissant. Impossible non plus d'envoyer au front votre agent préféré sans y avoir réfléchi à deux fois. Bref, dans Watch Dogs : Legion tout le monde est un héros potentiel, et si sur le papier ce postulat est un peu ampoulé, en pratique, c'est un atout de gameplay considérable.

Une option indispensable pour apprécier le jeu à sa juste valeur, alors pas d'excuses !

Le principe

Watch Dogs : Legion prend place dans un monde ouvert qui peut paraître un peu restreint comparé à ses collègues puisque le jeu ne vous propose que de parcourir Londres intra-muros. Mais quelle Londres ! L'effervescence de la capitale britannique est parfaitement rendue et se retrouver face aux écrans géants de Piccadilly Circus fait son petit effet. Idem pour Trafalgar Square et le majestueux palais de Westminster. Pour les petits curieux, vous pourrez même tenter d'aller au 10 Downing Street. Bien sûr, s'agissant d'un Londres fantasmé, sous tension, où drones, portiques de sécurité et contrôles d'identité sont omniprésents, tout est un peu différent de ce que l'on connaissait déjà. Et c'est là que vous et votre équipe intervenez.

Comme dans tout monde ouvert qui se respecte, préparez-vous à être baladé d'un point à un autre de la carte pour remplir missions principales et secondaires. Empruntez le Tube si vous êtes pressé ou préférez la conduite de véhicules (petit point faible du jeu), idéale pour profiter de l'ambiance et des environnements super détaillés. Concernant ces fameuses missions, tout ici est souvent question d'infiltration physique ou numérique. Physique lorsqu'il s'agit de vous approcher d'un serveur pour y supprimer des données par exemple. Numérique lorsque vous devez hacker des appareils connectés pour atteindre des coins d'un bâtiment sévèrement gardés.

L'infiltration sera toujours votre meilleur atout car, mine de rien, les ennemis sont plutôt coriaces, aussi bien au corps-à-corps qu'en gunfight, à moins de disposer d'un agent adapté à ces affrontements rapprochés. À vous de bien piocher dans votre équipe celui qui répond aux critères de chaque mission. Plongez tête baissée dans une mission périlleuse est le meilleur moyen d'envoyer vos rebelles au casse-pipe. Et si vous avez activé l'option "mort définitive" (faite-le on vous dit !), vous risquez de rapidement déchanter.

Piratez des drones pour prendre de la hauteur sur la situation (et profiter du paysage).

Le hacking

Pierre angulaire du gameplay de Watch Dogs : Legion (et de la série toute entière bien sûr), le hacking méritait bien un paragraphe à lui tout seul. Vous pouvez quasiment tout pirater dans le jeu : ordinateur, smartphone, digicode, terminal bancaire, drone, caméra, véhicule, arme, feu de signalisation, armoire électrique... Certains sont aussi contrôlables à distance parmi lesquels les drones de cargaison (pratiques pour accéder aux toits) et le génial arachnobot qui permet de se faufiler dans les conduits d'aération. Même s'il a tendance à se répéter d'une mission à l'autre, le principe reste absolument jouissif. Cela dit, méfiez-vous : avant de prendre le contrôle d'un drone, assurez-vous d'abord d'être dans un endroit où vous ne pourrez pas vous faire repérer facilement par une patrouille. On ne compte plus les agents de DedSec abattus alors qu'ils avaient les yeux rivés à leur smartphone.

Il semblerait bien que la famille royale ait jeté l'éponge.

La réputation

Londres a beau être la deuxième plus grande ville d'Europe en terme d'habitants, ça n'en reste pas moins un village où tout le monde se connaît. Watch Dogs : Legion l'illustre à merveille avec un système de réputation assez impressionnant. Ainsi, chaque interaction avec un PNJ, que ce soit pour le recruter, le tuer ou ce que vous voulez, aura une incidence sur un voire plusieurs autres PNJ. Par exemple, si lors d'une mission vous liquidez un soldat d'Albion - l'organisation paramilitaire qui contrôle la ville -, vous pourrez très bien croiser sa veuve ensuite, veuve qui aura de fait un avis très défavorable sur DedSec. Si l'envie vous prenait de la recruter, la tâche se révélera alors encore plus difficile.

Un agent décédé, ça fait toujours son petit effet, surtout quand c'est son préféré.

Le multi

Le multijoueur sera disponible au début de l'année 2021 par l'intermédiaire d'une mise à jour gratuite. Ubisoft annonce de nouvelles missions coopératives, des quêtes annexes et plusieurs défis. Un mode PvP sera également au rendez-vous, permettant jusqu'à huit adversaires de s'affronter par robots interposés. Vous pourrez également parcourir le même open world à quatre joueurs. Nous vous en reparlerons bientôt !

Une retraitée qui s'amuse avec des écrans de contrôle, il va falloir s'y habituer.

Pour qui ?

Nul besoin d'avoir goûté aux précédents volets de la série pour apprécier Watch Dogs : Legion. Puisque cet opus regroupe toutes les qualités de ses prédécesseurs, tout en restant indépendant sur le plan scénaristique, il se révèle un excellent point d'entrée dans le monde réjouissant du hacking et de l'infiltration. Si vous avez apprécié des jeux tels que Deus Ex et Hitman, vous serez ravi d'y retrouver des points communs au niveau de l'ambiance et des mécanismes.

Pour les fidèles, les premières heures de jeu auront certes un goût de déjà-vu car Ubisoft ne réinvente évidemment pas la roue. Mais les apports sont notables et la maîtrise de l'open world encore plus pointue, aussi bien au niveau de son dynamisme que de son impressionnant système de réputation.

N'hésitez pas à vous lancer dans un street art tour : ça vaut le(s) détour(s).

L'anecdote

Watch Dogs : Legion est intégralement localisé en français. Et sur un jeu comme celui-ci, bourré de personnages secondaires qui peuvent devenir principaux, la tâche est assez énorme. En toute transparence, les développeurs ont avoué avoir fait appel à un même comédien de doublage pour réaliser plusieurs voix différentes. Si le principe en soi n'est pas nouveau, le résultat sur ce jeu est plutôt impressionnant. Il faut vraiment tendre l'oreille pour s'en rendre compte. Si vous vous en rendez compte !
Les Plus
  • Un open world restreint mais hyper cohérent, beau et dynamique
  • Les joies du hacking quasi illimité
  • Une opulence assez réjouissante
  • Le concept de soulèvement populaire poussé à fond
  • Des doublages FR qui ne déméritent pas
  • Un bon paquet d'easter eggs
Les Moins
  • Quelques plantages
  • La modélisation de l'eau n'est pas très... gazeuse (plutôt plate donc)
  • Peut être répétitif si vous foncez (vive les missions annexes)
Résultat

Legion n'est pas seulement une excellente et réjouissante évolution du concept du "hackez tout !" initié il y a maintenant six ans par Watch_Dogs. C'est également un miroir assez malin de notre société actuelle, hyper connectée mais aussi de plus en plus paumée, où tout un chacun peut devenir le caillou qui viendra enrayer des engrenages qui s'emballent chaque jour un peu plus. Mine de rien, sous des airs mainstream qui peuvent agacer, avec Watch Dogs : Legion les divers équipes d'Ubisoft ont su capter nos travers et les forcer juste ce qu'il faut pour obtenir un open world dynamique, réaliste, esthétiquement très présentable et surtout ludiquement méchamment efficace.