Tacoma

22 oct. 2017
Testé par sur
Disponible sur
2

Railcoaster spatial

Tacoma vous laisse sur cette impression désagréable. Un très joli contexte, une mise en scène parfaite, une écriture de l’intime très juste et un contexte social intelligemment amené qui posent les bases d’une conclusion enivrante. Pourtant, malgré ses nombreuses qualités, à aucun moment le jeu ne vous imprègne : sa durée de vie extrêmement courte, ses scénettes sans aucune implication de votre part et l’absence de révélations tonitruantes font de Tacoma un jeu étouffé dont vous sortirez indifférent.

Tacoma vous propose de suivre les traces de Thomas Pesquet, dans l’espace, au cœur d’une station orbitale. Votre mission : en découvrir les derniers événements et chercher dans les moindres recoins les raisons de ne pas vous endormir.

Le principe

Vous êtes envoyé sur Tacoma, une station orbitale dont l’équipage ne donne plus aucun signe de vie. Votre mission : découvrir le pourquoi d’un tel silence. La très belle idée du jeu est qu’ODIN, l’intelligence artificielle de la station orbitale, a enregistré chaque événement susceptible de vous faire comprendre les derniers instants de cet équipage. La visite de la station vous est imposée selon un cheminement précis, et à chaque fois c’est la même petite mécanique d’enquête.

À chaque nouvelle zone, ODIN vous propose de revivre les derniers échanges entre les différents membres de l’équipage, chaque dialogue mettant en lumière un ou plusieurs acteurs à travers la possibilité de consulter leurs mémoires personnelles. Vous en apprendrez plus sur leurs échanges professionnels ou privés à travers des mails, des illustrations, des conversations. Ensuite, vous avez quartier libre pour visiter la zone. Il s’agit de fouiller l’intimité d’une équipe : que lisent-ils, qu'écoutent-ils, que cachent leurs poubelles, quels étaient les derniers mails reçus et leurs tiroirs les plus intimes que contiennent-ils derrière une clé ou un code à trouver ?

Ces éléments riches n’apportent pourtant rien à une histoire qui manque de chair, dont vous êtes toujours spectateur, rien ne vient vous impliquer. Peut-être par manque d’artifice car tout est trop réaliste, trop insipide. Une austérité administrative, sociale et finalement intime, qui en dit long sur ce monde totalitaire, écrasant et oppressant jusqu'à la narration, jusqu'à la possibilité d’un accident, annihilant les circonstances de toute aventure humaine.

Votre mission est claire.

L'ambiance

Le jeu est graphiquement très propre, extrêmement soigné, d’une grande humilité. Les scénettes rejouées par ODIN se font sur le mode de la réalité augmentée : devant vos yeux des personnages mal définis, grésillants, en fil de fer et tout en transparence d’une couleur précise - définissant leur place au sein de cette station - jouent leur texte. À votre guise, vous vous déplacez dans l’espace, observant ou ignorant ce qui se passe, choisissant le point de vue, le déplaçant ou le fixant. Dispositif astucieux sur lequel le jeu voudrait se reposer plus qu’il ne le peut réellement, car ces discussions tiennent plus de l’échange courtois que de l’altercation, il ne se passe rien.

Vous vous ennuyez ferme et malgré tout l‘amour que vous pouvez porter à une observation minutieuse, à la contemplation amoureuse, les développeurs ne parviennent jamais à justifier votre présence ici. La courte durée de vie frustre autant qu’elle aide à passer la pilule d’une aventure dans laquelle vous ne vous êtes jamais senti impliqué, sauf dans ses derniers instants. L’aventure sur une pirouette scénaristique extraordinaire inverse ce sentiment de lassitude et, comble de la situation, vous donne envie de recommencer le jeu. En aurez-vous le courage ?

La propagande encourage le meilleur de vous-même.

Pour qui ?

Tacoma est une attraction telle qu’on la conçoit chez Disney. Une vitrine de la science-fiction où tout y est parfaitement disposé, un argument plus qu’un scénario, une implication visuelle aux bribes d’interactions, un parcours scénique à réserver aux promeneurs solitaires, sensibles au mouvement inlassable d’un monde jouet.

Du basket sans dessous, dessus.

L'anecdote

Il y a tout de même deux choses géniales dans Tacoma. La première est l’occasion de l’apesanteur pour aller d’un quartier à un autre. Vous pourrez même vous essayer à une partie de basket dans ces conditions. Les sensations sont fantastiques et c’est vraiment très drôle. Ensuite, je ne manquais jamais une occasion d’ouvrir les stores électriques dans toute la station, les vues extérieures où se mélangent l’espace infini et la brutalité de cette arche orbitale sont absolument magiques.
Les Plus
  • L'impression d'y être
  • La conclusion géniale
  • Le principe de réalité augmentée fait son petit effet
Les Moins
  • Des ralentissements consternants
  • Une durée de vie ridicule
  • Un scénario mollasson