Assetto Corsa

07 sept. 2016
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Un moteur et puis rien

Si nous devions faire une comparaison aussi maladroite que le jeu lui-même, cela serait simple : louer les qualités d'Assetto Corsa, c'est comme aduler un vieux jeu de foot pourvu d'un moteur physique exceptionnel, à une époque où FIFA 17 pointe le bout de son nez. Car Assetto Corsa est une simple coquille vide dans laquelle vous prenez plaisir à conduire. Alors certes, les sensations sont là et le multijoueur assure probablement au jeu le principal (un semblant de communauté). Toutefois, c'est se voiler la face de penser qu'Assetto Corsa se destine à d'autres personnes que les adorateurs des chronos. Assez laid, jamais engageant voire même bancal sur bien des points (avec cette manie d'avoir le châssis entre deux chaises), le titre fait même pâle figure au regard de la concurrence, et notamment un F1 2016 à la mécanique de précision inégalable lorsqu'il s'agit de dramaturgie des courses.

Arrivé en 2013 sur PC, Assetto Corsa est vite devenu le Messi des jeux de courses. Loué par un public communautaire qui - évidemment - était dépourvu de titres bling-bling comme Forza, la simulation de course en question faisait baver certains joueurs consoles. Il aura donc fallu attendre près de trois ans pour voir débarquer Assetto Corsa sur PS4 et Xbox One. Mais la mariée est-elle toujours aussi attirante ?

Le principe

Impossible de nier l'aspect simulation d'Assetto Corsa. Soyons clair : c'est avec un plaisir certain que vous allez parcourir les 25 circuits mis à votre disposition. Le moteur physique est excellent et les différences entre les véhicules (une centaine) sont marquées. Plus simplement, le moteur retranscrit parfaitement la puissance de certains bolides-monstres, bien aidé par un mixage sonore réussi. Vous l'aurez compris : Assetto Corsa fait la part belle aux sensations. Sauf celles visuelles, le jeu faisant pâle figure au côté des autres titres PlayStation 4 ou Xbox One. Cela dit, les premières ébauches du titre datant de 2013, nous ne lui en tiendrons pas rigueur (même si le jeu était déjà assez vilain à l'époque).

La vue cockpit est à la hauteur et les sensations sont plus que jamais au rendez-vous.

La carrière

Assetto Corsa mise toutefois un peu trop sur les sensations, car il en oublie tous les à-côtés du genre. Enfin non, pire que cela : il ne les oublie pas mais les intègre de façon terriblement maladroite, comme par obligation. L'un des exemples frappant est l'option de trajectoire idéale. Si celle-ci est présente, la ligne directrice n'est pas dynamique et reste donc purement théorique. Comprendre par-là que celle-ci peut facilement vous induire en erreur vu qu'elle ne dépend jamais de votre véhicule. Pour peu que vous vous y connaissiez un tant soit peu en automobile (et donc en trajectoire) cette dernière n'a véritablement aucun intérêt. Et si les défenseurs des causes perdues diront qu'il s'agit d'une simulation et que, à fortiori, "la trajectoire idéale c'est pour les noobs", il est justement d'autant plus dommage d'intégrer un tel outil de façon si maladroite. Autant ne rien faire, dans ce cas.

Et il en va de même pour le mode Carrière qui semble être là "histoire de". Pour preuve, ses objectifs assez farfelus et complètement simplistes. Il vous faudra surtout faire des contre-la-montre (plutôt très réussis car basés sur un système de checkpoint) et des courses rapides. Le souci, c'est que la difficulté est très artificielle car dépendant avant tout du niveau de l'ordinateur (très corsé). Là où le bas blesse, c'est qu'à contrario de son gameplay grisant et de son approche gratifiante des chronos, le jeu ne gratifie jamais la performance et ne fait preuve d'aucune mesure. Ainsi, malgré la difficulté du titre, jamais il ne songe à récompenser un joueur finissant en quatrième position (par exemple). Une médaille de bronze sinon rien. Ce n'est pas fondamentalement gênant, mais cela reste trompeur sur l'orientation du titre, sans compter le côté désuet du système, à une époque ou chaque jeu de course (de Gran Turismo 6 à F1 2016) met tout en œuvre pour fournir au joueur une source de motivation viable.

Les événements spéciaux (chronos, hotlap, drift...) constituent le pan intéressant du solo.

Le multi

Excepté le mode Events (qui propose de vrais défis), Assetto Corsa base surtout son expérience sur le multijoueur. Il est toutefois regrettable pour un jeu de cette trempe (et qui plus est pas beau), de ne pas proposer du multijoueur local sur console. Les duels entre amis, voilà aussi pourquoi nous aimons les titres basés sur la performance. Cette déception passée, le jeu assure le principal avec de vrais salons, la présence de séances d'essais et de qualifications.

Le mode en ligne est sans aucun doute le gros morceau du jeu.

Pour qui ?

Comme Gran Turismo 5 en son temps, Assetto Corsa se destine aux adeptes de sensations et de chronos. D'ailleurs, comme pour le titre de Sony aux tracés si réalistes (chaque bosse était perceptible avec le périphérique), Assetto Corsa se joue avant tout au volant.

Toutefois, Le jeu de Kunos Simulazioni est bien plus hermétique dans la mesure où les à-côtés sont encore plus anecdotiques. Soulignons donc l'immense mascarade dans laquelle se sont embarqués les développeurs : faire un jeu basé sur le chrono, c'est bien ; mais faire semblant de mettre un mode Carrière et ajouter du contenu artificiellement, c'est tout sauf honnête.

Nous voyons ici et là des commentaires de joueur comparant le titre à l'excellent F355 Challenge sur Dreamcast. Certes, il s'agissait aussi d'une simulation basant sa force sur le gameplay, mais celle-ci était justement épurée de tous les à-côtés parasitant l'expérience et se révélait donc être, dans un sens, bien plus sincère et honnête.

La traduction laisse à désirer, ce qui est parfois agaçant (surtout au début).

L'anecdote

Ce positionnement cocasse nous a évidemment fourni notre lot d'anecdote qui le sont tout autant. Une fois encore, les plus neuneus défendront l'indéfendable en disant que cela ne sert à rien de titiller une simulation à ce point, mais il s'agit aussi ici de pointer du doigt des finitions pas forcément à la hauteur.

Par exemple, sachez que si les sensations sont exemplaires, le moteur physique lors des collisions et assez risible, les voitures perdant alors de leur poids pour donner l'impression de se mouvoir comme des jouets. Plus cocasse encore, la gestion des pénalités nécessitant de ralentir quand un virage n'a pas été pris conformément. Soulignons d'abord l'absurdité à pénaliser un joueur qui se trompe dans sa trajectoire pour mordre l'extérieur et donc perdre du temps. La double peine, en somme.

Ensuite, impossible de ne pas évoquer ce passage amusant (et totalement fortuit) où, lors d'une sortie de route, je me suis retrouvé à couper un pan entier du circuit... sans avoir de pénalité. Un raccourci digne de Mario Kart et qui m'a permis, en étant un peu malin (il ne faut jamais hésiter à fermer les porte au CPU d'Assetto Corsa), de glaner une médaille facilement.

Au rayon des incompréhensions totales, évoquons la traduction complètement farfelue du titre ("Entrainement" vous permettra de lancer la course, sachez-le car c'est pratique). Ou encore ces quelques courses en quatre à six tours, lors desquelles vous êtes quatrième ou cinquième... Avant de terminer premier car les voiture vous précédant ont eu la bonne idée d'aller aux stands au dernier tour. Dans une course en quatre tours, cela est très drôle, même avec la gestion de l'essence ou des pneumatiques activée.
Les Plus
  • Un vrai feeling de conduite
  • Sans les aides, les sensations sont là
  • Le online et l'amour du chrono
  • Un contenu intrinsèquement présent (voitures, circuits, etc.)
Les Moins
  • Pas très beau
  • Un mode Carrière dénué d'intérêt
  • Cette manie de vouloir faire comme les autres par principe, quitte à faire n'importe quoi
  • Certains points vraiment ubuesques
  • Une traduction catastrophique (même si ça reste anecdotique)
  • Pas de météo ou de cycles jour/nuit