Medievil Resurrection, mémoires d'outre-tombe

05 oct. 2005
Testé par sur
Disponible sur
2

Au final, ce MediEvil laisse un sentiment d'inachevé. La résurrection de Sir Fortesque aurait pu être beaucoup plus réjouissante si le système de combat était mieux pensé. Les affrontements avec les monstres de Potencie deviennent un véritable cauchemar et la jauge de vie descend très vite ! Pourtant, MediEvil a tout pour plaire : énigmes gratifiantes pour les neurones, bande-son exceptionnelle, personnages à mourir de rire et lifting graphique réussi. Mais le soft n'a plus ce statut de jeu indispensable qu'il possédait en 98. En attendant le remake de l'excellent Medievil 2.

Cela fait plus de cinq ans que l’on attendait avec impatience le retour de Sir Daniel Fortesque, le peureux le plus héroïque de l’histoire du jeu vidéo. On pensait qu’il allait débarquer sur PS2 et c’est finalement sur PSP que le squelette revient d’outre-tombe. Malheureusement, ce n’est pas pour un épisode inédit.

Zarok travaille son charisme avant la bataille

Il était une fois le Royaume de Potencie

Le jeu commence comme un conte et la douce voix du narrateur plante le décor. C’est l’histoire d’un Roi qui avait dans sa cour, un ancien magicien de foire, reconverti en sorcier maléfique. Le terrible Zarok expérimentait des techniques d’ensorcellement afin de lever une armée capable de renverser le Roi Pèlerin. Une lutte sans merci s’en suivit et la bataille fut l’une des plus sanglantes de l’histoire de la Potencie. Le Capitaine de la Garde Royale, Daniel Fortesque fit un acte héroïque en attaquant de front Zarok. Dan fut malheureusement, touché mortellement à l’œil et fut enterré en héros dans une crypte du cimetière. S’il est considéré comme un homme courageux par ses pairs, il est en réalité un lâche qui resta en arrière pendant la Bataille de Potencie. Le retour de Zarok va lui permettre de prouver son héroïsme et son courage.

Ressuscité un siècle plus tard pour sauver son Royaume, il est aidé par le génie Al-Zalam qui loge dans son crâne. Durant l’aventure, cet incrusteur vous distille de précieux conseils même si ces derniers ont tendance à agacer notre peureux chevalier. Votre périple vous mènera aux quatre coins de la Potencie : du cimetière Fortesque à l’Antre de Zarok en passant par le Village Endormi, la Forêt Enchantée, les Gorges du Potiron et les Quais du Scorbut. Le scénario est suffisamment riche en rebondissements et ne tombe jamais dans la monotonie. Les lieux et les personnages s’enchaînent bien et la mise en scène rend l’environnement crédible. L’histoire se termine en une dizaine d’heures même si certains niveaux mettront vos nerfs à rude épreuve. On regrettera juste que le scénario ne réserve aucune surprises à ceux qui avaient joué au premier Medievil, sorti en 98 sur PS.

Attention Dan ! Un crapaud en ruth !

Un univers sous influence

La Potencie regorge de clins d'oeil faits à divers genres littéraires ou cinématographiques. La première influence remarquable est la patte de Tim Burton sur certains décors des premiers niveaux. En effet, le Cimetière rappelle l'univers de L'Étrange Noël de Monsieur Jack. L'ambiance très sombre du début tranche avec la poésie d'un niveau comme la Forêt Enchantée. Il faut également chercher l'influence de Danny Elfman, compositeur attitré de Tim Burton, sur la bande-son de MediEvil. Cette dernière a été composée par le studio Bob & Barn (Broken Sword, Primal...) et jouée par l'Orchestre National de Prague. Le résultat est à la hauteur de nos espérances. Lyriques, baroques, épiques... la musique sait s'adapter aux ambiances visuelles des niveaux. Cependant, on ne peut limiter pas les influences à Tim Burton et à Danny Elfman.

En effet, le jeu du studio Cambridge a puisé son univers dans les codes de la Comic Fantasy. Genre très populaire en Angleterre, ses auteurs principaux sont Terry Pratchett (Discworld), Piers Anthony (Xanth) ou Robert Asprin (Myth). La Comic Fantasy mêle un univers fantastique et un humour décapant basé sur les jeux de mots ou les situations qui amènent le gag. La dimension d'anti-héros qui sauve le monde malgré lui est un poncif du genre. La Mort est directement inspiré du Faucheur dans Discworld. Medievil fait également de nombreux parallèles avec notre époque : par exemple, Al-Zalam parle de Britney Spears, la déesse des midinettes. Genre adulte, les allusions au sexe sont légions comme les crapauds en ruth ou l'Amazone nymphomane qui "cherche un jardinier pour tailler son buisson". Enfin, il faut souligner l'excellent travail réalisé par l'équipe de doublage qui nous offre une version française d'excellente qualité.

La gorge des potirons, un des meilleurs niveaux du jeu

Lost in Exploration

Le gameplay de MediEvil Resurrection reprend tout ce qui se fait de mieux dans le genre aventure/exploration. Il réutilise les mécanismes des meilleurs jeux d’aventure/action comme Zelda ou les Point’n Click de Lucas Art. Chaque niveau s’articule autour de plusieurs phases. Tout d’abord, il faut tuer les monstres et tout ce qui pourrait être nuisible à votre réflexion. Puis, le joueur explore le niveau à la recherche des mécanismes ou des objets qu’il pourrait utiliser à son avantage. Pour accéder à certains passages, il faudra faire appel à votre dextérité dans des phases de plate-forme. Une fois, l’objet trouvé, on entre dans une nouvelle zone ou au boss final. J’appelle zone toute partie du niveau qui n’est pas accessible dès le début. Les différentes zones sont séparées par des portails à ouvrir avec un interrupteur ou une clé runique.

Ces mécanismes rendent le jeu très linéaire : si vous n’êtes pas en la possession de l’objet permettant de passer, vous restez bloqué. Chaque problème n’a qu’une solution. Heureusement, cette linéarité est atténué par les nombreux rebondissements du scénario. Ce dernier est un puzzle qui se constitue au fur à mesure des niveaux. Il faut également saluer le travail apporté aux énigmes, même si elles sont en définitive peu nombreuses. Cependant, elles se révèlent bien pensées et jamais tirées par les cheveux. L’aspect linéaire de l’exploration présente quelques défauts : après avoir fini le jeu, les niveaux et la logique des énigmes perdent totalement de leur intérêt. De plus, certains niveaux étant très vastes, on a tendance à se perdre et à faire de nombreux aller-retour. L’ajout d’une carte aurait été bénéfique.

La caméra s'emballe et c'est le drame !

Fortesque Can’t Fail

Si les mécanismes d’exploration et d’énigmes sont réussis, les combats se révèlent très décevants, voire par moment, catastrophiques. Cela tient du fait que MediEvil possède un gameplay à l’ancienne, qui a mal vieilli. Sorti en 1998, le premier épisode a puisé son inspiration dans des jeux comme Ghost’n Goblins ou Gauntlet. Cela se ressent dans le système de combat basique et simpliste. Les affrontements sont donc le noyau central du jeu tandis que les énigmes servent en fait, à lier les zones infestées d’ennemis entre elles. On retrouve cette aspect combats dans la plupart des mécanismes de jeux : Plus vous tuez de monstres, plus vous augmentez vos chances d’accéder au Panthéon des Héros pour obtenir de nouvelles armes. Contrairement aux Hack’n Slash traditionnelles, les armes n’évoluent pas en gagnant de l’expérience. Ainsi vous accumulez une dizaine d’armes de plus en plus puissantes pour tuer des ennemis de plus en plus forts.

Ces éléments auraient pu être intéressants si seulement le gameplay ne cumulait pas autant de défauts. Les combats sont à la Zelda : le joueur strafe et cible avec R, puis tente des combos pour toucher son ennemi. Ce système est malheureusement gâché par une gestion des caméras inacceptable. La PSP n’ayant pas de stick droit, le joueur est obligé de recadrer la vue avec R. Le viseur n’arrange pas les choses : il se révèle perfectible avec les armes de jet puisqu’il ne permet pas de changement de cible rapide. En ce qui concerne les déplacements, la précision n’est pas au rendez-vous, la faute à un stick qui glisse et à une croix directionnelle de mauvaise qualité. Enfin, l’inventaire est mal placé ( le tout petit bouton Select) et la navigation est fastidieuse. Reste la présence de boss avec les bonnes vieilles routines à l'ancienne.

Le Cogne-Zarok agace par son manque de précision

Mini-jeux, mini-plaisir

Sony semble avoir imposé un cahier des charges rigoureux à ses studios. En effet, dans tous les jeux développés en interne, on retrouve un mode Wifi/Lan. Pour rappel, ce mode permet de jouer à plusieurs dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres. MediEvil Resurrection n’enfreint pas la règle et propose sept mini-jeux en marge de l’aventure solo. Il y a tout d’abord le Contrôle de vermine où il faut dératiser une ferme à coups de marteau géant. Dans le même trip, on retrouve le Cogne-Zarok, sorte de Rat-Splat version médiévale. Dans le Délice du Berger, vous devez ramener des moutons dans leur enclos. Les Flèches du destin est un tir au pigeon avec une arbalète. Dans le Gardien de la cloche, vous devez protéger votre carillon des assauts des hordes ennemies. Ces mini-jeux souffrent des mêmes symptômes que les combats : le manque de précision du stick et une gestion des caméras perfectible.

Le plus original reste le Trébuchet. Contrairement aux autres, il introduit un nouvel élément de gameplay, à savoir une barre de puissance qui détermine l’angle et la précision de votre tir. En solo, les mini-jeux de la Foire des Plaines de Potencie permettent de gagner de l’argent et des jetons. Ces derniers seront ensuite utilisés chez le marchand d’armes. En multijoueur, ce n’est guère plus réjouissant. Grâce au mode Wifi/Lan, il est possible de jouer à deux mais la curiosité du début cède vite sa place à l’ennui et à l’agacement. Il aurait mieux valu créer des puzzles ou des casse-tête basés sur la réflexion et l’observation avec si possible, un gameplay original. Le studio Cambridge a choisi la facilité en adaptant une jouabilité bancale dans des jeux courts et sans intérêt.
Les Plus
  • L'ambiance digne d'un blockbuster
  • L'humour parodique
  • La V.F. d'excellente qualité
  • L'aspect logique des énigmes
Les Moins
  • Gestion des caméras anarchique
  • Difficulté des derniers niveaux
  • Mini-jeux sans intérêt
  • Ce n'est qu'un remake