Mass Effect 3 sublime la trilogie

26 déc. 2012
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Pour quiconque aime analyser un jeu (qu'il s'agisse de son scénario, de sa mise en scène ou d'idées liées à l'interaction), Mass Effect 3 est inévitablement l'un des meilleurs jeux de 2012. Clôturant la trilogie avec une intelligence rare, le titre prouve que l'épopée de Shepard a été pensée depuis le début. Ainsi, Mass Effect 3 y va de son lot de moments forts, en ce qui concerne le scénario mais aussi sur le plan ludique. A une époque où beaucoup de joueurs pensent qu'il faut jouer à Heavy Rain pour trouver des affinités entre le cinéma et le jeu vidéo, Mass Effect 3 prouve qu'une grande œuvre naît avant tout de vraies intentions. De ce point de vue, ce jeu est une merveille.

Six mois après sa sortie sur d'autres supports, Mass Effect 3 débarque sur Wii U. Ultime volet de la trilogie pour certains, réelle découverte pour d'autres : cet épisode, probablement le dernier à voir le jour sur cette génération de consoles, est quoiqu'il en soit un évènement. Pourtant, on ne sait que trop bien à quel point clôturer une trilogie n'est pas chose aisée. Alors, que reste t-il de l'épopée Mass Effect ?

Cette version Wii U dispose de la fin "extended" disponible en DLC sur les autres supports.

Comme au cinéma

Après un premier volet novateur et un deuxième un brin bancal, on retrouve le commandant Shepard et ses camarades. Enfin pas vraiment, Mass Effect 3 ayant l'ingénieuse idée de faire des héros d'autrefois de simples personnages secondaires. Ce choix peut surprendre mais a le mérite de donner du corps à l'aventure. Bioware gomme l'un des défauts majeurs de Mass Effect 2 qui, rappelons-le, pâtissait d'une ligne directrice bien trop marquée (les 3/4 du jeu se résumaient à constituer un équipage). Pour espérer venir à bout des Moissonneurs anéantissant l'univers, Shepard doit désormais rallier les différentes races extra-terrestres en jouant sur leurs craintes et leur soif de vengeance. De ce fait, la thématique paranoïaque n'a jamais été si prononcée et les enjeux si démesurés. Alors que le background de la série force une fois de plus l'admiration, l'utilisation faite des ex-coéquipiers, simples grains de poussière dans l'univers, prouve que le monde de Mass Effect a assez d'envergure pour être en perpétuelle évolution. Car finalement, c'est ce qui est très beau dans l'écriture de ce troisième volet : cette façon de sacrifier les épisodes passés pour en construire un nouveau. En allant plus loin, on peut même dire que cet aspect concorde avec le désir de reconstruction omniprésent dans le jeu. Vos anciens compagnons d'armes se battent ainsi pour leur idéaux, leur familles ou leur survie avec plus ou moins de réussite. Certains sont érigés en héros tandis que d'autres meurent dans l'anonymat le plus émouvant. Même la fin a valeur de symbole pour l'ensemble de la série, amenant son lot de réflexions métaphysiques et théologiques. A coup sûr, les plus sensibles lâcheront quelques larmes, touchés par ces choses finalement rares dans le jeu vidéo actuel : un monde extraordinaire et une histoire digne des meilleures productions cinématographiques.

Les décisions ne sont pas les seuls éléments qui influent sur l'aventure : la rencontre de certains persos et la puissance de votre flotte également.

L'effet de masse

Pour vivre ces émotions, il est préférable d'avoir joué aux précédents volets de la série. Vu que certaines scènes tournent autour du passé de Shepard et son équipe, leur impact varie en fonction du passif du joueur. Bioware a tout de même essayer de faciliter l'intégration des nouveaux venus grâce à une introduction sous forme de bande dessinée interactive. S'étalant sur une vingtaine de minutes, cette dernière vous impose de faire des choix qui, bien que simplifiés, ont une légère incidence dans le jeu. Rien de bien folichon, surtout en comparaison de ce qui vous était proposé dans les précédents épisodes, mais de quoi rendre l'aventure accessible à n'importe qui. Une fois la partie lancée, vous pourrez quoiqu'il arrive vivre l'expérience Mass Effect : pénétrer dans un monde où chacun de vos choix a son importance. Mass Effect 3 ne déroge pas à la règle et les solutions aux problèmes découlent souvent de votre diplomatie ou de votre pragmatisme. Contrairement au deuxième volet qui manquait parfois de subtilité, les choix donnent l'impression d'être plus fréquents et il est généralement compliqué de distinguer le bon du mauvais. Quelques joueurs diront que les décisions prises n'ont pas toujours l'importance espérée, mais il demeure très difficile de faire ce constat lors de la première partie. De ce fait, l'illusion et totale et l'expérience narrative reste singulière et cohérente. C'est d'ailleurs l'une des réussite de la série, cette cohérence entre la narration et l'histoire qui nous est contée, le jeu renvoyant toujours à cette idée de causalité régissant l'univers (que ce soit à travers son système de dialogues, les enjeux dramatiques développés, le symbolisme ou même la fin en apothéose).

Non, ce n'est pas Dead Space (et heureusement) !

Des références mais pas que

Mass Effect 3 a beau être le dernier volet de la trilogie, son univers reste toujours aussi attrayant. Un constat qui vaut surtout pour l'esthétisme général évoquant certains films comme Star Wars, Blade Runner ou Alien. En parlant de cinéma, c'est étonnant de trouver dans Mass Effect 3 quelques passages particulièrement lugubres, lors desquels Shepard se voit obligé d'allumer la lampe torche de son revolver pour éclairer l'environnement. Accompagnée de musique électronique à base de synthétiseur, l'ambiance est à la frontière de l'horreur et rappelle certains films de genre, notamment ceux de John Carpenter. Bien que l'esthétisme, les musiques et l'ambiance qui en résulte soient dignes des grands, la technique n'impressionne pas pour autant. Le jeu reste convaincant mais les défauts habituels de la série sont encore présents : des textures pas toujours au top, quelques bugs présents ici et là et des ralentissements parfois malvenus. Heureusement, ces derniers sont très rares et cette version Wii U est plus proche de son homologue 360 que de la mouture PS3. A noter qu'il est également possible de basculer l'écran du téléviseur sur le GamePad afin de jouer sur la tablette, ce qui est toujours bon à prendre.

De nombreuses améliorations sont présentes pour votre équipement : recul, précision, dégâts infligés...

De bons ajustements

Côté gameplay, Mass Effect 3 reprend les bases de ses prédécesseurs en mêlant action et jeu de rôle. Pour ce qui est de l'action, vous retrouvez la place prépondérante des affrontements à la troisième personne, avec des combats parfois un peu longuets mais un bestiaire plus varié et plus impressionnant qu'auparavant. A coup sûr, le jeu réserve quelques moments forts accompagnés de sueurs froides. En ce qui concerne l'aspect RPG, soulignons d'abord l'importance de l'armement et la foultitude d'améliorations à dénicher au sein des environnements, ainsi que la présence de pouvoir à acquérir et améliorer grâce aux points d'expérience gagnés. Mais ce qui rapproche vraiment Mass Effect 3 d'un jeu de rôle, c'est sa gestion du rythme et de la temporalité. Alors que Shepard est sans cesse pressé par les événements (endroits à atteindre dans un temps imparti, personnages à secourir, bâtiments à évacuer, etc.), le joueur a le temps de parcourir les différents lieux comme bon lui semble. Quand certains jeux recherchent constamment à impliquer le joueur par le rythme (parfois de façon outrancière), Mass Effect 3 n'y accorde qu'une importance relative. La narration domine le temps et le joueur est comme aspiré dans une bulle temporelle. Un constat qui devient une évidence lors des combats, ces derniers passant toujours par une interface qui stoppe l'action, vous laissant ainsi le temps de mettre en place votre stratégie. Certes, cette version Wii U permet d'assigner des pouvoirs à l'écran tactile du GamePad, mais le jeu ayant été pensé pour des combats entrecoupés de tactique, il est particulièrement difficile d'interagir en pleine action. Toujours en ce qui concerne le GamePad, celui-ci permet surtout d'avoir accès à la carte des lieux sans passer par le menu. Si cette fonction parait anecdotique, elle facilite grandement la progression et rend l'expérience de jeu plus agréable.

Désormais, scanner abusivement un même secteur ameute les Moissonneurs. Autant éviter d'en faire trop.

Bien que son gameplay soit semblable à celui de Mass Effect 2, ce troisième épisode apporte quelques nouveautés. Le but de Shepard étant de constituer une flotte afin de détruire les Moissonneurs, chaque quête (y compris l'exploration des planètes, moins ennuyeuse que par le passé) vous apportent des soldats ou éléments venant s'ajouter à l'effort de guerre. En plus de fluidifier la trame principale en rendant plus crédible l'enchaînement des événements, les quêtes secondaires ont donc un impact sur l'armée que vous constituez. En fonction de l'effort de guerre accumulé au fil de l'aventure, le fin du jeu se verra grandement modifiée, les Moissonneurs pouvant avoir plus ou moins le dessus lors du combat final. De ce fait, le jeu incite à l'exploration et récompense le joueur pour ses efforts. D'une durée de 15 heures en ligne droite, l'aventure peut vite devenir chronophage et voir sa longévité doubler ou tripler en fonction des cas. Si ce n'est pas le cas sur Wii U, absence d'autres épisodes oblige, il n'est pas non plus impossible que vous ayez envie de refaire toute la trilogie pour explorer de nouvelles bifurcations scénaristiques.
Les Plus
  • L'un des jeux les plus intelligemment écrit
  • Un troisième volet qui sublime la trilogie (chose rare)
  • Une belle gestion du rythme
  • Des bifurcations scénaristiques vraiment nombreuses
  • Des ajouts de gameplay bienvenus
  • Un bestiaire au top
  • Quelques passages d'anthologies
  • Une vraie ambiance
  • Des musiques toujours aussi magnifiques
  • Une œuvre cohérente
  • Quelques DLC compris d'office dans cette version Wii U
  • La carte sur le GamePad : pratique
Les Moins
  • Peut mieux faire sur le plan technique