Def Jam : Icon adoucit les moeurs

17 avr. 2007
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Au final, Def Jam : Icon a les qualités et les défauts du genre musical dont il s’inspire. La direction artistique est à couper le souffle. Les décors marient avec brio le réalisme et l’expressivité. Ils reproduisent finement les milieux emblématiques du hip-hop tout en les animant au rythme de la musique, à coups de panneaux animés et de fenêtre éclairées tel des équaliseurs. Le paysage se destructure au fur et à mesure de la bataille et témoigne bien de la montée de la tension. La musique évidemment n’est pas en reste avec des morceaux célèbres et variés dans leur domaine. La création de personnage enfin permet de personnaliser son avatar avec de nombreux éléments, toujours en harmonie. Bref, vous vous en prenez plein les yeux et les oreilles, comme devant un bon clip de rap bien péchu. Mais passé ce stade, la manette en main, les sensations ne sont pas au rendez-vous. Les combattants se traînent et ne disposent pas d’une palette de coup suffisante pour apporter une diversité aux combats. Les affrontements s’enchaînent et se ressemblent et seules les interactions avec le décor apportent leur lot de spectacle. La série avait pourtant su convaincre avec un système de jeu plus orienté vers le gameplay dans les volets précédents. Def Jam : Icon, comme son nom l’indique, est avant tout un objet à regarder.

Se battre en musique, c'est classique. Se battre pour la musique, c'est autre chose. Se battre avec la musique, c'est Def Jam : Icon. EA Chicago donne une toute nouvelle tournure à la série Def Jam avec un traitement visuel aussi réussi que Fight Night 3 et un rythme de combat... différent. C'est le hip-hop clinquant et bruyant qui est dans la place et il prend une nouvelle importance en faisant plus de dégâts qu'un pied dans les dents.

Les projections sont les prises les plus efficaces.

Il vous plaît pas mon morceau ?

Le jeu vidéo et la musique se rapprochent de plus en plus. Même si souvent la bande-son apporte une présence ou une ambiance là où le silence gênerait, de nombreux titres se dotent d’un univers sonore riche qui participe pleinement de l’expérience de jeu. Mieux encore, depuis le succès de la série des Dance Dance Revolution et encore plus aujourd’hui avec Singstar ou Guitar Hero, certain jeux sont plus de nouvelles façons de vivre la musique que des jeux traditionnels. Def Jam : Icon, lui, reste bien sûr un jeu de combat. Mais son ambition est tout au service de la musique hip-hop. C’est comme si les développeurs avaient cherché tous les moyens d’exprimer la puissance d’un gros son, de le faire vivre aux joueurs. Lorsque vous choisissez votre combattant parmi les artistes du label Def Jam, vous sélectionnez aussi une chanson qui vous correspond. Le combat commence sur le rythme du titre de l’un des deux joueurs : un filtre de couleur couvre l’écran, les éléments de décor réagissent en suivant le tempo du morceau. A n’importe quel moment, l’adversaire peut tenter de changer de disque en scratchant sur les stick analogiques : si la manipulation est réussie, le filtre de couleur change, et c’est votre musique qui est jouée remplaçant celle de votre opposant. Rien qu’avec ça, Def Jam : Icon s’éloigne légèrement du jeu de combat traditionnel pour se rapprocher du slam, duel entre rappeurs pour faire imposer son flow.

Des intervenants extérieurs participent parfois au combat, même les stip-teaseuses.

La musique est une arme

Scratcher ne sert pas uniquement à changer de morceau : en tournant le stick analogique droit, votre combattant reproduit à l’écran le geste comme s’il manipulait un disque, ce qui a pour effet de faire sauter le décor. Eléments explosifs, panneaux électriques, hélicoptère qui bat le rythme de la queue, chaque arène de combat dispose d’éléments dangereux pour peu que vous traîniez dans les parages. Les prises de corps à corps permettant d’envoyer l’adversaire valdinguer sont alors un choix stratégique tout trouvé. Vous commencez à amocher l’adversaire d’un crochet dans le ventre, d’un coup de pied au visage ; étourdi, il se laisse prendre ; vous le faites voler jusqu’au mur d’enceinte du club ; vous modifiez le rythme de la chanson pour que le décor explose au bon moment pour éjecter à nouveau votre ennemi. La manipulation est simple et le résultat garanti. Cela apporte un enjeu tactique dans le positionnement sur le terrain : il faut éviter les zones à risque et tenter de placer l’adversaire entre vous et le piège dans lequel vous allez le jeter. Malheureusement, en dehors de cet aspect excitant du combat, votre personnage a du mal a suivre le rythme. Ce sont les animations, très réussies, qui priment sur la réactivité des combattants. Les styles de combat, peu variés, n’apportent pas de réelle diversité. Seule la capoera parvient à se distinguer clairement, grâce à des attaques aériennes et des gestes relevant déjà de la danse. Pour le reste, les combattants n’ont pas le rythme dans la peau.

Se relever prend du temps, mais c'est toujours fait avec style.

Bande à part

L’un des aspects les plus séduisant de Def Jam : Icon, c’est son mode histoire assez complet. Vous créez un personnage et un label qui partent du bas pour gravir tous les échelons du monde du hip-hop. En gros, vous castagnez des gens pour que d’autres viennent signer chez vous. Les interactions avec les protagonistes sont réduites au minimum bien sûr : quand ce ne sont pas vos poings qui parlent, vous communiquez via e-mails et effectuez des choix cornéliens tel que payer ou ne pas payer pour les caprices de vos gars. Vous rencontrez ainsi de nouveaux artistes, décidez de l’investissement dans leurs tournées, le marketing de leur album, etc. pour espérer atteindre la première place des charts. En fonction de vos actions, vos relations avec les habitants de la planète rap fluctuent. C’est assez amusant que de fricoter avec des grands noms tels que Big Boi, The Game, Ghostface Killah, Redman ou Sean Paul et de voir les frasques dans lesquelles ils peuvent être plongés. Vous rencontrez aussi des pépées bien sûr, qui s’intéresseront à vous en fonction de votre fortune, de votre succès et de votre garde-robe. Tout cela participe à créer une ambiance à la limite du crédible correspondant assez bien à l’image du monde du rap. Malheureusement, cela ne suffit pas à masquer la répétition des combats et le manque de décisions véritablement marquantes laisse souvent apparaître la vanité du système.
Les Plus
  • Le principe du scratch
  • Les décors en mouvement
  • La direction artistique
  • Un mode solo original
Les Moins
  • La lenteur des combats
  • Pas assez de diversité dans les coups