DiRT 5

18 nov. 2020

Patchin' DiRTy

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Longtemps après Petula Clark, c'est au tour de DiRT 5 de célébrer la gadoue. La gadoue qui éclabousse, qui salit, qui aveugle. La gadoue dans laquelle pataugent des monstres hurlants aux couleurs acides... ainsi que les jeux sortis manifestement trop tôt. Bienvenue dans le monde très arcade de DiRT 5, le jeu de rallye décomplexé et précipité de Codemasters.

L'histoire

En théorie, DiRT 5 propose une histoire. Les acteurs Troy Baker et Nolan North présentent les modes de jeu entre deux blagues (et deux doublages d'Uncharted). Le mode Carrière regorge d'épreuves à expliquer telles que les franchissements Pathfinder ou les arènes à points Gymkhana. Sans oublier les duels Throwdowns. Ou l'arbre de progression pour débloquer les épreuves au fur et à mesure. Chaque course comprend aussi trois objectifs secondaires qui débloquent des bonus comme des stickers et des motifs de peinture à acheter ensuite avec le cash gagné en fin de course. Et de nouveaux bolides, dont certains vendus contre de l'argent bien réel à un prix non affiché au lancement.

De temps en temps, il faut finir impérativement sur le podium. Ou avoir un certain nombre de tampons pour continuer, ce qui peut vous forcer à revenir en arrière pour tenter de nouveaux embranchements et de nouvelles épreuves - en bénéficiant des voitures achetées entre temps. Bref, une suite d'épreuves à la Grid : Ultimate Edition : oubliez les calendriers d'épreuves, les réglages à customiser, la trésorerie à gérer, les équipes à recruter... Vous n'aurez qu'un pauvre écran pour choisir votre sponsor. Nous sommes loin, très loin des modes Carrière de F1 2020 ou de WRC 9. En solo, vous avez quand même deux autres modes de jeu : courses contre la montre « Time Trial » ou contre des concurrents « Free Play ». Et... c'est tout. Côté contenu, en dehors du mode Carrière, DiRT 5 coupe dans le gras comme votre serviteur dans les virages.

Les épreuves de franchissement Pathfinder sans concurrents clôturent le mode Carrière.

Le principe

Bonne nouvelle, les épreuves du mode Carrière sont très variées. Courses dans la boue (forcément), sur glace, sur asphalte, voire gadoue ET route en Chine ou en Afrique du Sud pour les plus gourmands. Le tout de jour, de nuit, sous la pluie, dans une tempête de sable... Les conditions météo changent en pleine course et modifient complètement l'ambiance : ce n'est pas pareil de finir une course sous une pluie battante, ou encore de nuit avec une visibilité très réduite. Entre les effets météo, la variété des 9 pays (Afrique du Sud, Népal, Italie, USA, Grèce, Maroc, Brésil, Norvège, Chine) et des parcours (inversés, avec de nouvelles sections), chaque course est unique. Mention spéciale aux atmosphères la nuit : la Grèce avec ses ruines néons, la Chine et sa forêt de lanternes spectrales ou encore la Norvège avec ses aurores boréales.

Ajoutez des avions qui passent en rase-motte, des fumigènes, des couleurs acides (espérons que vous aimez le rose vif)... DiRT 5 fait clairement de l'œil aux fans de Forza Horizon 4. Mais sans l'open world qui vous oblige à crapahuter quinze minutes pour trouver une épreuve de quinze secondes. DiRT 5 est un jeu fast-food avec des courses très rapides (entre une et sept minutes), à enchaîner sans temps morts. C'est bête et ça marche : une fois lancée, la course aux tampons et la variété des épreuves rendent le jeu aussi addictif qu'un soda bien sucré. Le tout sur des musiques branchées histoire de motiver les Chamillionaire en herbe à rouler salement.

Il faut accumuler 121 tampons pour finir le mode Carrière puis débloquer un ultime duel.

La jouabilité

Reste le cœur du jeu : les voitures et leur moteur physique. Déraper dans la gadoue, s'appuyer contre un concurrent en plein drift, est-ce vraiment amusant manette en mains ? La réponse va ravir les Normands : ça dépend. Codemasters a eu du mal à tout équilibrer. Comment bien doser des courses sur glace, dans la gadoue, sur de la caillasse, le tout en développant le jeu sur toutes les consoles présentes et futures, Nintendo Switch exceptée ?! Résultat, si la boue fait clairement honneur à un Sega Rally, le reste est très inégal. La différence d'adhérence entre la boue et les pavés chinois ou l'asphalte sud-africain est légère, avec des bolides qui se contentent surtout de moins survirer, sans différence de grip. Même punition pour les étendues d'eau – pas d'aquaplanning, pas de flottement de la direction, vos bolides les traversent sans broncher. Les épreuves finales de Pathfinder sont caricaturales à ce titre : la traversée de rivières en montagne ne procure aucune sensation. Vous ne ressentez aucun courant, aucun impact sur la conduite, pas plus de vibrations dans la manette.

Quant aux conditions météo, elles ne sont qu'esthétiques. La pluie ne modifie absolument pas la conduite, pas plus que les tempêtes de sable ou de neige qui auraient pu, soyons fous, déporter les voitures et faire vibrer les manettes. De la part des développeurs de Codemasters, et même pour un jeu arcade, il y a de quoi être surpris. Où est passée la niaque de DiRT Rally 2.0 ? Pire encore, certains véhicules donnent l'impression de pivoter sur un axe central comme cette Austin Martin V8 Vantage GT4 payée une fortune et utilisée... une seule et unique fois, vu sa maniabilité. D'autres ont une direction abominable comme les ignobles Jupiter Hawk 410 ou le Brenthel Industries Unlimited Truck. Et que dire des épreuves de Gymkhana où certaines voitures font littéralement la toupie en maintenant une direction et l'accélérateur appuyés, au point de récolter deux tampons sur trois sans rien faire d'autre.

Pas besoin de ray tracing pour simuler de superbes reflets dans les flaques.

Le multi

Si vous comptez sur le mode multi de DiRT 5 pour relever le niveau, vous allez être déçu. Deux modes en ligne sont proposés, en plus du split screen en local : course random ou Party Games, ce dernier refusant de se lancer une semaine après la sortie du jeu. Pour les courses en ligne, pas le moindre filtre n'était disponible au lancement. Oui, vous avez bien lu : le jeu ne propose que des quick matchs. Autant vous dire que les déconnexions dans le lobby sont légion quand les joueurs découvrent une épreuve ou une catégorie de voitures qu'ils n'aiment pas. Il est rare de faire une course à plus de cinq au moment de la sortie. Seul bénéfice : la progression mutualisée avec le solo, ce qui vous permet d'utiliser vos gains en fin de course pour acheter stickers, motifs et nouvelles voitures. Bref, attendons les patchs et les Season Pass, le mode multi ayant été sacrifié au lancement.

Les gains sont mutualisés en solo et en multi pour facilier la customisation de vos voitures.

Pour qui ?

DiRT 5 a beau en mettre plein les yeux avec ses graphismes, il peine à convaincre sur la durée : mode Carrière Excel, multi indigent, fonctionnalités coupées... Pourquoi les customisations sont-elles limitées à l'apparence des véhicules ? Pourquoi avoir fait un menu Throwdowns dédié quand il n'y a en tout et pour tout que treize épreuves au lancement ? Pourquoi ne pas proposer de filtrer les épreuves Carrière pour enchaîner les Gymkhanas par exemple ? Où sont passés les Replays ? Et avait-on vraiment besoin d'un mode Playground quand on voit le dénuement du multi ? L'impression de jouer à une version light fait mal, surtout que le moteur physique est clairement en retrait par rapport aux autres jeux du studio. En attendant les patchs et les Season Pass, DiRT 5 peine à convaincre par rapport à un Forza Horizon 4, au hasard.

Certaines créations du mode Playground valent le détour... et vos votes !

L'anecdote

Surprise ! Avec son mode Playground, DiRT 5 propose un éditeur d'arènes qui transforme le jeu en Trackmania improbable. Honnêtement, si vous voulez créer vos arènes avec l'éditeur, le choix des blocs et leur assemblage est un calvaire à la manette. Le rangement des briques manque de clarté, l'alignement des grilles pour border la piste est pénible, les arènes sont tellement petites que les lignes droites sont ridicules. Bref, la création demande génie et zénitude pour surmonter toutes ces contraintes. Designer et publier une arène correcte n'est clairement pas donné à tout le monde. Mais mais mais... Une fois en ligne, vous pouvez télécharger les créations délirantes des joueurs et faire tomber les chronos internationaux. Il y a des idées étonnantes, comme démarrer en haut d'une gigantesque pente ou monter puis descendre les étages d'un gigantesque mille-feuille de parkings. Chaque arène étant notée, les votes des joueurs permettent de sélectionner la crème de la crème. Une semaine après la sortie, c'est le principal intérêt du mode en ligne.
Les Plus
  • Les graphismes et la météo dynamique
  • La variété des environnements, des surfaces et des épreuves
  • Les niveaux Playground "Trackmania" à télécharger
  • Smart Delivery Xbox et upgrade gratuit PS5
Les Moins
  • Un contenu vraiment pauvre en solo
  • Un moteur physique très inégal, quelques voitures injouables
  • Le multijoueur anémique, même après la sortie
  • Beaucoup de screen tearing en mode Performance sur PlayStation 4 Pro
  • Pas de Replays
Résultat

Attention, peinture fraîche : DiRT 5 n'est pas fini, bien qu'il soit déjà commercialisé. Le potentiel est là avec des environnements variés, des conditions météo dynamiques, des arènes Gymkhana originales et un mode Playground prometteur. Mais la liste des défauts est trop longue pour rattraper le coup dans l'immédiat, à commencer par un moteur physique bancal et un mode en ligne clairement sacrifié. DiRT 5 sera peut-être un bon jeu arcade dans six mois, au fil des patchs et des Season Pass. Ou peut-être pas – dans un autre genre, on nous a déjà fait le coup récemment avec Marvel's Avengers.