In Other Waters

22 avr. 2020

La mer est sans limites

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Dans la chanson Cet air étrange, Étienne Daho avait ces mots magnifiques : « mais si tu flirtes avec les cimes/tu entrevois aussi l'abîme/et que ça te fait très très peur mais aussi/très envie ». In Other Waters est exactement cela : la prouesse géniale de vous immerger dans les abysses mais du point de vue du ciel. Là-haut, vous êtes tout à la fois cartographe démiurge, oiseau à l'abri, et l'instant d'après en chute libre dans le corps d'un plongeur crispé.

Le principe

Dans In Other Waters vous êtes l'intelligence artificielle de la combinaison aquatique que revêt la biologiste Ellery Vas lorsqu'elle arrive sur la planète-océan Gliese 677Cc. Vous êtes à la fois l'observateur d'une histoire singulière - la biologiste y est venue à la recherche de son amie Minae Nomura après avoir reçu un appel de détresse - et son ange gardien puisqu'il vous faut maintenir son niveau d'oxygène, scanner l'environnement, régler les problèmes de trajectoire, faire des prélèvements sur la faune locale pour les analyser et utiliser la connaissance à escient.

In Other Waters, sous ses apparences extraordinairement culottées d'une interface cartographique, est un jeu d'aventure et d'exploration sensoriel et cérébral parfaitement équilibré entre l'ivresse d'une exploration mécanique mais tellement séduisante et les dialogues professionnels, amicaux et sensibles des deux protagonistes de l'aventure. À terme le scénario nous amène à nous interroger sur la place de l'humain, sur la responsabilité de ses actes et ses conséquences sur la biologie.

Dans le losange, votre base.

La jouabilité

Pour avancer dans cet océan, tout se fait simplement. D'abord il s'agit de scanner ce qui vous entoure et de révéler les points d'intérêts, de deux sortes : les points de passage (vous n'êtes pas libre de vous déplacer où bon vous semble) qui vous permettent de vous déplacer et ceux relatifs à la biologie locale.

Toute les mécaniques du jeu vont se reposer sur ces deux actions que le jeu va très astucieusement traiter séparément et imbriquer pour faire avancer le joueur. Les déplacements vont s'enrichir de propulseurs plus performants, d'un drone qui vous téléporte à la base... Les animaux seront observés, les organismes prélevés et analysés, jusqu'à pouvoir interagir avec eux : certains serviront à remonter nos niveaux d'oxygène et d'énergie et l'on pourra même modifier partiellement les biomes pour continuer d'avancer. À terme c'est une véritable encyclopédie extraterrestre qui se met à jour, c'est prodigieux de richesse et de raffinement.

En empruntant aux code du Metroidvania, In Other Waters propose une expérience ludique prenante où chaque avancée, chaque découverte, chaque amélioration est conquise avec soulagement, curiosité et dans l'empressement d'aller essayer les nouvelles découvertes là où précédemment l'exploration nous était empêchée.

En pleine situation délicate.

Pour qui ?

Si les idées s'incarnent à merveille, il faut être conscient qu'il s'agit pour le dire vulgairement de tracer des traits entre deux points pour avancer et que la faune et la flore ne sont à l'écran qu'un amas de petits points. Le consentement conceptuel et le travail d'appropriation demandés au joueur sont énormes, c'est véritablement une expérience mature. Mais en même temps, l'immersion est si gratifiante de plaisir que le déconseiller à qui que ce soit ne serait pas sérieux. Seulement une dizaine d'heures de pur bonheur à essayer d'urgence !

L'interface gère parfaitement toutes les informations.

L'anecdote

À la manière des aventures textuelles qui fonctionnent à l'économie extrême des moyens, une fois la console en main, hypnotisé, les yeux rivés sur les reliefs terrestres, aidé par des bruitages, une musique incroyable et une proposition graphique d'une élégante sobriété, vous disparaissez. Difficile de le dire autrement, puisque le jeu vous plonge dans une immersion réelle où vous perdez la notion de ce qui vous entoure. L'effet est saisissant.
Les Plus
  • Une immersion folle
  • Univers rigoureux et passionnant à découvrir
  • Impossible de décrocher avant la fin
  • L'intelligence de la mise en scène
  • Un parti pris graphique tellement audacieux...
Les Moins
  • ...mais qui malheureusement en fera fuir certains
  • Un jeu que l'on voudrait sans fin. Pour explorer, explorer, explorer...
Résultat

Avec ses allures de jeu désargenté, In Other Waters nous laisse confus, gêné de nous retrouver à l'intérieur d'un tel édifice, démunis devant tant de beauté. La chapelle est en réalité une cathédrale et le joueur s'incline. Le jeu de Jump Over The Edge avec une simplicité et un équilibre déconcertants hypnotise. L'histoire est à la hauteur, la mise en scène prodigieuse, la relecture est tellement originale, tellement prenante que le joueur en apnée hallucine. Vous savez ce qu'on dit : « On ne tombe amoureux que lorsqu'on a mesuré la profondeur des eaux dans lesquelles on va plonger. »